Laval conteste la nomination d'un vérificateur spécial

Les explications d'Yvan Côté

L'annonce de la nomination d'un vérificateur spécial mandaté pour « accompagner » l'administration lavalloise durant la prochaine année n'enchante pas le comité exécutif de la Ville. La troisième ville québécoise a décidé de mettre sur la glace le processus de nomination du maire intérimaire tant que Québec ne lui aura pas fourni d'explications.

Au cours d'un point de presse donné mardi soir, le vice-président du comité exécutif, Basile Angelopoulos, a dit ne pas comprendre les motifs qui avaient incité le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, à confier à un vérificateur le mandat de surveiller l'octroi des contrats municipaux, les transactions immobilières et les plans d'urbanisme. M. Angelopoulos, qui s'est entretenu avec le ministre en matinée, a dit y voir une solution plus grave qu'une tutelle.

Les vérifications du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire (MAMROT) n'ont révélé que « quelques manquements administratifs mineurs dans la gestion de la Ville », auxquelles elle a apporté les « correctifs appropriés », a-t-il plaidé. L'ancien numéro deux de l'administration de Gilles Vaillancourt a ajouté qu'aucune accusation n'avait été portée « devant qui que ce soit ».

« Dans ces conditions extraordinaires, il est tout à fait légitime pour l'ensemble des conseillers municipaux d'attendre la réponse du ministre avant d'envisager une quelconque candidature au poste de maire de Ville de Laval », a dit M. Angelopolos devant les journalistes, qui s'attendaient à ce qu'il annonce l'identité du ou des candidats au poste de maire intérimaire. Ceux-ci avaient jusqu'en fin d'après-midi pour manifester leur intérêt pour le poste.

M. Angelopoulos a par ailleurs indiqué que c'est sur lui que le conseil exécutif avait unanimement porté son choix, lundi soir, avant d'apprendre la décision de Québec. « Avant de vouloir devenir maire, il faut au moins comprendre ce que ça veut dire. Jusqu'à hier soir, je pensais comprendre très clairement ce que ça voulait dire », a déploré M. Angelopoulos.

Il a du même souffle critiqué une politique du deux poids, deux mesures.

« Il est évident que les règles du jeu devant s'appliquer à Laval sont considérablement différentes de celles qui s'appliquent aux autres municipaux du Québec. » — Basile Angelopoulos

« Il apparaît clairement que le gouvernement n'a plus aucune confiance envers le conseil de Ville de Laval, un conseil dûment élu par la population lavalloise », a-t-il déploré.

« On peut s'interroger sur cette affirmation à l'effet que les Lavallois ont perdu confiance envers les élus », a ajouté M. Angelopoulos, commentant une déclaration du ministre Gaudreault.

Québec veut « passer à l'action « 

Le ministre des Affaires municipales du Québec, Sylvain Gaudreault (archives) Le ministre des Affaires municipales du Québec, Sylvain Gaudreault (archives)  Photo :  PC/Jacques Boissinot

« La confiance des Lavalloises et Lavallois a été durement ébranlée durant les derniers mois », a déclaré plus tôt le ministre Gaudreault, par voie de communiqué. « Je veux passer à l'action pour faire renaître cette confiance à l'intérieur des pouvoirs et responsabilités qui me sont confiés. Je veux savoir ce qui se passe à Laval. »

Le vérificateur sera appuyé par un comité de vérification du MAMROT.

Le ministre demande par ailleurs à la Ville de Laval d'accélérer la mise en oeuvre de recommandations contenues dans un rapport publié en avril dernier qui devait se faire sur une période de trois ans. L'administration devra appliquer ces recommandations d'ici le 15 janvier.

Le bras de fer entre Laval et Québec survient dans la foulée de la démission, la semaine dernière, du maire Gilles Vaillancourt sur fond d'allégations et après plusieurs perquisitions de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) à son domicile ainsi qu'à l'hôtel de ville.

Alors qu'il réagissait à son départ, Sylvain Gaudreault avait d'abord rejeté l'idée de nommer un « chaperon » à Laval pour rapporter ce qui s'y passe au gouvernement. Son cabinet fait maintenant valoir que disposant d'un véritable mandat, le vérificateur spécial ne correspond pas à la définition du « chaperon ».

Le ministre, qui avait affirmé vendredi ne pas envisager de mettre la Ville de Laval sous tutelle, n'écarte plus cette possibilité. Il indique qu'il pourrait y recourir si le conseil municipal se trouvait paralysé après la démission du maire Vaillancourt.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s'est pour sa part interrogé sur la nomination d'un vérificateur spécial à Laval mais pas dans la plus grande ville de la province. « Pourquoi Laval et pas Montréal? », a-t-il demandé.

Le ministre Gaudreault a notamment invoqué l'existence d'une opposition au sein du conseil municipal de Montréal.

À Laval, aucun parti d'opposition n'a d'élu au conseil municipal, uniquement représenté par le Parti PRO des Lavallois.

Info en continu Afficher le fil complet

Facebook