Le gouvernement du Parti québécois (PQ) revient sur les déclarations de sa ministre de la Famille, Nicole Léger. Sa collègue, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, soutient qu'il est hors de question, pour l'instant, d'appliquer la loi 101 dans les garderies de la province.
Ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Mme De Courcy contredit ainsi la ministre Léger, qui a soutenu, mercredi, que son gouvernement s'apprêtait à appliquer la loi 101 dans les garderies. La ministre De Courcy s'est employée à rassurer la population : « Il n'est pas question d'appliquer la loi 101 dans les CPE telle qu'elle est appliquée dans les écoles primaires ou les écoles secondaires. »
« Il n'y a pas lieu de s'inquiéter », poursuit-elle. « Il n'y a pas lieu de soulever des inquiétudes et tout ça va se faire dans le respect des uns et des autres. »
Bien que Mme De Courcy se fasse rassurante, elle confirme qu'elle travaille sur des « préoccupations » de son gouvernement. Elle soutient qu'« il est tout à fait normal qu'il y ait des préoccupations sur l'apprivoisement de la langue française dans la petite enfance ». Mais du même souffle, elle ajoute qu'il « est tout aussi normal et légitime [...] que le CPE soit en continuité avec le milieu familial, dans sa langue maternelle. Ces deux dimensions, je vais en tenir compte quand j'aurai des projets à soumettre au conseil des ministres. »
En ce qui concerne l'annonce de Mme Léger, Mme de Courcy croit que sa collègue a utilisé des éléments du programme du PQ qui lui convenaient. « Il y a une longue liste, dans le programme du PQ de toutes sortes de choses qui entourent la langue, qui entourent l'immigration », explique Mme De Courcy. « En temps et lieu, je vais soumettre les choix qui vont être faits par le gouvernement. »
Mme Léger avait annoncé à La Presse Canadienne que la loi 101 ferait son apparition dans les garderies. Le gouvernement Marois aurait prévu d'abolir le libre choix laissé actuellement aux immigrants, en élargissant l'application de la loi 101 aux services de garde.
Les enfants d'immigrant âgés de 0 à 5 ans et fréquentant un service de garde auraient donc dû s'initier au français.
Depuis son adoption en 1977, la loi 101 visait uniquement l'intégration des enfants d'immigrants d'âge scolaire.
Le gouvernement Marois flirte avec la possibilité d'étendre l'application de la loi 101 aux adolescents et aux jeunes adultes du cégep.
Le Québec accueille quelque 50 000 immigrants annuellement, dont 38 % ne connaissent pas un mot de français à leur arrivée à Montréal. Le réseau des garderies, qui est toujours en pleine croissance, n'est régi par aucune norme linguistique.
Le Québec compte environ 1 millier de Centres de la petite enfance (CPE) au Québec, et 600 garderies privées subventionnées, sans compter les autres formules (garderies en milieu familial, garderies privées non subventionnées, haltes-garderies, garderies en milieu de travail, etc.).
Le personnel des garderies devra aussi s'adapter à la nouvelle donne linguistique élaborée à Québec.
L'opposition s'inquiète
Devant l'annonce de Mme Léger, les partis d'opposition se sont inquiétés des droits et libertés des immigrants.
« [C'est] une autre annonce improvisée qui n'est encore basée sur rien », a déclaré le chef intérimaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Jean-Marc Fournier. « On est dans le courant de ce gouvernement qui arrive et qui improvise, qui lance des ballons et qui recule par la suite. »
La porte-parole de l'opposition officielle en matière de francophonie, Christine St-Pierre, reproche au gouvernement de faire de la politique sur le dos des enfants. « Je considère que c'est encore du dogmatisme », a déclaré Mme St-Pierre. « Ce qu'on essaie, c'est de faire en sorte qu'un poupon, qui a six mois dans une garderie, va être obligé d'apprendre le français. Le poupon [...] demande à être soigné, à avoir des soins et à être cajolé et à pouvoir jouer dans la garderie. »
De son côté, le porte-parole de l'opposition officielle pour la Charte de la langue française, Marc Tanguay, s'inquiète du respect des droits de la personne. « Nous, on est pour un équilibre entre l'objectif collectif, l'épanouissement de la langue française, d'une part, et d'autre part, un équilibre avec le respect des libertés individuelles », a déclaré M. Tanguay.
Le deuxième parti d'opposition à l'Assemblée nationale, la Coalition avenir Québec (CAQ), estime que l'initiative péquiste est injustifiée et ne respecte pas la liberté de choix des parents.
L'Association québécoise des Centres de la petite enfance refuse de commenter la politique du gouvernement péquiste. Elle préfère réserver ses commentaires pour le moment où le projet de loi sera déposé.