Pierre Duchesne
Photo : PC/Graham Hughes
En réponse à une plainte du PLQ, l'ombudsman de Radio-Canada estime qu'il n'y a pas de preuve que l'ex-journaliste se soit placé en conflit d'intérêts. Pierre Duchesne demande maintenant des excuses aux libéraux.
Pierre Tourangeau ne trouve pas non plus d'autres preuves d'infraction aux Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada de la part de M. Duchesne, maintenant candidat à l'investiture du Parti québécois dans Borduas en vue des prochaines élections générales.
Au sujet des allégations de conflit d'intérêts, l'ombudsman revient sur des articles de La Presse et de La Presse Canadienne, cités dans la plainte du PLQ, laissant entendre que Pierre Duchesne aurait pu être en discussion avec le Parti québécois alors qu'il travaillait toujours à Radio-Canada. Chacun de ces articles est basé sur les affirmations d'une source anonyme, dont on ne sait pas si elle serait la même personne, souligne l'ombudsman.
Pierre Tourangeau dit avoir fait des vérifications auprès de Pierre Duchesne. « Celui-ci m'a assuré qu'il n'avait eu aucun contact ou discussion avant le 15 juin, date de son départ de Radio-Canada, avec quelque représentant que ce soit du PQ portant sur son éventuelle candidature. J'ai obtenu la même réponse des représentants du PQ avec lesquels je me suis entretenu », indique l'ombudsman.
Pierre Tourangeau qualifie de « ouï-dire » d'autres propos cités dans la plainte du PLQ, venant d'un journaliste non identifié qui disait savoir « depuis longtemps » que Pierre Duchesne serait candidat pour le PQ et ne pas avoir diffusé l'information « par respect » pour lui.
Pierre Tourangeau
Photo : Élise Jacob
De même, l'ombudsman ne retient pas comme preuve les rumeurs, datant de la période précédant la campagne électorale de 2007, concernant un intérêt de Pierre Duchesne pour la politique active bien avant son départ de Radio-Canada.
Pour sa part, Pierre Duchesne demande des excuses au Parti libéral. « C'est une tentative de manipulation politique de la part du PLQ, qui tente d'entacher ma réputation », a dit M. Duchesne à Radio-Canada.ca. « Ils ont tenté de me déstabiliser à cinq minutes de mon point de presse », a ajouté l'ex-journaliste, qui a qualifié cette façon de faire « d'assez inélégante ».
Selon M. Duschesne, toute cette affaire n'est qu'une tentative d'intimidation de la part du Parti libéral du Québec à l'approche des élections, ajoutant que l'intimidation constitue, quant à lui, une tactique qui ne fonctionne pas auprès des Québécois.
Pierre Duchesne a aussi affirmé qu'il était soumis aux Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada ainsi qu'à l'ombudsman au cours de toutes les années où il était en poste à Radio-Canada. « Le Parti libéral [du Québec] avait le droit à tout moment de porter plainte pendant que j'étais là, et ils ne l'ont pas fait », a-t-il déclaré.
Quant à la décision toujours à venir du Conseil de presse, auprès duquel le Parti libéral a aussi porté plainte, Pierre Duchesne semble confiant, évoquant sa longue expérience de journaliste. « Vingt-cinq ans de journalisme, c'est un actif dont je suis très fier », a-t-il souligné, ajoutant que cette expérience lui a permis « d'avoir la confiance des Québécois ».
Dans un message envoyé plus tôt sur Twitter, M. Duchesne affirmait : « La machine libérale échoue dans sa tentative de briser ma réputation. »
Invitée à commenter la décision de l'ombudsman, la chef du PQ, Pauline Marois, a estimé elle aussi que l'aspirant député a été victime d'une « opération d'intimidation » au moment où il annonçait sa candidature. « Je suis très heureuse du jugement qui a été porté [...] Pour avoir subi à l'occasion le traitement de M. Pierre Duchesne nous concernant, je peux vous dire qu'il [a] totalement raison, l'ombudsman de Radio-Canada », a-t-elle déclaré à la presse.
Le PLQ remet en question le travail de l'ombudsman
En réaction à la révision, le directeur des communications du Parti libéral du Québec, Michel Rochette, a de son côté soutenu qu'en ne faisant des vérifications qu'auprès de Pierre Duchesne et du Parti québécois, « on ne pouvait pas s'attendre à une autre conclusion ».
« Sans vouloir juger le travail de l'ombudsman », M. Rochette souligne que le PLQ aurait souhaité qu'il y ait davantage de vérifications sur les discussions entre M. Duchesne et le PQ.
Un travail jugé impartial
Au sujet des allégations de partialité, l'ombudsman indique que pendant les années où Pierre Duchesne a travaillé comme correspondant parlementaire, soit de 2005 à 2012, son travail a fait l'objet de 17 plaintes à l'ombudsman, dont la moitié portaient sur des questions d'impartialité.
« C'est peu, considérant que M. Duchesne intervenait souvent et régulièrement en ondes et qu'il agissait depuis quelques années comme analyste politique, une fonction délicate qui l'amenait à commenter à peu près tous les événements de la vie politique québécoise », souligne Pierre Tourangeau.
L'ombudsman rappelle que lorsqu'une plainte est déposée à son bureau, elle fait d'abord l'objet d'une réponse de la direction de l'Information de Radio-Canada. Le plaignant peut ensuite demander une révision, s'il n'est pas satisfait de cette réponse.
Ainsi, de 2005 à 2012, le travail de Pierre Duchesne comme correspondant parlementaire n'avait fait l'objet que d'une seule révision, en mai dernier, qui portait sur une analyse de M. Duchesne sur le conflit étudiant.
M. Tourangeau rappelle que tant la direction de l'Information que les différents titulaires du poste d'ombudsman ont eu l'occasion, à plusieurs reprises, de constater que Pierre Duchesne avait respecté les Normes et pratiques journalistiques dans l'exercice de son métier. « Je ne vois pas pourquoi je me lancerais maintenant dans l'exégèse des centaines, voire des milliers de reportages et d'analyses qu'a produits M. Duchesne à titre de journaliste politique depuis 2005, ni même de sa production depuis le début de l'année », conclut l'ombudsman en réponse à la demande de révision du Parti libéral.