Le parti de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal, Vision Montréal, réclame l'intervention de Québec dans le dossier de l'équité en emploi. La chef de Vision Montréal, Louise Harel, demande à Québec de modifier la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans des organismes publics pour en élargir la portée.
Mme Harel réclame que cette loi s'applique aussi au secteur privé et aux organismes sans but lucratif (OSBL). Ces deux catégories d'employeurs ne sont présentement pas assujetties à la loi. « La modification que nous demandons est un levier juridique pour élargir la portée de la loi afin de stimuler la mise en place du programme d'accès à l'emploi et à l'égalité (PAEE) dans les entreprises privées qui contractent avec la Ville et dans les OSBL qui reçoivent des subventions », a déclaré Mme Harel par voie de communiqué.
La sortie de Mme Harel s'inscrit dans la foulée du rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) portant sur la discrimination à l'embauche publié le 29 mai dernier. L'étude portant sur 581 offres d'emploi démontre que les chercheurs d'emploi de la région de Montréal ont 60 % plus de chances d'être invités à un entretien d'embauche s'ils possèdent un patronyme franco-québécois plutôt qu'africain, arabe ou latino-américain.
Une personne dont le nom de famille l'identifie à l'un de ces groupes ethniques a donc été écartée du processus d'entrevue une fois sur trois, ce qui équivaut à un taux de discrimination à l'embauche de 35 %.
« Selon la CDPDJ, au Québec plus que partout ailleurs au Canada, les immigrants connaissent d'importantes difficultés en termes d'accès à l'emploi, surtout dans les entreprises privées et dans les organismes à but non lucratif (OSBL), notamment parce que ces derniers ne sont pas assujettis à la loi comme le sont les organismes publics », soutient Mme Harel.
Mme Harel souligne qu'il est inadmissible qu'à profil professionnel et à qualifications égaux, un Tremblay ou un Bélanger ait au moins 60 % plus de chances d'être invité à un entretien d'embauche qu'un Sanchez, un Ben Said ou un Traoré. « Il s'agit là de corriger une situation d'iniquité où les personnes compétentes pourraient être représentées sans discrimination », ajoute la mairesse de l'arrondissement Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Anie Samson. « Un coup de barre s'impose d'autant plus que l'étude de la Commission démontre que l'écart subsiste une ou deux générations plus tard pour des diplômés de minorités dites visibles nés ici. »
« [...] Ces concitoyens nés et socialisés ici pourraient en venir à nourrir un sentiment de frustration et de désaffiliation à l'endroit de la société au sein de laquelle ils risquent de se sentir perçus et traités comme des étrangers de l'intérieur », conclut Mme Harel.