Enseignement supérieur au Québec : un débat de société
La session parlementaire qui s'achève est « l'une des pires que nous ayons connues », a déclaré dans son bilan la chef du Parti québécois (PQ) et de l'opposition officielle, Pauline Marois.
Mais selon Mme Marois, la divulgation récente d'un élément d'une présentation faite au personnel politique libéral, associant le PQ à l'agitation dans la rue, prouverait que Jean Charest n'a jamais voulu régler la crise sociale, mais l'a plutôt nourrie avant d'en perdre le contrôle.
« On se rend bien compte que Jean Charest n'a jamais voulu trouver de solutions. Pendant quatre mois, il a plutôt cherché à alimenter la crise en mettant de l'huile sur le feu de sorte qu'on se retrouve aujourd'hui dans une situation intolérable. Et pire, le gouvernement n'a aucun plan pour garantir une rentrée scolaire pacifique »,a-t-elle soutenu.
Elle craint d'ailleurs, à la lumière de cette découverte, que le gouvernement ne planifie une opération de dénigrement lors de la prochaine campagne électorale.
Mme Marois juge d'ailleurs que la « fixation du chef libéral pour le carré rouge s'explique par son désir de faire oublier son bilan », tant sur le plan éthique qu'économique que sur celui des relations fédérales-provinciales.
La chef du PQ estime que seules des élections peuvent ramener la paix sociale au Québec et elle a appelé les Québécois, divisés par le conflit étudiant, à changer « de gouvernement et de direction » et à se rassembler autour de la vision prônée par son parti : « s'affirmer, s'enrichir et s'entraider ».
Pauline Marois a notamment rappelé sa proposition de tenir des élections à date fixe, de limiter à 100 $ par citoyen les dons aux partis politiques, d'instaurer une nouvelle loi 101 et d'abolir la taxe santé de 200 $ par personne.
Elle est aussi revenue sur la nécessité d'adopter un nouveau régime de redevances minières alors que le Plan Nord pointe à l'horizon et de s'assurer que de la transformation de minerai se fasse au Québec.
Le leader parlementaire de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, a repris par la suite quelques-unes des critiques émises par Mme Marois sur le gouvernement Charest, saluant par ailleurs la tenue de la commission sur la question de mourir dans la dignité. Il estime par ailleurs que la loi 78 « marque un des plus grands reculs des droits et liberté au Québec depuis fort longtemps ».
Pauline Marois se défend d'avoir une position ambiguë sur les droits de scolarité
Tout au long des derniers mois, le premier ministre a martelé que le PQ avait varié sa position sur la hausse des frais de scolarité à de multiples reprises. Rattrapée par cette accusation au cours du point de presse sur son bilan de session, Pauline Marois s'en est défendue.
« Déjà en avril dernier, on a annoncé que nous voulions geler les frais jusqu'à la tenue d'un sommet [sur le financement des universités]. Et ce que nous avons ajouté, c'est que la hausse que nous accepterions, c'est l'indexation des frais de scolarité tant que le Québec n'aurait pas atteint un niveau de diplomation comparable aux États qui nous entourent. »
En Chambre, le PQ n'a d'abord pas tué dans l'oeuf l'impression que tentait de créer le gouvernement, certains députés entretenant même un flou sur le sujet. En entrevue à la radio de Radio-Canada, le député Bernard Drainville a par exemple déjà refusé de dire ce que ferait son parti avec les droits de scolarité jusqu'à la tenue d'États généraux.
Fin mai, Pauline Marois n'avait pas fermé la porte à une hausse des impôts pour financer une hausse des droits. « Une avenue qui pourrait s'envisager », avait-elle dit en entrevue aux Coulisses du pouvoir, sur les ondes de Radio-Canada. Le lendemain, en Chambre, elle avait cependant rejeté catégoriquement cette option.
En outre, la chef péquiste est quelque peu desservie par son passé. En 1996, Mme Marois, alors ministre de l'Éducation, avait proposé une hausse des droits de scolarité d'environ 30 %. Le gouvernement de Lucien Bouchard avait cependant reculé devant la pression, quelque 100 000 étudiants ayant déclenché des grèves rotatives. Le PQ avait même décrété un gel jusqu'à au moins 2007.
Sur la loi 78, visant à mettre fin au conflit étudiant, le PQ n'a cultivé aucune ambiguïté, la dénonçant avec vigueur. La formation a cependant appelé à la respecter parce qu'elle avait été adoptée démocratiquement et a également demandé le respect des injonctions ordonnées par les tribunaux à l'endroit des étudiants désirant aller à leurs cours.
Récemment, le coporte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, s'est dissocié du PQ de Pauline Marois, qui arbore pourtant le carré rouge, symbole du mouvement étudiant. « La timidité de la position péquiste sur les frais de scolarité nous empêche de reposer tous nos espoirs sur les urnes », a-t-il lancé.