Enseignement supérieur au Québec : un débat de société

Bilan de session : seules des élections peuvent ramener la paix sociale, selon Marois

Martine Biron présente les bilans de session des partis.

La session parlementaire qui s'achève est « l'une des pires que nous ayons connues », a déclaré dans son bilan la chef du Parti québécois (PQ) et de l'opposition officielle, Pauline Marois.

« Le débat sur les droits de scolarité ne saurait expliquer à lui seul le climat de grande tension et les nombreux dérapages qui sont survenus. La loi 78, par exemple, va beaucoup trop loin. » — Pauline Marois

Mais selon Mme Marois, la divulgation récente d'un élément d'une présentation faite au personnel politique libéral, associant le PQ à l'agitation dans la rue, prouverait que Jean Charest n'a jamais voulu régler la crise sociale, mais l'a plutôt nourrie avant d'en perdre le contrôle.

« On se rend bien compte que Jean Charest n'a jamais voulu trouver de solutions. Pendant quatre mois, il a plutôt cherché à alimenter la crise en mettant de l'huile sur le feu de sorte qu'on se retrouve aujourd'hui dans une situation intolérable. Et pire, le gouvernement n'a aucun plan pour garantir une rentrée scolaire pacifique »,a-t-elle soutenu.

Elle craint d'ailleurs, à la lumière de cette découverte, que le gouvernement ne planifie une opération de dénigrement lors de la prochaine campagne électorale.

« J'invite les Québécois à ne pas se laisser manipuler par Jean Charest. Lors de la prochaine campagne électorale, il cherchera de nouveau à berner la population. » — Pauline Marois

Mme Marois juge d'ailleurs que la « fixation du chef libéral pour le carré rouge s'explique par son désir de faire oublier son bilan », tant sur le plan éthique qu'économique que sur celui des relations fédérales-provinciales.

La chef du PQ estime que seules des élections peuvent ramener la paix sociale au Québec et elle a appelé les Québécois, divisés par le conflit étudiant, à changer « de gouvernement et de direction » et à se rassembler autour de la vision prônée par son parti : « s'affirmer, s'enrichir et s'entraider ».

Pauline Marois a notamment rappelé sa proposition de tenir des élections à date fixe, de limiter à 100 $ par citoyen les dons aux partis politiques, d'instaurer une nouvelle loi 101 et d'abolir la taxe santé de 200 $ par personne.

Elle est aussi revenue sur la nécessité d'adopter un nouveau régime de redevances minières alors que le Plan Nord pointe à l'horizon et de s'assurer que de la transformation de minerai se fasse au Québec.

Le leader parlementaire de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, a repris par la suite quelques-unes des critiques émises par Mme Marois sur le gouvernement Charest, saluant par ailleurs la tenue de la commission sur la question de mourir dans la dignité. Il estime par ailleurs que la loi 78 « marque un des plus grands reculs des droits et liberté au Québec depuis fort longtemps ».

Pauline Marois se défend d'avoir une position ambiguë sur les droits de scolarité

Tout au long des derniers mois, le premier ministre a martelé que le PQ avait varié sa position sur la hausse des frais de scolarité à de multiples reprises. Rattrapée par cette accusation au cours du point de presse sur son bilan de session, Pauline Marois s'en est défendue.

« Nous avons, malgré ce qu'on en a dit, une position claire sur la question des frais de scolarité. Je sais que les gens disent que ce n'est pas le cas, mais allez lire notre programme. » — Pauline Marois

« Déjà en avril dernier, on a annoncé que nous voulions geler les frais jusqu'à la tenue d'un sommet [sur le financement des universités]. Et ce que nous avons ajouté, c'est que la hausse que nous accepterions, c'est l'indexation des frais de scolarité tant que le Québec n'aurait pas atteint un niveau de diplomation comparable aux États qui nous entourent. »

« [Le PQ] rétablira le gel des droits de scolarité à la fin de la hausse 2007-2012 jusqu'à la tenue du sommet sur l'enseignement supérieur et l'adoption d'une loi-cadre qui régira les droits de scolarité et les autres frais afférents [...]. » — Extrait du programme du Parti québécois

En Chambre, le PQ n'a d'abord pas tué dans l'oeuf l'impression que tentait de créer le gouvernement, certains députés entretenant même un flou sur le sujet. En entrevue à la radio de Radio-Canada, le député Bernard Drainville a par exemple déjà refusé de dire ce que ferait son parti avec les droits de scolarité jusqu'à la tenue d'États généraux.

Fin mai, Pauline Marois n'avait pas fermé la porte à une hausse des impôts pour financer une hausse des droits. « Une avenue qui pourrait s'envisager », avait-elle dit en entrevue aux Coulisses du pouvoir, sur les ondes de Radio-Canada. Le lendemain, en Chambre, elle avait cependant rejeté catégoriquement cette option.

En outre, la chef péquiste est quelque peu desservie par son passé. En 1996, Mme Marois, alors ministre de l'Éducation, avait proposé une hausse des droits de scolarité d'environ 30 %. Le gouvernement de Lucien Bouchard avait cependant reculé devant la pression, quelque 100 000 étudiants ayant déclenché des grèves rotatives. Le PQ avait même décrété un gel jusqu'à au moins 2007.

Sur la loi 78, visant à mettre fin au conflit étudiant, le PQ n'a cultivé aucune ambiguïté, la dénonçant avec vigueur. La formation a cependant appelé à la respecter parce qu'elle avait été adoptée démocratiquement et a également demandé le respect des injonctions ordonnées par les tribunaux à l'endroit des étudiants désirant aller à leurs cours.

Récemment, le coporte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, s'est dissocié du PQ de Pauline Marois, qui arbore pourtant le carré rouge, symbole du mouvement étudiant. « La timidité de la position péquiste sur les frais de scolarité nous empêche de reposer tous nos espoirs sur les urnes », a-t-il lancé.

Le PQ peu favorable à une union des « forces souverainistes et progressistes »Interrogée au sujet d'une pétition signée par des milliers de citoyens, dont plusieurs personnalités publiques, appelant les « forces souverainistes et progressistes » à s'unir, Pauline Marois a semblé peu ouverte à l'idée. « Le Parti québécois est déjà en soi une coalition », a-t-elle affirmé, ajoutant que le parti était « souverainiste et progressiste » et qu'il avait « de la place pour tout le monde ».

Elle a aussi évoqué une lettre cosignée par les deux coporte-parole de Québec solidaire, plus tôt cette semaine, dans laquelle ils accusaient le PQ d'avoir joué un « rôle actif dans le virage néolibéral imposé au Québec ». « J'ai compris qu'il y avait beaucoup, beaucoup d'objections à ce qu'ils soient associés au Parti québécois », a-t-elle lancé. Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a lui aussi réagi à cette inititiative.