Québec dévoile son plan d'action sur les changements climatiques

Les précisions de Vincent Maisonneuve

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, et ses ministres de l'Environnement et des Transports ont dévoilé dimanche le plan d'action du gouvernement sur les changements climatiques 2013-2020, des mesures qui avaient été annoncées dans le dernier budget provincial.

Québec a comme objectif pour 2020 de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la province de 20 % par rapport à 1990. Ce plan et la stratégie d'adaptation aux changements climatiques qui l'accompagne vont coûter près de 2,7 milliards de dollars. Les deux tiers de cette somme seront consacrés aux transports.

Entre autres, le gouvernement prévoit investir 1,5 milliard de dollars dans les transports en commun et alternatifs. Le ministère des Transports doit tenir des consultations publiques prochainement pour déterminer comment se détailleront les mesures concrètes.

Selon le premier ministre, le plan sera financé par la redevance sur les carburants et combustibles fossiles et par les revenus provenant du marché du carbone.

« C'est à partir du 1er janvier 2013 que le nouveau marché du carbone va devenir opérationnel. À 10 $ la tonne, nous avons fixé un prix que nous croyons vraiment être un prix plancher. À partir de là, toutes les indications que nous avons, si on tient compte d'abord du niveau de collaboration de l'industrie et des acteurs, sont assez bonnes et là-dessus on les en remercie, parce que ce n'est pas évident d'être les premiers. Et nous avons confiance, nous croyons que ça va fonctionner », a affirmé le premier ministre en conférence de presse.

Les mesures annoncées font partie de la première phase du plan d'action, qui prévoit une réduction de six mégatonnes des gaz à effet de serre, soit la moitié des réductions totales envisagées. Le gouvernement compte présenter la seconde phase de ce plan en 2016.

En entrevue à RDI, le ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, est convaincu que les mesures de régulation du marché permettront au gouvernement de percevoir les sommes nécessaires.

« Depuis 2006, les entreprises contribuent au Fonds vert. Avec les bourses du carbone, lorsqu'une entreprise investit dans une technologie pour réduire les gaz à effet de serre, elle peut avoir des crédits de carbone qu'elle peut vendre sur un marché. Les entreprises qui ne le font pas vont devoir en acheter, des crédits de carbone », explique-t-il.

« C'est une formule reconnue. À partir du moment où on établit un coût sur le carbone, il est très clair que tout le monde a intérêt à réduire les gaz à effet de serre, et ça génère des revenus pour le gouvernement », ajoute-t-il.

Répondant à une question de la journaliste de Radio-Canada concernant la difficulté de chiffrer l'impact des mesures de réduction envisagées, le ministre a répondu que le gouvernement aura un comité de suivi et un bureau des projets.

« Il y a des cas qui sont relativement faciles à évaluer, par exemple lorsqu'une entreprise décide de changer sa fournaise au mazout pour une fournaise écoénergétique. Dans le cas d'une loi sur l'aménagement durable, c'est plus difficile à évaluer. Quand on peut, on va le faire », a-t-il dit.

Réactions mitigées

Dans un communiqué, le Parti québécois déplore « la faiblesse » du plan d'action sur les changements climatiques. Il s'agit de « beaucoup de mots pour peu de résultats significatifs. Ce plan relève davantage d'un plan de relations publiques », selon Scott McKay, député de L'Assomption et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'environnement.

M. McKay rappelle que le commissaire au développement durable, Jean Cinq-Mars, critiquait dans son rapport il y a un mois la gestion de la lutte aux changements climatiques par le gouvernement.

Le commissaire constatait que les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre n'ont pas été atteints malgré les investissements compris dans le plan d'action 2006-2012. Le commissaire relevait des lacunes de gestion importantes concernant particulièrement l'évaluation de la performance des mesures de ce plan et la reddition de comptes qui en découle.

De leur côté, Équiterre et la Fondation David Suzuki ont qualifié dans un communiqué d'intéressant mais incomplet le plan d'action sur les changements climatiques. Selon elles, le plan n'arrive pas à générer au Québec les réductions de GES nécessaires à l'atteinte de la cible de - 20 % en 2020.

Les organisations reconnaissent néanmoins que le plan contient plusieurs mesures intéressantes comme la participation du Québec à la bourse du carbone, l'engagement financier qui soutient l'ensemble des mesures de ce plan, et l'engagement de consacrer les deux tiers de ce financement au développement du transport collectif.

Toutefois, elles soulignent que le ministère des Transports n'a pas de cible précise pour le secteur des transports alors que ce secteur représente 43 % des émissions au Québec.

La Fédération des municipalités du Québec et l'Union des municipalités du Québec accueillent favorablement le plan de Québec et soulignent que plusieurs des solutions aux changements climatiques passent par les gestes posés par les municipalités, en matière d'aménagement du territoire, de transport collectif et d'infrastructures.

En complément

Ailleurs sur le web

Radio-Canada n'est aucunement responsable du contenu des sites externes suggérés ci-après.