Québec solidaire dénonce le financement sectoriel, une pratique illégale du financement politique au Québec, mais qui connaît néanmoins beaucoup de succès, selon un rapport déposé par le parti, jeudi. QS a étudié les dons aux partis politiques de 1981 à 2011.
Des entreprises utilisent notamment des prête-noms pour contourner la loi électorale qui impose un maximum de 1000 $ par personne en financement à un parti politique. Des entreprises donnent des montants - sous une forme ou une autre - pour que les employés utilisent cet argent pour contribuer à la caisse d'un parti politique désigné.
Les entreprises font ensuite connaître la valeur de leur contribution aux partis politiques afin d'obtenir un retour d'ascenseur une fois le parti au pouvoir. Le financement est qualifié de « sectoriel » parce qu'il vise plus particulièrement des milieux qui sont plus susceptibles de profiter de contrats du gouvernement.
Des entreprises du milieu de la construction, des cabinets d'avocats et des firmes de génie-conseil ont ainsi recours à ce stratagème pour financer des partis politiques dans l'espoir d'en tirer des avantages une fois le parti au pouvoir. Dans une moindre mesure, des bureaux de vérificateurs et de comptables ont également eu recours à ce stratagème, selon le rapport de QS.
Les entreprises liées à la construction et au génie-conseil ont versé 2,8 millions de dollars dans les coffres du Parti libéral du Québec (PLQ), du Parti québécois (PQ) et de l'Action démocratique du Québec (ADQ) entre les années 2000 et 2010. À cette somme, il faut ajouter près d'un million de dollars versés aux mêmes partis politiques par les cabinets d'avocats de 2003 à 2010.
Le rapport de QS démontre que, au cours des 30 dernières années, les partis reçoivent systématiquement des dons plus élevés lorsqu'ils sont au pouvoir ou qu'ils s'en approchent.
Amir Khadir
QS, dans son rapport, rappelle que, selon le gouvernement, 0,8 % des contribuables québécois ont eu recours au crédit d'impôt pour des dons aux partis politiques. Or, selon les chiffres du Directeur général des élections, 81 des 274 avocats du cabinet Heenan-Blaikie - soit 30 % des avocats du cabinet - ont donné au PLQ.
Dans le même ordre d'idées, le rapport de QS souligne que 131 des 230 professionnels - soit 56 % des employés - de Raymond Chabot Grant Thornton ont contribué à la caisse du PLQ. Le rapport met également en lumière que 50,3 % des donateurs de cette firme ont versé de l'argent à deux ou trois partis.
Québec solidaire déposera son rapport à la commission Charbonneau, qui doit faire la lumière sur la corruption dans le milieu de la construction. Le parti suggère à la commission d'élargir son mandat pour inclure les cabinets d'avocats dans son étude.
Le parti politique estime qu'il faudrait diminuer les montants permis pour les dépenses électorales. Cette mesure contribuerait à éradiquer le financement illégal des partis, selon QS.