La ministre canadienne de la Coopération internationale, Bev Oda, a remboursé aux contribuables, lundi, le coût de son séjour au luxueux hôtel Savoy, à Londres, en juin dernier. Cette action n'a pas semblé satisfaire l'opposition à Ottawa, qui a exprimé son indignation à la reprise des travaux.
En juin 2011, Bev Oda se rendait à Londres pour représenter le Canada à une conférence internationale sur la vaccination des enfants dans les pays pauvres. Elle devait loger au Grange St. Paul's Hotel, où se déroulait la rencontre.
Mais Mme Oda a plutôt demandé à son personnel de la loger au Savoy, près de la Tamise, un endroit qui accueille nombre de familles royales, et qui appartient au prince saoudien Alwaleed.
« À notre arrivée sur place, la ministre a préféré ne pas demeurer au Grange St. Paul's Hotel, et nous avons dû payer », précise une note accompagnant l'allocation de dépenses.
La note d'hôtel pour le Savoy s'est élevée à 1995 $ pour trois nuits, soit 665 $ la nuitée. Mme Oda y a notamment pris un jus d'orange qui a coûté 16 $. Le gouvernement a aussi dû payer pour la nuitée annulée au premier hôtel, ajoutant 287 $ à ses frais de voyage.
De plus, Mme Oda a été transportée en voiture entre son hôtel, celui où avait lieu la conférence internationale et d'autres rendez-vous, à un coût de 2850 $ pour les trois jours. John Alan, du service de location d'autos, dit ne pas se souvenir de quel genre de véhicule a disposé Mme Oda, mais il a précisé que toutes ses voitures sont de marque Mercedes ou BMW.
Le porte-parole du ministère canadien de la Coopération internationale, Justin Broekema, a expliqué que Mme Oda a remboursé la différence de coût entre les deux établissements, en plus des coûts d'annulation au premier hôtel. Son cabinet n'a toutefois pas indiqué si les frais de transport seront aussi remboursés.
La ministre Oda n'a toutefois décidé d'effectuer ce remboursement que lundi matin, dans la foulée de la controverse soulevée par l'affaire, dévoilée quelques heures auparavant par La Presse Canadienne.
Cette affaire rappelle une controverse survenue il y a six ans alors que Mme Oda avait refusé d'être conduite en fourgonnette, préférant la limousine. En 2006, elle avait utilisé des limousines pour sa participation à la cérémonie des Junos à Halifax : cela avait coûté 5475 $. En réponse à des critiques formulées à la Chambre des communes, elle a ensuite soutenu qu'elle avait remboursé 2200 $ aux contribuables.
Un an plus tard, un autre transport en limousine pour des activités gouvernementales et partisanes avait coûté 1200 $, une dépense qui n'apparaissait pas dans les comptes publics du gouvernement.
La ministre Bev Oda à la Chambre des communes
Photo : PC/Adrian Wyld
L'opposition dénonce la ministre
L'affaire a soulevé l'ire de l'opposition, à Ottawa, lundi, où reprenaient les travaux parlementaires.
Le chef de l'Opposition officielle, Thomas Mulcair, croit que le gouvernement Harper devrait remercier sa ministre. « On commence à avoir affaire avec quelqu'un qui a des problèmes à répétition : je pense que le premier ministre n'a d'autres choix que de se départir des services de Bev Oda », a-t-il déclaré.
« On fait des coupures partout, et là on a une ministre qui, madame, [veut] son 5 étoiles et qui veut son jus d'orange à 16 dollars, c'est assez là ! », a de son côté affirmé le député libéral Denis Coderre dans les couloirs du parlement.
En Chambre, la députée néo-démocrate Ève Péclet a plaidé que pour le prix l'hôtel de Mme Oda, « on aurait pu vacciner 140 enfants dans des pays pauvres ».
Le leader du NPD en Chambre, Nathan Cullen, a de son côté déclaré que les choix de Mme Oda étaient « stupéfiants ».
« Est-ce qu'on peut justifier une seule nuit au Savoy? J'imagine que oui, si on est une grande vedette du rock, mais pour une ministre qui doit rencontrer les plus pauvres et les plus démunis du monde, et qui en plus représente un gouvernement qui demande aux Canadiens de se serrer la ceinture, c'est d'une hypocrisie nauséabonde », a-t-il lancé.
La Coalition nationale des citoyens, un organisme qui a déjà été dirigé par Stephen Harper, a réclamé la démission de Mme Oda.