La commission Charbonneau

Opération de l'UPAC : Jean Charest satisfait, l'opposition en veut plus

Arrestation de Tony Accurso

Dans une brève déclaration et sans accepter de questions des journalistes, le premier ministre Jean Charest a salué l'ampleur de l'opération de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) qui a abouti à l'arrestation de 14 personnes (une autre étant recherchée), mardi.

« L'UPAC a fait une opération importante et on a toujours cru qu'il fallait donner à l'UPAC l'occasion de travailler. » — Le premier ministre Jean Charest

Jean Charest réaffirme que son gouvernement ne se mêle pas des opérations policières. « L'opération, dit le premier ministre, nous rappelle que personne n'est au-dessus des lois, et ces arrestations le démontrent ».

L'UPAC, conclut Jean Charest, fait son travail, qui donnera des résultats, avec le mandat « très très ferme » d'aller au fond des choses et de poursuivre ceux qui font l'objet d'allégations.

Toujours dans les rangs libéraux, la ministre du Travail, Lise Thériault, souligne qu'elle a toujours été pour l'idée de laisser les policiers effectuer leur travail en attendant les résultats des enquêtes en cours.

« La patience est de l'or. Ils ont pris leur temps, et avec les 14 arrestations, c'est un gros coup », a pour sa part déclaré le député Norman MacMillan, aussi ministre délégué aux Transports. « Alors, attendons [de voir] ce qui va arriver. »

Le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, abondait dans ce sens. Il estime que les policiers ont fait leur travail et que personne n'est à l'abri de la loi. « Il y a des tribunaux appropriés pour ça et nécessairement partout où l'on doit passer il n'y a personne à l'abri. Les vérificateurs sont là, ils font leur travail avec l'UPAC. Ce sera aux tribunaux de trancher ce dossier. »

L'Unité permanente anticorruption (UPAC) a arrêté 14 personnes mardi, lors du démantèlement d'un réseau de partage de contrats municipaux sur la Rive-Nord de Montréal. L'entrepreneur Tony Accurso, le maire Richard Marcotte et l'entrepreneur Normand Trudel figurent parmi les personnes mises en cause. Les suspects feront face à un total de 47 chefs d'accusation, dont fraude, abus de confiance, actes de corruption, complot et utilisation de documents contrefaits.

Dans l'opposition

Amir Khadir, député de Mercier et porte-parole de Québec solidaire Amir Khadir, député de Mercier et porte-parole de Québec solidaire

Le député de Mercier et porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, s'est réjoui mardi de l'annonce des arrestations.

L'arrestation de l'homme d'affaires Tony Accurso a particulièrement retenu l'attention de Québec solidaire.

« Nous accueillons ça avec un certain soulagement, c'est une très grosse prise. Il était important, surtout devant l'indignation de la population, que M. Accurso soit au moins traduit devant la justice », a souligné Amir Khadir.

En dépit de cet important coup de filet réalisé par l'UPAC, le porte-parole de Québec solidaire a tenu à rappeler que ces arrestations spectaculaires ne devaient pas faire oublier pour autant l'ampleur de la corruption au Québec.

« Nous appelons à la prudence. Il ne faut pas que cette situation nous détourne de l'essentiel de la situation de la corruption qui touche l'ensemble des contrats publics [...] surtout au niveau du gouvernement du Québec », a déclaré le député de Mercier.

« Mais aussi grand et impressionnant que soit l'arbre, il ne faut pas qu'il cache la forêt. » — Le député Amir Khadir, au sujet de l'arrestation de Tony Accurso

« Je rappelle pour les besoins de la cause que plusieurs de ceux qui ont été épinglés, c'est-à-dire M. Accurso et ses associés, ont contribué au cours des dernières années plusieurs dizaines de milliers de dollars aux caisses du Parti libéral du Québec et du Parti québécois », n'a pas manqué de rappeler Amir Khadir au passage.

Amir Khadir a rappelé du même souffle aux citoyens qu'il y a peut-être des corrupteurs, mais qu'ils y a aussi des corrompus. Et il serait dommage, selon lui, surtout à l'approche d'élections, que les efforts ne soient concentrés que sur les corrupteurs, alors que ceux qui reçoivent ces sommes de façon illégale jouent aussi un rôle important dans le problème.

Prudence au Parti québécois et à la CAQ

Le Parti québécois réagit de son côté prudemment, même si sa chef Pauline Marois déplore que tout le processus ait été trop long. Elle estime que si la commission d'enquête sur la construction s'était mise en branle plus tôt, on en aurait appris beaucoup plus au fil des mois.

Le député péquiste de Chambly, Bertrand St-Arnaud, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éthique, se réjouit du coup de filet des policiers, mais précise qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. « C'est un coup important de Marteau et de l'UPAC aujourd'hui, a déclaré le député. Cependant, c'est un seul dossier, il reste encore toute une série d'enquêtes sur toute une série de villes à Montréal, à Laval, et un peu partout au Québec sur lesquelles on attend des résultats. »

Du côté de la Coalition avenir Québec, le chef François Legault demeure inquiet et juge que les arrestations de mardi ne constituent que la pointe de l'iceberg d'un problème nettement plus large.

Pas de surprise dans les rangs de l'opposition mascouchoise

À Mascouche, d'où part le scandale, le chef de Vision démocratique Mascouche et opposant au maire Marcotte, Stéphane Handfield, a indiqué que l'opération menée mardi ne surprend personne, car des rumeurs persistantes évoquaient cette possibilité depuis plusieurs semaines.

« On n'est pas surpris, mais on ne se réjouit pas de la situation, il n'y a rien de réjouissant à voir des centaines de policiers sur le terrain. » — Stéphane Handfield
Des policiers érigent un périmètre autour de l'hôtel de ville de Mascouche. Des policiers érigent un périmètre autour de l'hôtel de ville de Mascouche.

Stéphane Handfield, qui a déjà demandé la démission du maire Marcotte, indique avec prudence qu'il faut attendre de voir si des mises en accusation auront lieu dans le dossier. Mais selon lui, le maire a déjà perdu la crédibilité nécessaire pour siéger au conseil municipal.

Par ailleurs, en entrevue au Réseau de l'information, la conseillère municipale Lise Gagnon a dit être incertaine de ce qui se produira après l'arrestation du maire Marcotte.

Elle se demande notamment s'il pourrait être destitué sans avoir été condamné. Elle souligne cependant que la municipalité a un maire adjoint et une direction générale qui peuvent assurer la gestion des affaires courantes.