Le maire de Huntingdon s'attaque à la loi 101

Les explications d'Yvan Côté

La Ville de Huntingdon conteste les dispositions de la Charte de la langue française et demande sa révision pour que les administrations municipales du Québec puissent choisir la langue dans laquelle elles s'adressent à leurs citoyens.

En janvier, l'Office québécois de la langue française (OQLF) a informé le maire Stéphane Gendron qu'une plainte avait été déposée contre sa ville au sujet de documents bilingues envoyés à ses citoyens. Au conseil municipal de lundi, une résolution a été adoptée pour refuser les exigences de l'OQLF et demander à Québec d'apporter des modifications la Charte.

En entrevue à RDI, M. Gendron a été catégorique : les pratiques bilingues de la Ville de Huntingdon ne changeront pas. « Je ne suis pas originaire de Huntingdon, je ne suis pas là de naissance, mais la Ville a toujours été bilingue. [...] Les communautés ont toujours vécu dans la paix sociale et on sert les gens dans la langue de leur choix, ça s'arrête là. Ce n'est pas une loi provinciale qui va nous faire changer ça », a déclaré le maire.

« Cette loi-là n'existe pas dans l'administration municipale chez nous et elle n'existera pas. C'est une fiction de l'esprit. » — Stéphane Gendron

M. Gendron va même jusqu'à qualifier la loi de « raciste ». « C'est raciste. Voyons donc, ces gens-là ont fondé la ville, ont donné toutes leurs énergies pour la société du Québec, puis on ne peut pas les servir dans leur langue. C'est quoi cette histoire-là? Je ne comprends pas », a-t-il fait valoir, soulignant que son administration n'est pas la seule à contrevenir à la Charte.

« La municipalité d'Ormstown, à côté de Huntingdon, a un statut francophone et sert tout le monde bilingue. La MRC du Haut-Saint-Laurent a un statut francophone, sert tout le monde bilingue. Tout le monde viole la loi. », a-t-il dit.

Selon le maire, servir les citoyens dans les deux langues n'empêche pas la défense de la langue française. « René Lévesque avait dit à l'adoption de la loi 101 : "C'est un grand jour de honte quand on est obligé d'avoir une béquille législative pour parler notre langue". Chez nous, on ne déshabille pas Pierre pour habiller Paul. Ça n'empêche pas de parler français et fièrement », a estimé M. Gendron.

Québec défend la loi

La ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, a condamné la démarche de la municipalité. « La Ville de Huntingdon est vraiment à côté de tout ce qui se fait et de tout ce qu'on veut faire parce que ce que les Québécois veulent, c'est que la Charte de la langue française soit respectée, et on est là pour la faire respecter également », a-t-elle déclaré.

Elle a donc rejeté la demande du maire Gendron. « De notre côté, il n'est absolument pas question de rouvrir la Charte pour faire en sorte qu'on accepte que des municipalités qui ont moins de 50 % de la population de langue anglaise puissent avoir le statut de ville bilingue », a ajouté Mme St-Pierre.

À l'instar du gouvernement, l'Office québécois de la langue française (OQLF) n'a pas l'intention de plier.

La PDG de l'OQLF, Louise Marchand, souligne qu'Huntingdon n'est pas considérée comme une ville bilingue, même si elle compte 40 % d'anglophones. « La loi va s'appliquer à Huntingdon comme elle s'applique partout, il n'y a pas de compromis possible avec la loi », a déclaré Mme Marchand en entrevue à RDI.

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