Listes d'attente en chirurgie : l'opposition demande au ministre Bolduc de s'expliquer

Le ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc Le ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc

L'opposition officielle à Québec a tenté de savoir, en vain, depuis quand le ministre de la Santé Yves Bolduc était au courant, comme il l'a affirmé, que certains médecins gardaient une liste d'attente artificiellement élevée dans le secteur public et incitaient leurs patients à aller se faire soigner dans leur clinique privée.

« Depuis quand le gouvernement est-il au courant que de telles pratiques auraient court dans le système public? », a demandé la chef péquiste Pauline Marois pendant la période de questions mardi.

Le ministre de la Santé s'est levé pour rappeler ce qu'il avait déjà dit en entrevue au quotidien La Presse , il y a deux semaines.

« Il y a quelques chirurgiens au Québec qui ont une très longue liste d'attente. Un des phénomènes à Montréal est que des médecins demandent à leurs patients : "Écoute, si tu veux être opéré dans le public, j'ai une liste d'attente de deux ans, mais si tu veux être opéré dans ma clinique dans le privé, je t'opérerai d'ici deux semaines". Il y a plusieurs raisons pour les listes d'attente, mais une de raisons est que les listes ne sont pas si longues que ça, donc c'est une opinion du médecin », a-t-il dit.

« Depuis quand le premier ministre est-il au courant qu'un tel comportement existe chez les spécialistes qui en profitent pour faire de l'argent sur le dos des malades? », a insisté la chef péquiste.

C'est encore une fois le ministre de la Santé qui lui a répondu, demandant à l'opposition de collaborer pour tenter de trouver des solutions au problème.

« On déplore la situation. Nous allons tenter de trouver des solutions avec le Collège des médecins, avec la Fédération des médecins spécialistes et les associations médicales, pour être plus transparents, offrir un meilleur service dans le public et avoir une équité dans l'accès aux services », a-t-il dit.

Amir Khadir invite le ministre Bolduc à reconnaître ses erreurs

De son côté, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a réagi aux allégations selon lesquelles certains chirurgiens recommandent à leurs patients de se faire opérer dans des cliniques privées en demandant au ministre de la Santé de reconnaître ses erreurs et de poser des gestes pour redresser la situation.

Selon Québec solidaire, les cas évoqués par le ministre Bolduc démontrent un effet pervers de l'introduction de la logique commerciale du privé dans la Santé.

« Il n'est pas question de mettre plus d'argent dans le système, il est question de déplacer de l'argent actuellement gaspillé qui est donné en bonbon à des multinationales pharmaceutiques qui ferment de toute façon. Il faut plutôt le consacrer à mieux rétribuer nos infirmières, en former plus, les former de manière plus spécialisée, les garder dans la salle d'opération, faire fonctionner les salles d'opération, ouvrir des lits d'hôpitaux, ouvrir des lits de soin prolongé et surtout prodiguer des soins à domicile et en première ligne », a-t-il dit à l'Assemblée nationale.

Québec solidaire propose la mise en place de guichets uniques régionaux où les listes d'attente seraient centralisées, ce qui permettrait, selon le parti, d'améliorer la transparence et d'offrir une gestion des listes d'attente basée sur les besoins de la population.

Le député Amir Khadir doit présenter une motion mardi en faveur du système de santé public.

Controverse

Rappelons que la sortie du ministre a piqué au vif lundi le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Gaétan Barrette, qui a même menacé de poursuivre en justice le ministre de la Santé.

« Si le ministre a des noms, qu'il les dise, on va le dénoncer avec lui. S'il en a des noms et que ce n'est pas vrai, malheureusement pour lui, il va se faire poursuivre », a déclaré le Dr Barrette lors d'une entrevue au Réseau de l'information. « À ma connaissance, ce n'est pas un système qui existe comme tel. »

Le Dr Barrette a rappelé que les médecins ont l'obligation d'inscrire les patients sur les listes d'attente, mais que ces listes sont contrôlées par des fonctionnaires du ministère de la Santé depuis un peu plus de deux ans. « Il n'y a pas un seul chirurgien au Québec qui contrôle la liste d'attente », martèle-t-il.

Le ministre Bolduc a demandé lundi au Collège des médecins d'examiner ce dossier.