Des scientifiques canadiens se disent muselés par Ottawa

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Le gouvernement conservateur « muselle » ses propres scientifiques, financés à même les fonds fédéraux, pour qu'ils ne discutent pas de leur travail en public, selon des scientifiques canadiens. L'accusation a été lancée vendredi dans le cadre du congrès de l'American Association for the Advancement of Science, qui réunit à Vancouver des scientifiques du monde entier.

À cette occasion, six organisations professionnelles canadiennes, représentant des scientifiques et des communicants, ont publié une lettre adressée à Stephen Harper. Elles demandent au premier ministre de faire « tomber le mur » séparant les scientifiques, les journalistes et le public.

« Malgré les promesses que notre gouvernement majoritaire respecterait les règles de transparence et d'imputabilité, les scientifiques fédéraux du Canada ne sont toujours pas autorisés à parler aux journalistes sans obtenir le "consentement" du service des relations publiques », peut-on lire dans le courrier.

La coalition prétend que les entrevues demandées par les journalistes sont régulièrement refusées et que les scientifiques subissent des pressions politiques. « Il est plutôt clair qu'Ottawa décide si les chercheurs fédéraux peuvent parler, ce qu'ils peuvent dire et quand ils peuvent le faire », a confirmé la journaliste scientifique Margaret Munro, de l'agence de presse Postmedia News, lors du congrès.

Communication verrouillée

La journaliste scientifique a mentionné que la couverture médiatique des recherches financées par le gouvernement a diminué dans les années suivant l'élection des conservateurs. « Nous avions un système gouvernemental très ouvert, les chercheurs pouvaient discuter librement de leurs découvertes dans les médias », a témoigné Margaret Munro. « Maintenant, le système est très fermé, alors que le gouvernement pousse parfois à l'extrême le contrôle du message et des médias », a-t-elle ajouté.

Certains chercheurs ont affirmé que ce contrôle extrême se traduit par la réduction du nombre de reportages portant sur des sujets scientifiques. Selon eux, il s'agit d'un vrai problème, puisque les citoyens n'entendent pas certaines informations qui peuvent affecter leur vie quotidienne.

Trois semaines après que David Tarasick ait publié ses découvertes au sujet de l'un des plus grands trous à la couche d'ozone jamais découvert, le scientifique fédéral n'a, par exemple, pas encore pu en parler aux médias. Kriste Miller n'a pas non plus pu donner d'entrevues au sujet de ses recherches portant sur un virus qui pourrait tuer le saumon rouge de la Colombie-Britannique, alors que celles-ci ont été publiées dans le prestigieux magazine britannique Science.

Frustrations

Le chercheur sur le climat Andrew Weaver, de l'Université de Victoria, a ajouté que les scientifiques sont frustrés de ne pas pouvoir présenter le fruit de leur travail. Il pense que ses confrères ne s'expriment pas collectivement parce qu'ils ont peur de perdre leur financement.

Selon lui, il est honteux que tant de bon travail reste dans l'ombre : « Il ne s'agit pas de réprimer certains messages qui créeront une controverse, mais de réprimer le succès des scientifiques canadiens ».

D'après La Presse canadienne