La chef péquiste accuse François Legault d'avoir « viré capot »
À l'Assemblée nationale, les péquistes et les libéraux ont vertement critiqué la promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ) de rouvrir les conventions collectives des médecins et des enseignants dans les 100 premiers jours d'un éventuel premier mandat.
La chef péquiste Pauline Marois a accusé le chef de la CAQ François Legault d'avoir « viré capot ».
À l'époque où il défendait les contrats de performance pour les universités à titre de ministre de l'Éducation, il plaidait plutôt que le gouvernement du Québec devait respecter la parole donnée, argue-t-elle.
La députée de Taschereau, Agnès Maltais, soutient pour sa part que les ambitions de la CAQ menacent la paix sociale au Québec. « Déjà, la guerre est préparée. On entend les tam-tams. Ce n'est pas de ça dont a besoin le système de santé », a-t-elle lancé.
Son collègue de Rousseau, Nicolas Marceau, abonde dans le même sens. « Moi, j'ai peur qu'en mettant le feu aux poudres comme il entend le faire, il crée un mauvais climat de relations de travail et que, ultimement, c'est la croissance économique québécoise qui soit mise en péril. »
Les commentaires sont du même ordre au Parti libéral du Québec.« M. Legault est en croisade », a estimé le ministre des Finances, Raymond Bachand. « Nous, on est partis pour développer le Québec dans l'harmonie. »
Le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, accuse pour sa part François Legault de mettre en péril les relations de l'État avec ses employés, alors que le gouvernement vient de conclure une entente de cinq ans avec les syndicats du secteur public.
« Être premier ministre, c'est rassembler les Québécois avec des projets porteurs, notamment de croissance économique, parce que ça, ça permet la solidarité sociale pour tout le monde. La grande qualité qu'il faut avoir, c'est celle-là », a-t-il dit.
Les déclarations controversées de François Legault ont été faites mardi dans le cadre du caucus de la CAQ. Le chef du nouveau parti politique affirme qu'il veut rendre les services offerts au public plus efficaces.
M. Legault dit qu'il compte revoir en priorité les conditions de travail des médecins qui doivent, selon lui, moderniser et revoir en profondeur l'organisation de leur travail pour répondre aux besoins des Québécois.
Selon François Legault, la dernière entente signée par le gouvernement Charest avec les médecins n'arrangera en rien les problèmes auxquels font face les 2 millions de Québécois qui n'ont toujours pas accès à un médecin de famille.
En ce qui concerne les enseignants, la CAQ compte dans un premier temps revoir leurs conditions de travail pour leur donner davantage de responsabilités, mais aussi mettre sur pied un mécanisme d'évaluation des enseignants.
En échange, ils recevraient une augmentation salariale de 20 %, destinée à reconnaître et à valoriser le travail qu'ils accomplissent dans la société.
Les syndiqués prêts à défendre leurs intérêts
En entrevue au Réseau de l'information, le président de la CSN, Louis Roy, a indiqué que les grands syndicats du Québec discuteront des projets de François Legault qui, dit-il, remettent en cause la « crédibilité de l'État québécois ».
« On n'a jamais fait une intersyndicale en fonction d'une élection. Mais là, M. Legault nous pousse à réagir sur le même sujet, et on réagit tous de la même manière. [...] On va certainement en discuter », a-t-il dit.
« On n'était pas supposé le faire ce soir - on a une rencontre de l'Alliance sociale sur le budget qui s'en vient. Mais de toute évidence, on va être obligé d'ajouter ce sujet-là à l'ordre du jour », ajoute-t-il.
Le président de la CSN rappelle du même souffle que la marge de manoeuvre des syndicats est « plutôt mince » en campagne électorale, la loi québécoise leur interdisant de faire des dépenses électorales ou de prendre position pour un parti ou un autre.
Selon M. Roy, renégocier les conventions n'est « pas un problème », mais il faut le faire en temps et lieu. « Il y a des délais légaux. Alors, c'est 2014, la négociation va débuter pour renégocier les conventions de 2015 ».
M. Roy note par ailleurs que le salaire des enseignants suit présentement une courbe qui doit leur permettre d'atteindre l'équité salariale, ce qui fausse à son avis les chiffres avancés par François Legault.
« Rehausser le salaire des enseignants et des enseignantes, ça va coûter beaucoup plus que 1 milliard de dollars. Les infirmières vont suivre, les préposées aux bénéficiaires dans les hôpitaux, et ça, on n'en tient pas compte », note-t-il.
Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, se montre peu impressionné par les propositions de la CAQ. « C'est de l'agitation, ça s'appelle du bruit, pour essayer de se rendre intéressant auprès de la population. Mais de la façon dont ils le font, ils vont plutôt être des semeurs de vent qui récolteront la tempête », a-t-il déclaré mardi.
Dans une entrevue au quotidien La Presse, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ), le Dr Louis Godin, a lui aussi prévenu qu'une réouverture de la convention collective de ses membres « ne passera pas ».