Sables bitumineux : Ottawa et les pétrolières travaillent main dans la main

Site d'exploitation de sables bitumineux en Alberta (archives) Site d'exploitation de sables bitumineux en Alberta (archives)   © © Edward Burtynsky, courtoisie de Nicholas Metivier Gallery, Toronto

De nouveaux documents obtenus par Greenpeace grâce à la Loi d'accès à l'information jettent un nouvel éclairage sur les relations étroites que le gouvernement conservateur de Stephen Harper et le gouvernement de l'Alberta entretiennent avec l'industrie pétrolière du pays.

L'un d'eux révèle qu'un ex-conseiller du premier ministre, Bruce Carson, le sous-ministre fédéral des Ressources naturelles Cassie Doyle et les sous-ministres albertains de l'Environnement et de l'Énergie, Jim Ellis et Peter Watson, ont accepté de participer à une rencontre organisée par l'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP).

Cette rencontre, tenue le 16 mars 2010 dans les locaux de l'ACPP, à Calgary, avait pour objectif de définir une stratégie de relations publiques desservant les intérêts de l'industrie pétrolière. Cette dernière souhaitait que cela passe par la création d'un groupe de travail fédéral-provincial-industrie.

Le sous-ministre Doyle, peut-on lire dans le document, a finalement proposé que la coordination entre ces différents acteurs s'effectue par un comité de sous-ministres déjà existant, que pilote le gouvernement albertain. Le groupe inclut en outre, dit-il, le ministère des Affaires étrangères.

Ottawa identifie ses alliés et ses adversaires

Le second document porte sur la Stratégie de plaidoyer paneuropéen sur les sables bitumineux, élaborée par Ottawa pour contrecarrer les tentatives européennes visant à limiter tout recours au pétrole issu des sables bitumineux, jugé plus polluant que les autres.

Il révèle qu'Ottawa a désigné les groupes qu'elle considère comme des alliés ou des adversaires.

Le document désigne notamment l'Office national de l'énergie, un organisme fédéral indépendant, comme un allié du gouvernement fédéral, aux côtés de l'ACPP, du gouvernement albertain, d'associations industrielles canadiennes et européennes et de certaines compagnies européennes, dont Shell et BP (ex-British Petroleum).

Les médias, les groupes environnementaux et autochtones, ainsi que les industries qui font concurrence aux sables bitumineux, comme celle du biodiesel, sont plutôt classés comme des adversaires du rapport.

Un porte-parole de Greenpeace, Keith Stewart, s'insurge contre cette façon de faire du gouvernement fédéral. « Plutôt que de se pencher sur les impacts dévastateurs des sables bitumineux, le gouvernement Harper travaille avec l'industrie pétrolière pour faire taire les critiques », déplore-t-il.

Il soutient que les Canadiens devraient s'inquiéter tout particulièrement du fait que l'Office national de l'Énergie, qui doit réglementer l'industrie pétrolière, soit considéré comme un allié du gouvernement.

L'organisme doit notamment étudier l'acceptabilité de l'oléoduc Northern Gateway, qui doit relier l'Alberta à la côte pacifique, et qui fait l'objet de consultations à l'heure actuelle.

Le ministre Oliver se dissocie du document

Au terme d'un discours prononcé à l'Economic Club de Toronto, le ministre canadien des Ressources naturelles a voulu se dissocier des termes utilisés dans le document sur la Stratégie de plaidoyer paneuropéen sur les sables bitumineux.

« Ce ne sont pas mes termes, bien entendu. À ce que je comprends, ce sont des termes qui ont été utilisés par un responsable d'un autre ministère. Je ne les cautionne pas », a déclaré Joe Oliver.

Le ministre des Ressources naturelles soutient qu'il ne considère pas les environnementalistes comme des adversaires. « En général, ils s'inquiètent des mêmes choses que nous. Ils veulent s'assurer que l'impact industriel [d'un projet] ne met ni l'environnement ni les Canadiens en danger », a-t-il dit.

Le ministre soutient que ses récents propos à l'encontre de groupes environnementaux ne visaient que des groupes extrémistes, soit ceux qui veulent non pas faire entendre leur voix, mais s'assurer de faire échouer des projets.

Le discours de M. Oliver portait sur la nécessité de modifier le régime réglementaire d'approbation des grands projets - pipelines, mines, barrages, etc. - afin d'accélérer leur mise en oeuvre. Ce sujet a fait l'objet d'une lettre ouverte de sa part dans les médias canadiens.

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