Gérard Deltell et Francois Legault
©
PC/Jacques Boissinot
L'exécutif national de l'Action démocratique du Québec (ADQ) a accepté le projet de fusion avec la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault, au cours d'une réunion tenue lundi soir à Montréal.
L'entente conclue entre M. Legault et le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, qui en a présenté les termes à l'exécutif, où siègent aussi les trois autres députés adéquistes - François Bonnardel, Sylvie Roy et Janvier Grondin - a été entérinée avec une majorité écrasante.
Au terme de la réunion décisive de trois heures, la plupart des quelque 30 participants ont toutefois refusé de dévoiler la décision ou de la commenter.
Le chef de la CAQ et celui de l'ADQ tiendront une conférence de presse à Québec, mardi à 11 h, pour annoncer la fusion entre les deux partis.
Selon l'entente de principe conclue entre la CAQ et l'ADQ, le projet d'intégration est cependant conditionnel à l'aval des militants adéquistes. Le plan doit d'ailleurs être soumis, vraisemblablement par la poste, en janvier aux quelque 13 000 membres de l'ADQ.
Selon les informations obtenues par Radio-Canada, le projet d'intégration aurait été ficelé à la fin de la semaine dernière, lors de discussions entre les responsables des deux partis, dont les deux chefs.
Il ne s'agirait pas d'une réelle fusion de deux formations politiques, mais bien de la disparition du parti dirigé par Gérard Deltell au profit de la Coalition avenir Québec (CAQ). Il ne resterait de l'ADQ ni son nom, ni son logo, ni ses deux engagements qu'il souhaitait, au minimum, voir reprendre par la CAQ, à savoir un système mixte privé-public en santé et une allocation de 100 $ par semaine aux parents qui n'ont pas accès aux garderies subventionnées.
Au cours des négociations, soutient La Presse Canadienne, François Legault n'aurait fait aucun compromis pour s'assurer d'un rapprochement avec l'ADQ, notamment en raison de la déconfiture de l'ADQ dans Bonaventure, lors de l'élection complémentaire de lundi dernier.
M. Legault aurait tout au plus ouvert la porte à un projet-pilote impliquant le secteur privé dans le réseau de la santé.
L'entente contestée par deux poids lourds adéquistes
Le vice-président et le président de la commission politique de l'ADQ contestent l'entente, arguant notamment que les philosophies des deux formations ne sont pas du tout semblables sur le fond.
« On a l'impression qu'il n'y a pas eu de cours de préparation au mariage [...] parce que s'il y [en] avait eu un, il me semble qu'on aurait vu que les valeurs sont différentes », a soutenu son vice-président Adrien Pouliot, en entrevue au réseau RDI avant la tenue de la réunion de l'exécutif. « L'ADQ est un parti qui est pour les responsabilités et la liberté individuelles, et un rôle limité pour l'État alors que la CAQ [prône] des solutions étatiques efficaces. »
Claude Garcia, membre de la commission politique de l'ADQ
Affirmant que plusieurs militants sont contre l'entente, le président de la commission politique Claude Garcia réclame pour sa part qu'un référendum soit mené auprès des membres à l'issue d'un débat.
À ses yeux, l'entente n'est tout simplement « pas acceptable ». « M. Legault ne semble avoir fait aucune concession », a-t-il déploré en entrevue à RDI. M. Garcia critique l'absence des principales revendications adéquistes dans le projet d'accord, par exemple en matière de santé.
Soulevant des contradictions entre les propos successifs de M. Legault, il craint d'ailleurs que les préoccupations adéquistes soient complètement oubliées une fois l'union concrétisée.
Lors du lancement officiel de son parti, le 14 novembre, M. Legault avait dit qu'il n'était « pas dogmatique » au sujet de la place du privé dans le système de santé, et qu'il n'était donc pas opposé à des projets pilotes. Il ajoutait du même souffle que son parti « ne propose pas de faire plus de place au privé », et que cela « n'est pas une priorité à court terme ».
« Je n'ai rien vu dans l'entente qui m'amène à changer d'avis », a-t-il dit à l'issue de la réunion du comité exécutif.
Début des hostilités parlementaires en février
M. Legault doit s'atteller à convaincre quatre députés indépendants, les ex-adéquistes Éric Caire et Marc Picard, et les ex-péquistes Benoît Charrette et Daniel Ratthé, de se joindre à la CAQ. La Coalition pourrait ainsi présenter une nouvelle aile parlementaire constituée de huit députés dès la rentrée du 14 février. Les députés courtisés devront toutefois négocier à la pièce leur entrée au sein de la coalition.
Disant souhaiter que François Legault fasse son entrée à l'Assemblée nationale le plus rapidement possible, le premier ministre Jean Charest a assuré qu'il n'opposerait pas de candidat libéral au chef de la CAQ s'il se présente dans une circonscription adéquiste ou péquiste.
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, dont le leadership a été contesté cette année, a pour sa part évoqué les problèmes que pourrait connaître la CAQ et émis des doutes sur la viabilité de cette union politique. « Le mariage n'est pas encore consommé et la chicane est pognée! », s'est-elle exclamée. « En fait, ce qu'on va voir apparaître, sans doute, c'est une chicane ailleurs. Une chicane entre fédéralistes de droite, peut-être? Ça va nous changer un peu! », a-t-elle ironisé.
Les rumeurs de fusions entre un parti dirigé par François Legault et l'ADQ, fondée au printemps 1994 dans la foulée de dissensions constitutionnelles au sein du Parti libéral, persistent depuis que l'ex-ministre péquiste a lancé son mouvement de consultation, à l'hiver 2011.
La CAQ, n'avait pas présenté de candidat à l'élection partielle dans Bonaventure puisqu'elle a été déclenchée avant que le parti ne soit officiellement fondé, avait expliqué François Legault. Le chef de la CAQ avait alors dit ne soutenir le candidat de l'ADQ, Georges Painchaud, plus que les autres.