Les partis font le bilan de la session parlementaire à Québec

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
L'Assemblée nationale, à Québec L'Assemblée nationale  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Des libéraux au discours économique, un PQ en mode attaque, une ADQ en mode fusion et un Québec solidaire satisfait de ses interventions : les partis siégeant à l'Assemblée nationale ont dressé vendredi le bilan de la dernière session parlementaire.

Le premier ministre Jean Charest a placé son bilan sous le signe de l'économie, entamant sa déclaration par une citation de son prédécesseur péquiste, Bernard Landry : « Le Québec est l'endroit en Amérique du Nord, et peut-être en Occident, qui a le mieux résisté à la crise. » Et, selon le chef du gouvernement, « c'est parce qu'au Québec on répartit la richesse ». Il en veut pour preuve un récent rapport de l'OCDE qui souligne que l'écart entre les riches et les pauvres s'est réduit dans la province, alors qu'il s'est accru dans la plupart des pays développés.

Dans un contexte économique mondial marqué par l'incertitude et la volatilité des marchés financiers, Jean Charest estime que le Québec est « bien positionné. Nous récoltons les fruits de notre bonne gestion des finances publiques ». Le chef du Parti libéral se félicite du déficit budgétaire inférieur de 1 milliard de dollars aux prévisions initiales. Selon le premier ministre, l'objectif d'un retour à l'équilibre en 2013-2014 devrait ainsi être atteint.

Jean Charest présente son bilan.

Afin d'appuyer son propos, le premier ministre Charest a rappelé les évaluations positives des cinq agences de notation à l'endroit des finances de la province. « Elles ont donné de très beaux bulletins pour le gouvernement québécois », dit Jean Charest, qui souligne également les « bons » chiffres de l'emploi, « meilleurs que ceux de l'Ontario » avec 50 000 postes créés depuis janvier 2011.

Le premier ministre s'est ensuite livré à l'énumération, un à un, des projets de loi adoptés au cours de la session parlementaire, sans oublier de parler du Plan Nord. Au final, Jean Charest juge que cela a été une « bonne session sur le plan législatif, une des meilleures qu'[il a] vécues ».

« Plusieurs lois importantes ont été votées à l'unanimité », poursuit le chef du gouvernement, qui s'est dit « heureux de constater que le Parlement a bien fonctionné. Cela augure bien pour une année 2012 qui s'annonce très intéressante », ajoute-t-il, précisant que cette nouvelle année serait une « année économique ».

Questionné au sujet des réalisations qu'il prévoit en 2012, le premier ministre a dit espérer la conclusion de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. Jeudi, les partis d'opposition n'ont pas été rassurés par le témoignage en commission parlementaire du négociateur pour le Québec, Pierre Marc Johnson, notamment concernant l'accès aux marchés publics par les Européens et l'exclusion d'Hydro-Québec de l'accord.

« [L'accord Canada-UE], c'est notre projet, notre idée, ça, je veux le voir compléter [...]. Nous sommes 8 millions, très dépendants des marchés extérieurs. Or, notre voisin américain est en difficulté. L'Asie, c'est intéressant. Mais l'Europe, c'est 500 millions de consommateurs riches, aujourd'hui. Je prédis que c'est une des initiatives structurantes pour l'avenir du Québec. Celui qui a le plus à gagner dans cet accord, c'est le Québec. Bombardier et CGI voudront avoir accès aux marchés publics. C'est notre pain et notre beurre », a dit M. Charest.

M. Charest, comme Pauline Marois, a aussi dit souhaiter l'arrivée rapide du chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, à l'Assemblée nationale.

« C'est une bonne idée. On va être clair. Il a lui-même formulé le souhait d'arriver le plus vite possible. Mme Marois le veut, je le souhaite, on s'attend à ce que des gestes soient posés dans ce sens-là », a-t-il dit, en réitérant ensuite qu'il sera toujours à la tête du Parti libéral advenant le déclenchement d'élections provinciales.

Pauline Marois attaque le gouvernement

La chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, a démarré sa conférence de presse en soulignant « le manque d'intégrité » du gouvernement de Jean Charest. Entre le rapport Duchesneau et les critiques du vérificateur général à l'égard de l'attribution des places en garderie, la députée de Charlevoix considère que la probité du Cabinet libéral a été « rudement éprouvée ».

La chef du Parti québécois a aussi pointé l'immobilisme du gouvernement en matière de défense de la langue française. « Les Québécois s'inquiètent de voir le français reculer dans les rues, dans les entreprises, et il existe de véritables dérives au sein de l'État québécois et de la Caisse de dépôt et placement », observe Pauline Marois, qui exhorte Jean Charest et son équipe à se ressaisir sur cette question. « Malheureusement, le gouvernement libéral reste inerte, sans doute par crainte de déplaire au reste du Canada », ajoute-t-elle.

Si le PQ était au pouvoir, sa chef affirme qu'elle ferait adopter une « nouvelle loi 101 [NDLR : la Charte de la langue française] », qui « mettrait, entre autres, une croix sur les écoles passerelles ». Pauline Marois prétend également qu'un gouvernement péquiste se battrait bec et ongles pour défendre les valeurs et les intérêts du Québec contre les décisions d'Ottawa, à l'inverse de ce gouvernement libéral qu'elle juge « inconditionnellement fédéraliste ».

Canada contre Québec

Le bilan de Pauline Marois

Pauline Marois a ainsi égrené la suppression du registre des armes à feu, la nomination d'un juge et d'un vérificateur général unilingues, la loi omnibus sur la justice criminelle, le retour en force de la monarchie, ou encore l'attribution des contrats de la marine canadienne, avant d'arriver à la conclusion que « le Canada est un pays qui nous ressemble de moins en moins ». Selon la chef de l'opposition officielle, « nos valeurs et nos intérêts seraient beaucoup mieux servis par un pays québécois. »

Sur la session parlementaire elle-même, Pauline Marois a laissé le micro à Stéphane Bédard. Le leader parlementaire de l'opposition officielle a salué le « travail exceptionnel » du PQ, dressant la liste de tous les textes de loi proposés par les députés de son camp. Lui aussi a critiqué le gouvernement dans le dossier des garderies, regrettant amèrement que la présidente du Conseil du Trésor, et ex-ministre de la Famille, Michelle Courchesne, ne démissionne pas. « Le premier ministre a créé un monde où la responsabilité n'existe plus et où l'impunité est la règle », a dénoncé le député de Chicoutimi, avant de repasser la parole à sa chef.

Pauline Marois a aussi insisté sur la « profonde division entre le Parti québécois et le Parti libéral » concernant les ressources naturelles. « Ce sont nos richesses à nous, les Québécois, et il est hors de question qu'elles soient vendues au rabais. Les ressources de notre sous-sol doivent profiter aux Québécois et aux Québécoises », a-t-elle martelé.

Par ailleurs, Pauline Marois n'a pas écarté la possibilité de nouvelles défections au Parti québécois. La chef péquiste a dit croire que le PQ a enfin repris l'initiative après avoir traversé des « moments difficiles » et encaissé « d'importants ratés ». Mais si la tempête semble passée, il est impossible de prédire si l'hémorragie est terminée, a-t-elle convenu.

La leader souverainiste a cependant fait savoir qu'elle demeurera en fonction, au nom de ses « convictions ».

La session « la plus percutante » pour l'ADQ

Gérard Deltell livre son bilan.

Le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Gérard Deltell, a vanté le travail de son équipe de quatre députés, qui ont, selon lui, livré au gouvernement Charest une opposition supérieure à celle du Parti québécois.

Pour M. Deltell, l'ADQ a connu sa session « la plus pertinente et la plus percutante ». Il en veut pour preuve les interventions répétées de ses députés en faveur d'une enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction, l'abolition du placement syndical et la comparution de l'ancien chef de l'Unité anticollusion, Jacques Duchesneau, en commission parlementaire.

Interrogé sur les négociations en cours pour une éventuelle fusion entre son parti et la Coalition avenir Québec de François Legault, le chef de l'ADQ a refusé de dévoiler la teneur des discussions, affirmant qu'une décision devra être prise d'ici janvier au plus tard.

M. Deltell a précisé que cette démarche n'est nullement une manoeuvre électoraliste. Ce sont, a-t-il dit, les idées et seules les idées qui motivent les pourparlers.

Il a ajouté qu'il était prêt à assumer « le mandat qui lui sera confié », advenant un mariage entre l'ADQ et la CAQ.

Québec solidaire satisfait

Amir Khadir fait son bilan.

L'optimisme prévalait aussi du côté de Québec solidaire, dont le seul député, Amir Khadir, est satisfait de ses interventions à l'Assemblée nationale, notamment au sujet du Plan Nord, des droits miniers, du registre des armes à feu et des négociations sur l'accord de partenariat économique Canada-Europe.

Amir Khadir a indiqué que la récente percée électorale de son parti dans la circonscription de Bonaventure (presque 9 % des votes) démontre une progression certaine de la formation de gauche.

Par ailleurs, l'arrivée de CAQ sur l'échiquier politique ne semble pas inquiéter le député de Mercier, pour qui le parti de François Legault, comme le Parti libéral, défend les intérêts des plus puissants et des barons de l'industrie. M. Khadir souligne que Québec solidaire continuera de se faire l'allié « du plus grand nombre ».