Québec veut éliminer le placement syndical

Lise Thériault, ministre du Travail du Québec Lise Thériault, ministre du Travail du Québec

La ministre du Travail, Lise Thériault, a déposé jeudi matin son projet de loi pour « éliminer le placement syndical, mettre fin à l'intimidation sur les chantiers et améliorer le fonctionnement de l'industrie de la construction ».

Se disant « très préoccupée par ce qui a été rapporté » relativement à l'intimidation dans l'industrie de la construction, Mme Thériault a présenté un projet de loi qui prévoit « la mise en place d'une série de mesures concernant la référence de la main-d'oeuvre, le régime de négociation des conventions collectives et le système de votation, l'amélioration de la gouvernance de la Commission de la construction du Québec (CCQ), la reddition de comptes des associations patronales et syndicales, le régime de qualification de la main-d'oeuvre ainsi que la révision de la juridiction des métiers ».

« Les mesures proposées visent à garantir aux travailleurs la protection de leurs droits fondamentaux en encadrant la référence de la main-d'oeuvre. Elles cherchent du même coup à dissiper toute forme de confusion des rôles en redonnant aux employeurs leur responsabilité de gérance », a indiqué la ministre Thériault.

Les changements proposés traduisent « l'ensemble des recommandations formulées au gouvernement dans le Rapport du groupe de travail sur le fonctionnement de l'industrie de la construction, tout en allant plus loin sur certains aspects », souligne le gouvernement.

« Il est temps que les travailleurs retrouvent leur fierté », a soutenu la ministre Thériault.

La FTQ « réprouve avec rigueur » une « diversion »

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a rapidement réprouvé le projet de loi « déposé en catastrophe » et dont certaines mesures « vont à l'encontre des règles démocratiques les plus élémentaires ».

« Je ne connais aucun organisme paritaire au Québec qui ne fonctionne pas selon la règle de la représentativité proportionnelle, je n'ai jamais vu d'instance démocratique où la minorité régnait sur la majorité et je ne comprends pas qu'on veuille changer un système envié partout ailleurs pour une nouvelle patente, non seulement bureaucratique, mais porteuse de discrimination », a affirmé le président de la FTQ, Michel Arsenault.

« Je comprends que le gouvernement a monté en épingle la question du placement syndical, comme si ce dernier était à l'origine des problèmes actuels dans le secteur de la construction, comme si le placement était responsable de la collusion, de la corruption et j'en passe . »

« Je comprends surtout qu'il s'agit là d'une diversion par laquelle le gouvernement refuse toujours de mettre en place une véritable enquête publique sur l'industrie de la construction et pourquoi pas, sur le financement des partis politiques, toutes formations confondues. » — Le président de la FTQ, Michel Arsenault

La FTQ, qui représente plus de 600 000 membres, entend mettre « tout en oeuvre pour barrer la route au projet de loi ».

Le Conseil du patronat applaudit Québec

De son côté, le Conseil du patronat s'est réjoui des modifications « visant à redonner aux employeurs leur droit de direction en interdisant notamment le placement syndical de la main-d'oeuvre sur les chantiers et en amenant la Commission de la construction du Québec à mettre en place un système de référencement indépendant ».

Le Conseil ajoute que l'abolition du placement syndical ne devra pas être « que théorique, mais bien réelle et appliquée dans le quotidien ». Selon le Conseil du patronat, « il n'y a pas en effet d'écart énorme entre « référence » et « ingérence », surtout si chaque section locale syndicale peut faire du référencement, en particulier si elle contrôle la presque totalité des travailleurs dans un corps de métier ».

Le Conseil du patronat déplore toutefois que le projet de loi « reste muet sur les questions fondamentales que sont le principe de la syndicalisation obligatoire des travailleurs de la construction et, surtout, sur la présence de délégués syndicaux sur les chantiers ».