Le rapport secret de l'Unité anticollusion rendu public mercredi par Radio-Canada identifie plusieurs lacunes au sein du ministère des Transports du Québec (MTQ). On y déplore notamment le manque criant de main-d'oeuvre qualifiée pour superviser les chantiers, et les conséquences négatives de la perte d'expertise professionnelle au profit de firmes privées.
Le ministère est confronté à une pénurie d'estimateurs, de techniciens, d'ingénieurs. Le rapport d'enquête de l'Unité anticollusion relève surtout qu'une grande expérience s'est perdue, siphonnée par le privé, qui offre de bien meilleures conditions.
Les 10 grandes firmes de génie-conseil québécoises sont maintenant reines : elles se sont partagé 68 % des contrats de travaux routiers du MTQ entre 2006 et 2008.
Elles ont recruté la crème des ingénieurs du gouvernement, qui sont parfois supervisés au ministère par d'anciens collègues qui sortent de l'école.
Cette gestion fautive de ses experts n'est pas sans conséquence pour le ministère. Elle entraîne des inspections du privé souvent partiales, où l'on sous-évalue l'état d'une structure pour obtenir plus de contrats de réparation que nécessaire.
L'enquête conclut que « le droit de regard du MTQ
sur ses propres besoins s'émousse ».
Des employés du ministère ont confié aux enquêteurs de l'Unité anticorruption que le ministère ne « possède aucun estimateur spécialisé en mesure d'évaluer ponctuellement le coût réel d'un projet de construction ». De plus, « le ministère ne dispose pas des ressources humaines pour vérifier les imprécisions, erreurs ou omissions » dans les plans et devis.
Le constat est déprimant, mais l'Unité anticollusion estime que des solutions existent. Jacques Duchesneau soumet 45 recommandations, dont un bon nombre qu'il souhaiterait voir appliquer de façon urgente.
Le rapport de l'Unité anticollusion
D'après le reportage de Marie-Maude Denis