Le rapport de l'Unité anticollusion (UAC) qui a été discrètement donné à Radio-Canada mercredi va perdre de son impact maintenant qu'il a été divulgué, et sa pertinence dans les enquêtes publiques va diminuer d'autant, estime le ministre des Transports du Québec, Pierre Moreau.
Le ministre des Transports du Québec, Pierre Moreau
« Le rapport doit servir aux fins des enquêtes publiques parce qu'il a aussi été déposé il y a quelques jours à l'Unité permanente anticorruption », a dit le ministre Moreau, lors d'un point de presse tenu à Montréal.
« Et le problème, c'est que cette médiatisation ou cette fuite-là va faire en sorte que le rapport aura probablement moins d'impact et moins de pertinence aux fins des enquêtes publiques qu'il n'aurait dû en avoir », a ajouté le ministre.
Selon le ministre, les gens en cause dans le rapport pourraient se faire plus discrets maintenant que leur façon de faire a été éventée.
« Ce que l'on recherche nous, c'est que, comme dans [l'opération policière] SharQc, comme dans Printemps 2001, les policiers aient toute la marge de manoeuvre nécessaire pour faire leur enquête. Et ce genre de fuite là n'aide pas le travail des policiers, c'est très clair », affirme Pierre Moreau.
M. Moreau est cependant demeuré inébranlable au sujet de la commission d'enquête publique que réclament les partis d'opposition. Cette enquête n'aura pas lieu.
« Vous savez, les tenants de l'enquête publique tous azimuts nous disent que c'est juste une enquête publique qui va montrer le stratagème. Ce que M. Duchesneau vient de faire, c'est une enquête policière et il vient justement de nous dire quels sont les stratagèmes. Donc cet argument-là tombe ».
M. Moreau rappelle que le mandat de M. Duschesneau avait trois objectifs : faire un constat de la situation, faire un rapport à ce sujet et, « s'il voyait des situations particulières de collusion ou de corruption, faire rapport aux autorités compétentes ».
« À ma connaissance, et c'est l'information dont je dispose, il aurait, pour 10 ou 13 dossiers, transmis des informations plus pointues, ou nominatives, à l'UPAC », a-t-il ajouté.
M. Moreau a répété qu'il souhaitait que les enquêtes en cours débouchent sur des accusations et des condamnations. D'ici à ce que cela se concrétise, dit-il, il pourra agir sur certaines règles administratives. Il peut notamment s'assurer que le ministère évite de faire affaire avec un seul fournisseur, afin d'assurer qu'il y a de la concurrence.
Le ministre des Transports a aussi tenu à dire qu'il croit à la probité et à l'intégrité de la très grande majorité des 6000 employés de son ministère. Selon le rapport de l'UAC, des employés du ministère favorisent des entrepreneurs en leur fournissant des informations privilégiées.
À l'UPAC de faire son travail, dit Bachand
De son côté, le ministre des Finances Raymond Bachand soutient que le rapport confirme la pertinence de l'UAC et il s'en remet à la police pour corriger les lacunes du système. M. Bachand affirme qu'il faut accumuler des preuves contre ceux qui s'adonnent à la collusion et les faire condamner.
Raymond Bachand
« Comme citoyen, je suis aussi impatient que vous parce que j'aimerais ça qu'ils soient mis en prison les bandits, concède M. Bachand. Mais ça prend des preuves dans notre système. »
Le ministre Bachand avance que le rapport de l'UAC témoigne de l'efficacité des mesures entreprises par le gouvernement du Québec. « On a mis en place une unité à l'intérieur du transport avec M. Duchesneau justement pour enquêter, découvrir ce qui se passe. Et, en plus de ça, nous avons mis une unité, l'UPAC, avec des policiers. Alors, ça démontre notre volonté s'il y a des choses à corriger, il faut les découvrir, il faut les documenter et ensuite il faut les corriger et ultimement les meilleurs pour faire ça, c'est la police. »
M. Bachand s'étonne de la rapidité avec laquelle des journalistes ont mis la main sur le rapport. Il défend la transparence de son gouvernement en insistant sur le fait que la sous-ministre des Transports n'avait le rapport entre les mains que depuis quelques jours. « Ce qui est surprenant, c'est la vitesse avec laquelle les médias ont mis la main dessus parce que normalement on est assez transparent dans nos éléments, plaide M. Bachand. Maintenant, les éléments qui servent pour les enquêtes policières, s'il y a des noms précis, ça devrait demeurer entre les mains de la police. »
Preuve que les mesures du gouvernement sont efficaces dans le milieu de la construction, des firmes d'ingénieurs ont changé leurs habitudes et les coûts auraient diminué au Québec. « Je connais des firmes d'ingénieurs qui ne soumissionnaient pas sur les contrats à Montréal depuis des années parce qu'ils ne voulaient pas faire partie du système, qui aujourd'hui soumissionnent, poursuit M. Bachand. On me dit que les prix baissent au Québec. »