Benoit Charette, cinquième démissionnaire du caucus péquiste

Benoit Charette, le député de Deux-Montagnes Le député Benoit Charette   © PC/Jacques Boissinot

Le député de Deux-Montagnes, Benoit Charette, quitte à son tour le caucus du Parti québécois.

M. Charette a annoncé sa démission du caucus péquiste, mardi, estimant que la possibilité de tenir un référendum constituait ni plus ni moins un boulet pour le parti, puisque la majorité des Québécois n'en veulent pas.

Benoit Charette siégera dorénavant à titre de député indépendant. Il ne quitte donc pas la formation pour les mêmes raisons que les quatre autres députés qui ont claqué la porte du parti au cours des deux dernières semaines, Louise Beaudoin, Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Jean-Martin Aussant.

Le député de 34 ans a expliqué en conférence de presse qu'il avait tenté en vain de convaincre le parti de mettre sur la glace l'idée de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec, le temps, du moins, d'un premier mandat.

« J'ai sondé plusieurs collègues et j'en ai discuté à travers différentes instances du parti, en caucus et auprès de la direction du parti. Ces différents coups de sonde m'ont permis de réaliser que l'ADN du parti l'empêche de s'engager formellement dans cette voie », a-t-il affirmé.

« C'est mon incapacité à réformer le parti sur cette base qui m'amène à le quitter, sans amertume. Lorsqu'un individu ne se sent plus à l'aise dans un groupe, c'est à lui de le quitter. » — Benoit Charette

« Je suis plutôt d'avis que les défis qui confrontent le Québec au quotidien sont colossaux, et contribuer à les surmonter n'est pas pour moi une tâche déshonorante, bien au contraire. J'estime que c'est une mission particulièrement emballante. Un parti qui aspire au pouvoir ne peut faire la sourde oreille relativement aux préoccupations de la population. »

M. Charette, qui était le porte-parole du Parti québécois en matière d'immigration, a cependant eu de bons mots pour ses ex-collègues péquistes ainsi que pour la chef, Pauline Marois, dont il a salué la détermination.

« En quittant le Parti québécois, je quitte une chef pour qui j'ai le plus grand respect et une affection sincère, des collègues d'un dévouement peu commun et de nombreux militants, dont l'engagement fut longtemps ma principale source d'inspiration. » — Benoit Charette

Benoit Charette exclut pour l'instant une union avec François Legault

M. Charette, qui demeure souverainiste, affirme cependant qu'il n'est pas prêt à joindre les rangs d'un éventuel parti né de la Coalition pour l'avenir du Québec, que dirige l'ex-ministre péquiste François Legault. Il n'a cependant pas exclu que cela puisse se faire à plus long terme.

« Au cours des trois dernières décennies, les deux principaux partis politiques à l'Assemblée nationale n'ont pas réussi à faire triompher leur option respective. Ainsi, l'idée de rassembler des individus sur une base différente de celle de la question nationale me plaît particulièrement », a-t-il admis.

« Il est évident que la Coalition pour l'avenir du Québec suscite beaucoup d'intérêt. La présence de ce nouveau joueur sur l'échiquier politique est souhaitable, car il offre l'occasion de réfléchir et de penser différemment la politique au Québec », a ajouté le député, qui ne cache pas ses liens d'amitié avec François Legault.

M. Charette a soutenu que son départ n'avait rien à voir avec les démissions de Pierre Curzi, Louise Beaudoin et Lisette Lapointe, ni avec celle de Jean-Martin Aussant. Il estime que l'analyse de la situation faite par ces derniers ne tient pas la route.

« Imputer les déboires actuels et le manque d'enthousiasme à l'endroit du Parti québécois à Pauline Marois et à sa garde rapprochée relève d'une mauvaise analyse. Voilà plus de 15 ans que l'électorat québécois a commencé à prendre ses distances du Parti québécois », a déclaré le député Charette.

« Depuis l'élection de 1994, le Parti québécois génère toujours moins d'appuis élection après élection. Si l'on considère l'élection de 2008, la dernière en date, cela représente plus de 600 000 votes de moins par rapport à l'élection de 1994, alors que le nombre d'électeurs inscrits pour la même période a augmenté de plus de 840 000 personnes. Le Parti québécois se doit d'en prendre acte », a-t-il ajouté.

M. Charette, dont le départ avait été annoncé hier par Radio-Canada, admet que l'appui à la souveraineté continue de se situer aux alentours de 40 %. Il estime cependant que la souveraineté constitue une priorité pour environ 20 % des Québécois.

François Legault

Par ailleurs, François Legault ne s'étonne pas de la crise au PQ. « C'était d'une certaine façon prévisible », a-t-il dit en entrevue à Radio-Canada.

« Lorsque j'ai quitté, je voyais bien les tensions entre ceux qui sont plus pressés, ceux qui sont moins pressés, dans un contexte où, selon moi, il n'y aura pas une majorité de Québécois au cours des prochaines années qui vont vouloir appuyer le projet de souveraineté.

« Moi, je pense qu'il faut sortir du déni. » — François Legault

Alors que Benoit Charette démissionnait, la chef péquiste Pauline Marois annonçait l'expulsion du député de Groulx, René Gauvreau, du caucus du PQ. Elle lui a demandé de se retirer le temps d'une enquête sur son ex-attaché politique accusé d'avoir soutirer de l'argent à son bureau de circonscription.

Le caucus du Parti québécois comprend maintenant 46 députés. Il en comptait 52 au début du mois de juin.