Parizeau et les « jeunes » péquistes se livrent une guerre de mots

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Martine Ouellet et Nicolas Girard Martine Ouellet et Nicolas Girard

Le ton monte entre l'ex-premier ministre Jacques Parizeau et les « jeunes » péquistes loyaux à la chef péquiste, Pauline Marois, les deux parties répliquant coup sur coup l'une à l'autre.

En réponse à la réplique de M. Parizeau publiée mardi matin dans Le Devoir, et dans laquelle il défend son droit de parole, les 12 députés lui ont rappelé ses travers de chef.

Le député Nicolas Girard, un des membres de ce collectif, a ainsi comparé les styles de direction de l'ancien leader souverainiste et de l'actuelle chef péquiste. La comparaison de M. Girard est loin d'avantager M. Parizeau, qui a dirigé la formation de 1988 jusqu'après le référendum de 1995.

« À l'époque où M. Parizeau était chef, il n'y avait qu'une seule direction, droit devant, et les gens avaient intérêt à suivre cette direction, puisqu'il n'y avait pas de place pour la confrontation ou pour contredire les orientations du chef », a-t-il déclaré.

Le député de Gouin soutient que de tous les chefs avec lesquels il a travaillé, Mme Marois est la plus à l'écoute. « [Elle est] la plus ouverte, [celle] qui accepte le plus les conseils », dit-il.

« Mme Marois, c'est un exemple de direction et d'ouverture pour ses militants, ses délégués et ses députés du caucus. » — Le député Nicolas Girard

Le député de Gouin s'est aussi défendu d'avoir voulu inciter l'ancien chef souverainiste à garder le silence, comme semblait le suggérer la lettre du collectif publiée dans Le Devoir, qui a lancé cette guerre de mots. « Pensez-vous sérieusement [...] qu'on pensait que M. Parizeau allait se taire? M. Parizeau a toujours exercé son droit de parole, il continuera à l'exercer, alors on n'est pas naïfs », a-t-il fait valoir.

François Rebello, un autre cosignataire de la lettre, est revenu sur la démission, la semaine dernière, de quatre députés péquistes, dont celle de Lisette Lapointe, l'épouse de M. Parizeau. Il a qualifié d'« enfantillages » leur geste, qu'avait approuvé l'ancien premier ministre.

Selon M. Rebello, après un vote de confiance, il est temps de se regrouper et de regarder en avant. « Normalement, le lendemain matin du congrès, on se rallie. Quand M. Parizeau était chef, jamais il n'aurait accepté ce genre de situation », a affirmé le député de La Prairie. « Ce n'est pas sérieux. Un moment donné, si on veut gagner nos élections et gagner le référendum, il faut savoir travailler entre nous », a-t-il ajouté.

La députée de Vachon, Martine Ouelette, a pour sa part estimé qu'en critiquant la stratégie du PQ, Jacques Parizeau engendre de l'immobilisme. « Pendant qu'on jase de gestion interne du Parti québécois, on n'avance pas, on fait du surplace. On veut que M. Parizeau vienne avec nous parler d'indépendance pour convaincre les gens. [Sur] La question de la stratégie, on lui demande de nous faire confiance », a-t-elle insisté.

Jacques Parizeau (archives) Jacques Parizeau (archives)   © Clement Allard

Parizeau tient à son droit de parole

Dans sa réplique, l'ancien chef du PQ avait de son côté soutenu qu'après la crise qui vient de secouer le PQ, crise qui concerne selon lui le droit de parole, les 12 députés ont bien mal choisi leur moment pour le sommer de se priver du sien.

Prenant soin de ne pas la nommer, le ténor souverainiste égratigne au passage Pauline Marois. Il juge que l'« autorité de la chef » dans les dossiers du projet d'amendement de l'article 1 et du projet de loi 204 sur l'amphithéâtre de Québec ont porté atteinte à la liberté d'expression au sein du parti.

Dans ce dernier dossier, M. Parizeau déplore la stratégie de la formation. L'ancien chef péquiste explique qu'au moment du dépôt du projet de loi, il fallait l'unanimité des députés pour que le texte soit adopté avant la fin de la session parlementaire, et qu'étant donné qu'Amir Khadir avait indiqué qu'il voterait contre, le projet de loi était « virtuellement mort ».

« Pourquoi fallait-il ordonner à tous les députés du Parti québécois de voter en faveur et leur interdire même de s'absenter, alors que plusieurs d'entre eux éprouvaient de sérieux problèmes de conscience face aux dispositions de ce texte? », s'interroge-t-il.

Or, à l'image des quatre députés qui ont démissionné en refusant de taire leur prise de position, M. Parizeau n'entend pas rester dans l'ombre.

« Et après tout ce gâchis, vous venez me demander, au fond, de me taire! Comment pouvez-vous croire un instant que je pourrais obtempérer? [...] Je n'abuse pas de mon droit de parole, mais j'y tiens. » — Jacques Parizeau

L'ancien premier ministre laisse par ailleurs entendre que si les « jeunes » députés ne retiennent pas l'attention des journalistes, ils n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Citant un passage de leur lettre, il estime qu'ils font un grand usage « des poncifs de la rectitude politique », des « fanfaronnades » peu susceptibles, selon lui, d'intéresser les médias.