![]() Mise à jour le mardi 17 mai 2011 à 10 h 21 HAE Les États-Unis, là où l'argent va de pair avec le droit de parole
Une série de décisions successives prises par les tribunaux ont cependant levé les restrictions imposées, souvent au nom de la liberté d'expression, garantie par le premier amendement à la Constitution. Les contributions des particuliers aux partis restent cependant soumises à certains plafonds, qui sont tout de même élevés et qui sont indexés de façon régulière. Les montants qui suivent sont en vigueur pour 2011-2012:
Les contribuables peuvent en outre cocher une case dans leur déclaration de revenus pour contribuer au financement public des candidats à la présidence, pour une valeur de 3 $. Notons que les candidats et les partis, à l'échelle nationale et à celle de l'État, sont tenus de former des comités, qui s'occupent du financement électoral. Ils doivent les enregistrer auprès de la Federal Election Commission (FEC), l'organe de régulation électoral. Ils ont aussi des limites à respecter. Cours 101 sur les groupes « extérieurs »Plusieurs types de comités peuvent intervenir financièrement dans le cours d'une campagne électorale. Ils n'ont toutefois pas les mêmes buts, et ne sont pas soumis aux mêmes règles. Si certains groupes (hormis les comités d'action politique ou PAC) peuvent être enregistrés dans plus d'une catégorie, ils se divisent, grosso modo, dans les catégories suivantes : La situation particulière des entreprises et des syndicats Plusieurs assouplissements apportés aux lois depuis les années 1970 concernent les entreprises et les syndicats. Ces organisations n'ont pas le droit de verser directement de l'argent aux campagnes des partis et des candidats. « [Aux États-Unis] le financement des partis et des campagnes n'apparaît [...] que comme un instrument de leur stratégie de conquête commerciale », écrivait pourtant, en 2007, Nicolas Tolini dans Le financement des partis politiques. Car rares sont les pays où le pouvoir de telles organisations d'intervenir dans les campagnes électorales atteint une telle ampleur, particulièrement depuis 2010, en vertu de deux jugements de cour. D'une part, dans une décision très partagée, la Cour suprême a statué, en janvier 2010, que les entreprises peuvent faire campagne en faveur d'un candidat sans qu'aucune limite financière soit imposée. En mars, un tribunal fédéral d'appel a ensuite jugé inconstitutionnels les plafonds imposés aux dons faits aux comités politiques indépendants. Seules restrictions : ces groupes ne peuvent pas donner directement de l'argent aux candidats et ne doivent pas coordonner leur campagne avec eux. Cela a ouvert la voie aux « super-PAC », autorisés en juillet de la même année par la FEC [voir l'encadré plus haut]. Le Washington Post présentait ce « nouvel outil politique » comme le « nouveau modèle des dépenses électorales » utilisé par les groupes d'intérêt. Un républicain cité en parle comme du « Saint-Graal que les gens recherchaient ». Comme ces changements ont été apportés à l'aube de la campagne de mi-mandat, ils ont eu un impact majeur sur son déroulement.
En septembre 2010, les super-PAC prorépublicains avaient dépensé trois fois plus d'argent que les comités similaires prodémocrates, indique l'organisme de recherche indépendant Center for Responsive Politics sur son site Open Secrets. Les groupes d'intérêts conservateurs ont ainsi ciblé les démocrates les plus vulnérables. Le groupe American Crossroads, mené notamment par Karl Rove, le conseiller de l'ancien président républicain George W. Bush, a par exemple déboursé 21,5 millions de dollars américains, soit 4,2 millions en faveur de candidats républicains... et 16,8 millions contre les démocrates. À lui seul, le groupe a dépensé le tiers des sommes dépensées par les super-PAC, selon le Center for Responsive Politics. Plus encore, il a déboursé presque autant que les super-PAC prodémocrates mis ensemble. Le retour des donateurs secretsMais l'argent des entreprises a également été investi dans des groupes 501 (c), qui n'ont pas à divulguer l'identité de leurs donateurs. Dans un de ses articles, le New York Times écrivait d'ailleurs que la campagne de 2010 a marqué le retour en force des dons anonymes. « Grâce à des lois et à des niches fiscales, un réseau parallèle de groupes sans but lucratif prorépublicains a pu récolter énormément de dons anonymes et les dépenser sans compter », peut-on lire. « Si, le jour de l'élection, les républicains font des gains importants à la Chambre des représentants et au Sénat », analysait le quotidien avant le scrutin, « il y a au sein des deux partis un rare consensus sur le fait qu'une partie de leur victoire sera tributaire aux millions de dollars recueillis et dépensés par ces groupes sans but lucratif. Et l'argent versé provient en grande partie des entreprises. » Liste à l'appui, le site progressiste Think Progress affirmait même que la Chambre de commerce avait utilisé de l'argent donné par des entreprises étrangères. Celles-ci auraient versé 885 000 $ dans ses caisses. Selon le Center for Responsive Politics, près de la moitié des 293 millions de dollars dépensés par les groupes extérieurs (ce qui exclut les PAC et les comités des partis) vient de groupes qui n'ont pas à révéler où ils ont obtenu leur argent. Là encore, ce sont les républicains qui en ont le plus bénéficié au cours de la dernière campagne de mi-mandat. Au sein des groupes n'ayant pas à révéler l'identité de leurs donateurs, 81 % de l'argent dépensé l'a été par des groupes prorépublicains. Principaux groupes pouvant dépenser des dons anonymes et argent dépensé
Les trois organisations sont de tendance conservatrice. American Action Network a été fondée par un ex-sénateur républicain et un ancien conseiller d'un élu républicain. Crossroads GPS est une organisation « soeur » du super-PAC American Crossroads de Karl Rove. En septembre 2010, les démocrates du Sénat n'ont pas réussi à faire adopter une loi qui aurait obligé les entreprises et les syndicats à divulguer leurs dépenses électorales. Aucun sénateur républicain n'a appuyé cette loi, qui avait passé le test de la Chambre des représentants (avec l'appui de seulement deux républicains). Le plafond des dépenses Lors d'une élection présidentielle, un candidat qui a recours au financement public doit en retour contrôler ses dépenses. Cependant, s'il y renonce, il ne se voit imposer aucun plafond.
Depuis la dernière décennie, les candidats ont tendance à renoncer au financement public lors des primaires et caucus, mais à l'accepter pour l'élection générale. Cependant, en 2008, Barack Obama est devenu le premier candidat à y renoncer après avoir remporté l'investiture de son parti. En revanche, John McCain ne pouvait pas dépenser plus de 84 millions après avoir accepté l'investiture républicaine. Cela explique la disparité entre les 730 millions de dollars américains dépensés par Obama pour l'ensemble du processus électoral et les 333 millions dépensés par McCain pour la même période. La question d'un plafond ne se pose pas pour les candidats au Congrès et ceux aux postes de gouverneur d'un État, qui ne peuvent bénéficier du financement public. C'est ainsi qu'une Meg Whitman, candidate républicaine défaite pour le poste de gouverneur de Californie, en 2010, a ainsi pu injecter plus de 140 millions de dollars de sa fortune personnelle dans sa campagne. Des campagnes de plus en plus dispendieuses Dans un contexte où limiter les dépenses électorales équivaut à limiter le droit de parole, il n'est pas surprenant que chaque campagne soit plus chère que la précédente. Une croissance des coûts qui s'explique notamment par les campagnes publicitaires menées à la télévision. Le Center for Responsible Politics estime à 4 milliards de dollars américains - un sommet - les dépenses engagées par les candidats, les partis et les tiers lors des élections de mi-mandat de 2010. C'est plus de 1,1 milliard de plus que le total dépensé quatre ans plus tôt. Les campagnes des candidats auraient dépensé la moitié de cette somme, un autre record. Les 2 milliards dépensés par les candidats sont même supérieurs aux 1,8 milliard de dollars dépensés par l'ensemble des candidats présidentiels en 2008, lors du duel Obama-McCain. Pourtant, les élections de mi-campagne sont traditionnellement moins coûteuses que les présidentielles. Les longues courses à la direction des partis contribuent en outre à alimenter ce besoin d'argent. Avec une saison des primaires et des caucus qui s'échelonnent sur plusieurs mois et qui nécessitent des millions de dollars, les candidats à la présidence ou au poste de gouverneur doivent amorcer leur campagne, et donc amasser des sommes importantes d'argent, bien avant l'élection générale. Si l'argent est souvent présenté comme le nerf de la guerre électorale, est-ce encore plus vrai aux États-Unis?« Ce n'est pas au niveau de l'élection présidentielle, mais au niveau des courses à l'investiture que ça se joue », explique le politologue Guy Lachapelle, professeur titulaire à l'Université de Concordia et membre de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. À cette étape, les candidats sont loin d'être à armes égales en matière de contributions. Mais, rendus à l'élection présidentielle, les deux partis ont des sommes colossales », ajoute-t-il. « Les États-Unis ne sont jamais cités comme un modèle », conclut le politologue. En outre, les échéances électorales font en sorte que les candidats, particulièrement les aspirants au poste de représentants, élus tous les deux ans, sont en campagne quasi perpétuelle. En octobre 2010, l'ancien représentant Richard L. Ottinger déplorait, dans une lettre publiée dans le New York Times, que les membres du Congrès doivent ainsi consacrer beaucoup de temps à amasser des fonds. L'influence de l'argent sur la façon dont votent les membres du Congrès sur certains enjeux qui motivent les donateurs à verser une contribution financière est très pernicieuse. Peu d'élus mordront la main qui les nourrit. Extrait de la lettre de l'ex-représentant Richard L. Ottinger Un ex-chef de file républicain coupable de financement électoral illégalLe 24 novembre 2010, un tribunal du Texas a reconnu l'ancien chef du Parti républicain au Congrès Tom DeLay coupable de blanchiment d'argent et de complot en vue de blanchiment d'argent. Il était accusé d'avoir donné à des candidats républicains 190 000 $ provenant d'entreprises, lors de la campagne de mi-mandat de 2002, alors que les dons d'entreprises sont interdits par la loi du Texas. L'argent, qui a transité par son comité d'action politique, a été acheminé à une section du comité national républicain, qui a remis la même somme à sept candidats. Autre référence : Le financement des partis politiques de Nicolas Tolini, Éditions Dalloz, 2007
En profondeur
L'ABC de la politique américaine
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Contribution Limits 2011-12
Site de la FEC Le financement des campagnes électorales (Élisabeth Vallet et Karine Prémont)Chapitre du livre « Les élections présidentielles américaines » sous la direction d'Élisabeth Vallet et David Grondin, Presses de l'Université du Québec, 2004 Presidential Campaign Finance 2008Sur le site de la Federal Electoral Commission Open SecretsSite du Center for Responsive Politics Types of Advocacy GroupsSur le site de Open Secrets Campaign FinanceSection du New York Times Return of the Secret DonorsArticle du New York Times New 'Super Pacs' bringing millions into campaignsArticle du Washington Post The Rise of 'Super PACs' Continues, Leaving Voters in Dark as Attack Ads Fill AirwavesSur le site Open Secrets Led by Karl Rove-Linked Groups, 'Super PACs' and Nonprofits Significantly Aid GOP in Election 2010Sur le site Open Secrets Foreign-Funded U.S.' Chamber Of Commerce Running Partisan Attack AdsArticle du site Think Progress Follow the Unlimited MoneySite du Sunlight Foundation Reporting Group |