![]() Journaliste:François Messier Mise à jour le mardi 14 septembre 2010 à 9 h 38 Bellemare contredit sur plusieurs élémentsDeux proches collaborateurs de l'ex-ministre libéral de la Justice Marc Bellemare ont contredit lundi plusieurs éléments du témoignage que leur ex-patron a livré devant la Commission d'enquête sur le processus de nomination des juges à la fin août. Jacques Tétrault et Michel Gagnon, qui ont respectivement été attaché de presse et chef de cabinet de Me Bellemare, sont notamment venus dire tour à tour qu'il n'ont eu vent des allégations de trafic d'influence soulevées par Me Bellemare qu'au printemps dernier, par l'entremise des médias. Ils ont aussi affirmé tous deux n'être jamais allés manger avec Me Bellemare et MM. Fava ou Rondeau dans des restaurants de Québec. Ils ajoutent n'avoir jamais subi quelques pressions que ce soit pour nommer des candidats précis à des postes de juges.
Lors de son témoignage, Me Bellemare avait pourtant affirmé sous serment avoir parlé à ces deux membres de son entourage politique des pressions indues exercées par MM. Fava et Rondeau, qui sont deux collecteurs de fonds du Parti libéral du Québec (PLQ). L'ex-ministre de la Justice avait aussi évoqué quatre ou cinq rencontres avec les deux collecteurs de fonds dans des restaurants de Québec. Il a affirmé que MM. Tétrault et Gagnon pouvaient avoir été présents à ces occasions. Michel Gagnon a également contredit Me Bellemare au sujet de la campagne que l'ex-ministre a menée pour la mairie de Québec en 2005. M. Gagnon affirme avoir assisté à une rencontre portant sur le financement de la campagne de Me Bellemare à laquelle ont aussi participé MM. Fava et Rondeau. M. Gagnon, qui dit avoir été invité à cette rencontre par Me Bellemare, affirme se souvenir que son ex-patron a exhibé des objectifs de financement qui ont été qualifiés d'irréalistes par certaines des 12 à 15 personnes présentes, et notamment par M. Fava. Me Bellemare a affirmé lors de son témoignage qu'il n'était pas impossible que MM. Fava et Rondeau aient assisté à des réunions à l'époque de cette campagne à la mairie, mais qu'il ne les avait certainement pas invités lui-même. Lors de son témoignage, livré fin août, Me Bellemare a soutenu que deux collecteurs de fonds du Parti libéral du Québec (PLQ), Franco Fava et Charles Rondeau, ont fait pression sur lui pour qu'il nomme trois juges - Michel Simard, Marc Bisson et Line Gosselin-Després - à la Cour du Québec. Contradiction sur le départ de Pierre Legendre Me Gagnon a aussi affirmé que l'ex-coordonnateur à la sélection des juges Pierre Legendre a été muté à la demande de son ex-patron. Me Bellemare a plutôt déclaré qu'il n'avait jamais demandé cette mutation. M. Legendre a été la première des trois personnes à occuper le poste de coordonnateur à la sélection des juges au ministère de la Justice. Il a été muté quelques semaines à peine après l'arrivée en poste de Me Bellemare. M. Gagnon a déclaré sans détour que Pierre Legendre a été muté à la demande de Marc Bellemare. Ce dernier n'a pas nié avoir été mal à l'aise avec la présence de celui qui est le frère de l'ex-député péquiste Richard Legendre, mais a nié avoir demandé sa mutation à son sous-ministre Michel Bouchard. L'ex-chef de cabinet de Me Bellemare a dit avoir reçu un appel de Richard Legendre peu après son entrée en fonction. Le député péquiste, a-t-il dit, était un ami du cégep et ils ont donc parlé de plein de choses, dont leurs amis de l'époque, au cours de cette conversation. À la fin de la conversation, Richard Legendre a lancé : « Fais attention à mon frère », sur un ton blagueur. Michel Gagnon dit en avoir fait part au ministre Bellemare lors d'une conversation à bâtons rompus en fin de journée. Il soutient que cette information était anodine et qu'il n'a jamais pensé que cela allait agacer le ministre Bellemare. Me Bellemare a plutôt déclaré lors de son témoignage que M. Gagnon lui avait fait ces révélations après être entré dans son bureau avec un air livide. L'ex-ministre a affirmé que le « Fais attention à mon frère » avait été lancé sur un ton menaçant. M. Gagnon a aussi dit qu'il ne pouvait pas avoir informé Me Bellemare de la nomination de Louis Dionne au poste de sous-ministre à la Justice le 2 octobre, comme l'a affirmé son ex-patron lors de son témoignage. Cette nomination, a expliqué M. Gagnon, a été faite par le Conseil des ministres. Par conséquent, Me Bellemare l'a forcément appris avant lui. Michel Bouchard, qui a occupé les fonctions de sous-ministre auprès de Me Bellemare, a aussi été appelé à la barre en fin d'après-midi. Son témoignage se poursuivra mardi.
« Renversé » par les allégations Premier témoin de la journée, Jacques Tétrault, qui a travaillé avec Me Bellemare d'avril 2003 à avril 2004, dit avoir été « renversé » d'apprendre les allégations de trafic d'influence soulevées par son ex-patron en regardant la télévision le printemps dernier. Interrogé sur sa réaction à ce moment précis, il a répondu : « Je ne comprends pas qu'il n'en ait pas parlé. C'est un élément complètement nouveau. On passait beaucoup d'heures au cabinet, des semaines, des mois entiers, et moi, je n'ai pas eu vent de ça. ». M. Gagnon s'est aussi dit « surpris » de ces allégations, dont il a pris connaissance au même moment. « Je ne comprends pas pourquoi il ne s'est pas confié », a-t-il dit, en précisant que le mandat d'un an de Me Bellemare avait été « très rock'n'roll », un climat plutôt propice aux confidences entre membres du cabinet politique. M. Gagnon a dit avoir vu Franco Fava à une reprise dans les bureaux du ministre de la Justice. Il savait en outre que les deux hommes se parlaient. Il soutient que les deux hommes parlaient notamment de la réforme des tribunaux administratifs. MM. Gagnon et Tétrault ont tous deux dit connaître vaguement Franco Fava et Charles Rondeau, qu'il ont vus lors d'événements partisans tenus après la victoire du Parti libéral du Québec en avril 2003. Interrogé sur la possibilité qu'il soit allé manger dans différents restaurants de Québec, dont le Michelangelo, M. Tétrault a fait rire l'audience en déclarant que le seul endroit où il est allé manger avec le ministre était Hector Patates. En contre-interrogatoire, l'avocat de Me Bellemare, Rénald Beaudry, a fait ressortir que l'actuelle patronne de Jacques Tétrault chez Optimum relations publiques, Isabelle Perras, est une ancienne attaché politique du cabinet du premier ministre Charest. M. Tétrault et Mme Perras ont travaillé ensemble après le démission de Marc Bellemare. Portrait peu flatteur du ministre MM. Gagnon et Tétrault ont par ailleurs brossé un portrait assez peu flatteur de la période où Me Bellemare a été ministre. M. Tétrault a décrit un homme « secret », « parfois fantôme, parfois sur une patte », qui ne prévenait pas toujours son entourage de ce qu'il pensait ou de ce qu'il disait. Il notamment expliqué que Me Bellemare avait donné « trois ou quatre entrevues à des médias », sans qu'il ne soit consulté. M. Tétrault a expliqué que son patron commettait parfois des « faux pas » ou des « bévues », que le personnel devait ensuite récupérer. Me Bellemare, a dit M. Tétrault, devait parfois être « protégé de lui-même ». Ses exigences, a-t-il ajouté, étaient parfois démesurées. « Il arrivait avec une idée le matin et il disait: "Faut faire ça", et il fallait le réaliser dans des circonstances tenant du prodige et du miracle, et c'est ce qui expliquait la désorganisation du cabinet », a-t-il laissé tomber. Bien qu'il ait indiqué avoir toujours du respect pour les compétences de Me Bellemare, M. Tétrault a indiqué que « à titre d'employeur, ce fut une catastrophe ». Après la démission du ministre, a-t-il dit, personne ne voulait travailler avec lui. Il a fallu trois mois avant qu'on ne le contacte de nouveau. Michel Gagnon a pour sa part raconté que Me Bellemare avait eu du mal à effectuer la transition entre son petit bureau d'avocats et le ministère de la Justice. Il a affirmé qu'il avait « de la misère avec les structures » et qu'il fallait lui expliquer les processus requis. M. Gagnon a lui aussi décrit une ambiance de travail « lourde, pas facile, mouvementée » lors du mandat de Me Bellemare. Il soutient qu'il devait parfois remonter le moral de membres du personnel, qui pouvaient être affectés par le ton « raide » du ministre. Bataille d'avocats Le contre-interrogatoire de M. Tétrault a donné lieu à une nouvelle bataille d'avocats. L'avocate du gouvernement Me Suzanne Côté, s'est opposée à répétition aux questions que voulait lui poser l'avocat de Me Bellemare, Me Rénald Beaudry. Devant l'insistance de sa consoeur, l'avocat du Barreau, Me Pierre Bourque, s'est levé pour inviter le commissaire Bastarache à donner plus de marge de manoeuvre aux avocats. Le commissaire a néanmoins donné raison à Me Côté par la suite. La commission Bastarache doit aussi entendre cette semaine le successeur de Michel Bouchard, Louis Dionne, ainsi que Violette Trépanier, qui est directrice du recrutement et du financement au PLQ depuis 2001.
En profondeur
La commission Bastarache
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Nouvelles, chronologie, audiences de la commission en direct Bellemare-Charest : Chronologie d'un affrontementLes propos de l'ancien ministre de la Justice ont mené à une poursuite de 700 000 $ et à la création d'une commission d'enquête.
La crédibilité de Marc Bellemare a été durement éprouvée, rapporte Josée Thibeault.
Marc Bellemare est contredit par deux de ses anciens collaborateurs, explique Sébastien Bovet.
Michel C. Auger analyse les témoignages de Jacques Tétrault et de Michel Gagnon.
Le compte rendu de Louiselle Lévesque
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