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Politique

Accès au bureau du premier ministre
Les registres ont failli être détruits

Mise à jour le jeudi 9 septembre 2010 à 10 h 10

Exclusif

Un des seuls éléments de preuve qui pourrait permettre de savoir qui dit vrai dans l'affaire Bellemare a failli être détruit au cours de l'été. N'eût été la demande d'accès à l'information faite par un journaliste du module d'enquête de Radio-Canada, le document serait passé à la déchiqueteuse.

À l'ouverture des travaux de la commission Bastarache, Marc Bellemare a raconté que les collecteurs de fonds Franco Fava et Charles Rondeau visitaient régulièrement la responsable des nominations au bureau du premier ministre, Chantal Landry.

« M. Fava est un homme très volubile. Il parle beaucoup. Il était vraiment au pouvoir. Il avait une longue histoire d'amitié avec Jean Charest. Il disait ça, qu'il rencontrait Chantal Landry toutes les semaines et qu'il plaçait des libéraux dans des postes. C'était le roi », disait M. Bellemare.

Une version des faits aussitôt démentie par Jean Charest : « M. Bellemare laisse entendre que Franco Fava, qui est une connaissance à moi, est un ami personnel et qui exerce sur moi une influence indue. Cela est faux. Je ne suis pas un proche de M. Fava. Je connais M. Fava. Je ne l'ai jamais reçu dans mon bureau et il n'a pas d'accès privilégiés. »

Dans des conversations téléphoniques au printemps dernier avec le journaliste Alain Gravel de Radio-Canada, les collecteurs de fonds cités admettaient qu'ils avaient leurs entrées dans l'entourage du premier ministre, mais pas autant que Marc Bellemare le dit.

Questions à Franco Fava

Franco Fava : « Moi, j'y parle à l'occasion au premier ministre quand je le vois à l'occasion. »
Alain Gravel : « Pouvez-vous lever le téléphone et parler à M. Charest? »
Franco Fava : « Non, j'ai jamais eu cette prétention-là. Je ne suis pas assez important pour ça. »
Alain Gravel : « Avez-vous déjà essayé? »
Franco Fava : « Non, pas vraiment, je le croise assez régulièrement, alors [...] »

Questions à Charles Rondeau

Alain Gravel : « Vous n'avez jamais été au bureau de M. Charest au cabinet? »
Charles Rondeau : « Oui »
Alain Gravel : « Vous y avez été? »
Charles Rondeau : « Oui. »
Alain Gravel : « Plusieurs fois? »
Charles Rondeau : « Quelques fois. » « Ça donne un moment donné que c'était le budget, on était avec des gens. Il nous avait dit : "Avez-vous vu mon bureau?" et on avait rentré là-dedans. »

Qui dit vrai?

Les registres des entrées et des sorties au cabinet du premier ministre pourraient aider à trancher. Ces documents contiennent les noms des personnes qui se présentent dans les bureaux de Jean Charest et précisent l'heure et la date de leur visite.

L'émission Enquête a fait cet été une demande en vertu de la Loi de l'accès à l'information pour les obtenir, mais les documents ont été refusés pour, dit-on, des raisons de sécurité.

Mais on apprend dans la lettre de refus que ces registres pour le bureau de Québec « ont été récupérés juste avant leur destruction ». Que donc, sans cette demande, ils n'existeraient plus. Quant aux registres du bureau de Montréal, « aucun document n'a été retrouvé ».

Au ministère de la Sécurité publique, on nie qu'il y ait pu avoir une intervention pour faire disparaître ces documents et on précise que les règles du ministère prévoient leur destruction après cinq ans.

Les documents demandés par le journaliste de Radio-Canada remontent à 2003.

À la commission Bastarache, on refuse de nous dire si des procureurs ont demandé d'obtenir les registres depuis la demande d'accès à l'information du journaliste de Radio-Canada.

D'après un reportage d'Alain Gravel

Réponse à la demande d'accès à l'information du journaliste de Radio-Canada