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En profondeur

Souvenirs imprécis de Jean Charest

Journaliste:François Messier

Mise à jour le vendredi 3 septembre 2010 à 17 h 52

Souvenirs imprécis de Jean Charest

Jean Charest ne conserve que de vagues souvenirs des rencontres qu'il a eues avec son ex-ministre de la Justice, Marc Bellemare. Le premier ministre du Québec ne se souvient notamment pas d'avoir discuté avec son ex-ministre le 2 septembre 2003 et le 8 janvier 2004, deux dates qui sont au coeur des allégations avancées par Me Bellemare devant la commission Bastarache.

Jean Charest à son arrivée au palais de justice de Québec le 14 juillet 2010

Jean Charest à son arrivée au palais de justice de Québec le 14 juillet 2010

C'est ce qui ressort de certains extraits de l'interrogatoire avant défense auquel a été soumis le premier ministre Jean Charest le 14 juillet dernier, dans le cadre de la poursuite en diffamation de 700 000 $ qu'il a intentée contre Me Bellemare en Cour supérieure. Cette cause n'a pas encore été entendue.

Ces extraits de l'interrogatoire avant défense ont été rendus publics jeudi par Me Bellemare. Ce dernier a de toute évidence choisi de contre-attaquer cette semaine. Il a ainsi:

L'interrogatoire en question a été mené par un avocat de Me Bellemare, Jean-François Bertrand. Me André Ryan, qui représente le premier ministre devant la commission Bastarache, était présent aux côtés de son client.

Interrogé sur les rencontres qu'il a eues avec Me Bellemare, M. Charest évoque les dates du:

  • 2 ou 3 mai 2003, « le jour où l'histoire de la fille de Me Bellemare a été rendue publique »,
  • une rencontre au mois d'octobre, « après le conseil des ministres »
  • 29 mars 2004, soit deux jours après sa démission.
  • une rencontre en avril 2004, lorsque Me Bellemare a remis sa démission. « Il est triste, c'est une affaire plutôt triste », commente M. Charest;

Le premier ministre du Québec admet qu'il y a eu « d'autres rencontres », mais sans se souvenir des dates exactes. M. Charest ne se souvient pas davantage de la durée de ces rencontres. Il mentionne qu'elles n'étaient « jamais très longues ».

« On a eu des discussions sur la nomination d'un juge en chef de la Cour du Québec [NDLR: ce fut Guy Gagnon, dont la nomination sera annoncée le 24 septembre], mais à part de ça, là, il était... évidemment, il avait des frustrations sur l'avancement de ses projets de loi. »

« Le juge en chef, ça, je me rappelle qu'on en ait discuté parce qu'il fallait choisir un nouveau juge en chef. La juge en chef Huguette Saint-Louis quittait, il fallait trouver un nouveau juge en chef », dit-il.

Lors de son témoignage du 24 août, Me Bellemare a plutôt affirmé qu'il n'a jamais discuté de la nomination du juge Gagnon, et que le premier ministre a appris la nouvelle en se présentant au Conseil des ministres le 24 septembre 2003, date où sa nomination a été confirmée.

Le premier ministre reprend aussi quelques griefs au sujet des propos de Me Bellemare. Il insiste, comme il l'a déjà fait à l'Assemblée nationale, sur le fait qu'il n'a pu discuter près du buffet situé dans une salle attenante à la salle du Conseil des ministres, puisque le buffet se trouve dans cette même salle.

Il souligne en outre qu'un article du journal Le Soleil publié le 20 mars 2010 qui cite Me Bellemare. « Il [Me Bellemare] souligne, par ailleurs, qu'il n'a jamais parlé d'illégalités dans le financement, mais bien d'informations "embarrassantes" », peut-on lire.

M. Charest affirme catégoriquement : « Alors moi, vous me demandez: "Il y as-tu des irrégularités là, de manière que ce soit légal, illégal ou autrement? Non. Il n'y a rien qui me vient à l'esprit, qui a été soulevé par Me Bellemare. »

M. Charest admet aussi lors de l'interrogatoire avant défense que Me Bellemare a « joué un rôle très puissant » pour alimenter le débat qui faisait rage à l'Assemblée nationale concernant les liens financiers entre le Parti libéral du Québec et l'industrie de construction.

L'interrogatoire révèle aussi que Me Ryan s'est opposé à 11 questions de Me Bertrand. Il a notamment refusé que son client réponde à des questions concernant:

  • le nombre d'entrepreneurs en construction qui financent le Parti libéral;
  • les raisons expliquant son refus de tenir une commission d'enquête sur l'industrie de la construction;
  • les noms des personnes responsables du financement au Parti libéral;
  • de possibles appels de tiers concernant la nomination des juges.

Marc Bellemare a affirmé sous serment devant la commission Bastarache qu'il a nommé trois juges sous l'influence de deux collecteurs de fonds du Parti libéral du Québec, Franco Fava et Charles Rondeau. Il soutient que M. Charest lui a dit de nommer les juges que M. Fava voulait le 2 septembre 2003. Il lui aurait répété la même chose le 8 janvier 2004.

Les audiences de la commission Bastarache reprendront mardi. Me Bellemare sera contre-interrogé par son propre avocat, Me Rénald Beaudry. Suivront ensuite les trois coordonnateurs à la sélection des juges qui ont été en poste lors du mandat de Me Bellemare, Pierre Legendre, Nicole Breton et Andrée Giguère.

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