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Photo: La Presse Canadienne /Jacques Boissinot Stéphane Gosselin en 2004, alors qu'il était attaché de presse du ministre des Affaires municipales. |
La démission récente d'un chef de cabinet au sein du gouvernement Charest et sa réembauche lundi en tant que directeur de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) éveille des soupçons quant à des activités cachées de lobbyisme à l'intérieur du gouvernement libéral.
Stéphane Gosselin a quitté vendredi dernier son poste de directeur de cabinet du ministre du Développement économique du Québec, Clément Gignac. Il a été réembauché lundi à l'APGQ, le jour du lancement d'une offensive de communication sur l'industrie des gaz de schiste. M. Gosselin a pour mandat de mettre en oeuvre cette campagne d'information annoncée par le président de l'APGQ, André Caillé, lui-même un ancien d'Hydro-Québec.
M. Gosselin affirme de son côté que son passage du gouvernement à l'APGQ n'a rien d'illégal et qu'il respecte toutes les règles. Il ajoute n'avoir jamais eu de lien avec l'APGQ dans le passé, et n'avoir jamais touché au dossier des gaz de schiste lors de son passage dans les trois ministères. L'APGQ a été créée en 2009.
Une « proximité inquiétante » selon l'opposition
En marge du caucus du Parti québécois à Salaberry-de-Valleyfield, jeudi, le leader parlementaire de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, a qualifié le passage de M. Gosselin à l'APGQ de « totalement inacceptable » sur le plan éthique.
Pour M. Bédard, ce changement de carrière révèle une « proximité inquiétante » entre le gouvernement et l'industrie gazière dans un dossier qui suscite l'inquiétude des citoyens.
« L'impression donnée aux Québécois c'est qu'on privilégie les intérêts particuliers plutôt que les intérêts collectifs », a plaidé M. Bédard en point de presse.
Si on laisse des gens comme ça être à la solde de l'industrie, alors que quelques jours avant, ils prenaient des décisions d'intérêt public, c'est très inquiétant pour la suite des choses.
— Stéphane Bédard
Pour sa part, Pauline Marois a parlé d'un « fait troublant ». Elle considère que « le commissaire au lobbyisme devrait faire un travail d'expertise plus complet ».
Règles sur le lobbyisme
Une directive du premier ministre stipule qu'un membre du personnel d'un cabinet ministériel qui quitte ses fonctions ne peut, pendant un an après son départ, occuper une fonction au sein d'organismes ou d'entreprises avec lesquels il a eu des rapports au cours de l'année précédant son départ.
L'APGQ compte 38 représentants inscrits au registre des lobbyistes depuis 2009. Selon le registre, l'APGQ fait du lobbyisme auprès de neuf ministères et du cabinet du premier ministre en vue de la mise en place une nouvelle loi sur les hydrocarbures.
M. Gosselin dit ne pas avoir été associé à la décision du gouvernement de faire appel au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) pour des consultations publiques et de rejeter un moratoire sur l'exploitation des gaz de schiste. Le gouvernement a mandaté le BAPE à cet effet dimanche.
En conférence de presse, André Caillé a nié l'existence d'un « complot » de la part du gouvernement pour convaincre les Québécois des bienfaits de l'exploitation des gaz de schiste.
Il reste que l'industrie a un puissant lobby. Des 44 lobbyistes enregistrés, trois sont liés au Parti libéral du Québec.
L'ancien ministre délégué aux Mines sous Robert Bourassa, Raymond Savoie, est président d'une compagnie minière. Daniel Bernier a été chef de cabinet de l'ancienne ministre Françoise Gauthier, tandis que Martin Daraiche a été conseiller au cabinet de Jean Charest.
Radio-Canada.ca avec La Presse