Jean Charest réagit au témoignage de Marc Bellemare.
Le juge Michel Bastarache a lancé un avertissement au premier ministre Jean Charest, lui rappelant que toutes les parties doivent faire preuve de réserve et de discrétion tant que dure la commission.
Le juge Michel Bastarache a montré un premier signe d'agacement jeudi après que le premier ministre Jean Charest eut repris la parole pour justifier ses propos de mardi dernier.
Le porte-parole du juge, Guy Versailles, a indiqué: « Quand il y a des déclarations sur la place publique, de qui que ce soit, il y a un risque d'engendrer une certaine confusion. C'est la raison pour laquelle le commissaire renouvelle aujourd'hui son appel à la retenue des parties. »
Quelques heures plus tôt, le premier ministre Charest a justifié les déclarations qu'il a faites mardi, au terme de la première journée de témoignage de son ex-ministre de la Justice Marc Bellemare.
Il dit n'avoir que répété ce qu'il avait déjà dit en avril dernier, lorsque les allégations de Me Bellemare ont été rendues publiques.
Une quarantaine de minutes après la fin du témoignage-choc de Me Bellemare, le premier ministre Charest a démenti, au cours d'un bref point de presse, les principales allégations faites devant la commission Bastarache sur le processus de nomination des juges.
« M. Bellemare n'a pas soulevé avec moi la question d'influences indues dans la nomination des juges. J'ai encore moins dit à M. Bellemare d'accepter la nomination d'une personne parce qu'il était sous pression de qui que ce soit », avait-il dit.
Le premier ministre a aussi démenti être un proche du collecteur de fonds du Parti libéral Franco Fava, comme l'a déclaré Me Bellemare. « Je ne suis pas un proche de M. Fava. Je connais M. Fava. Je ne l'ai jamais reçu dans mon bureau et il n'a pas d'accès privilégié. »
M. Charest a ajouté que M. Fava est une « connaissance » qu'il croise « deux ou trois fois par année dans le contexte d'événements du parti ».
En mars, le premier ministre avait affirmé, en réponse à une question de la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, que Me Bellemare ne lui avait « jamais, jamais, jamais soufflé un mot » sur des irrégularités dans le processus de nomination.
La sortie de M. Charest a été plutôt mal perçue par les commentateurs politiques. Plusieurs y ont vu un signe de panique consécutif aux propos de Me Bellemare.
Ce dernier venait de déclarer un peu plus tôt que M. Charest lui avait dit de suivre les instructions de Franco Fava au sujet de la nomination des juges.
« M. Charest m'a dit : "Franco Fava est un ami personnel, c'est un collecteur influent du parti. On a besoin de ces gars-là : il faut les écouter. C'est un professionnel du financement. S'il te dit de nommer [les juges] Bisson et Simard, nomme-les" », a déclaré Me Bellemare sous serment.
La sortie du premier ministre contrevient aux consignes du commissaire Bastarache, qui a déclaré au début des travaux que : « ni les avocats ni les participants ni les intervenants ne doivent discuter la preuve ou la crédibilité des témoins en dehors de la salle d'audience avant le dépôt du rapport. »
M. Charest a le statut de participant et est représenté par un procureur à la commission. Le gouvernement du Québec et le Parti libéral du Québec, dont il est le chef, ont également ce statut, qui permet notamment de contre-interroger les témoins.
Pas de commentaires sur Georges Lalande
Par ailleurs, M. Charest n'a pas voulu commenter des propos du sous-ministre adjoint de Marc Bellemare à l'époque des faits allégués, Georges Lalande.
En entrevue mercredi sur les ondes d'une radio privée de Montréal, M. Lalande s'est fait demander s'il était au courant des informations révélées par son ancien patron mercredi avant-midi devant la commission. Il a répondu oui.
Interrogé à ce sujet, M. Charest s'est borné à répondre : « M. Lalande aura l'occasion d'aller témoigner sous serment, comme les autres témoins, comme moi ».
M. Lalande, qui a été assigné à comparaître devant la commission, n'a pas répondu aux appels de Radio-Canada.