Le Parti libéral du Canada s'oppose à l'idée d'abolir la politique d'équité en matière d'emploi dans la fonction publique fédérale.
Des représentants autochtones et syndicaux ainsi que le Parti libéral dénoncent la révision de la politique d'équité en matière d'emploi dans la fonction publique fédérale, qualifiée d'« outil d'exclusion » par les conservateurs.
De passage à Montréal vendredi, le chef libéral Michael Ignatieff a dit croire que la discrimination positive a été un grand bienfait pour les femmes, les Autochtones, les minorités visibles et les personnes handicapées, et qu'il faut la préserver.
Il réagissait à la demande de révision de ces pratiques formulées la veille par le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, et le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, qui voudraient que les embauches se fassent davantage en fonction du mérite que sur la base de l'origine ethnique.
La Loi sur l'équité en matière d'emploi dans la fonction publique fédérale a été adoptée pour donner des chances égales aux personnes et aux groupes systématiquement victimes de discrimination.
Des craintes et des préjugés
L'Assemblée des Premières Nations du Québec fait partie de ceux qui s'inquiètent de cette révision annoncée. Le chef Ghislain Picard croit qu'il sera plus difficile pour les Autochtones d'obtenir des postes au sein de la fonction publique.
L'Alliance de la fonction publique du Canada dénonce elle aussi cette remise en question des mesures de discrimination positive à l'embauche. Le syndicat des fonctionnaires fédéraux accuse les conservateurs de renforcer le préjugé selon lequel ces politiques, mises sur pied pour éviter la sous-représentation de minorités dans la fonction publique, excluent le mérite des critères d'embauche.
Le syndicat cite un rapport récent du comité du Sénat sur les droits de la personne, qui indiquait que les effectifs de la fonction publique sont moins diversifiés que ceux du privé.
Les conservateurs dénoncent des pratiques « exclusives »
Le ministre Kenney en entrevue à RDI
Le ministre Kenney y voit plutôt un « outil de l'exclusion » qui empêche les citoyens qui ne sont pas visés par la loi d'occuper des postes dans la fonction publique », a-t-il expliqué sur les ondes de RDI.
Il a cité en exemple une femme qui se serait vu refuser ne serait-ce que la permission de présenter une demande d'emploi auprès du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration parce qu'elle n'appartenait pas à une « certaine race ». « C'est injuste », a-t-il soutenu. « Il faut avoir une fonction publique qui reflète la diversité du Canada. »
Selon l'Alliance de la fonction publique du Canada, seulement 91 des 5000 emplois affichés en 2008 étaient réservés à un groupe spécifique.
« Il y a seulement 1 % des postes qui sont offerts par la fonction publique actuelle qui sont limités aux gens des groupes particuliers », a reconnu le ministre, qui fait cependant de son opposition à la discrimination positive une question de principe.
« Il faut atteindre le but de diversité dans la fonction publique sans l'exclusion des gens selon les critères racials [sic] », a argué le ministre Kenney. « On est ouvert aux autres approches justes et raisonnables pour augmenter la diversité dans la fonction publique, mais pas les outils qui excluent les gens à cause de leur race », a-t-il poursuivi.
Le ministre Kenney a fait valoir que le personnel de son propre ministère est constitué à 18 % de membres des minorités visibles, une proportion plus grande à celle du marché du travail canadien dans son ensemble, cependant atteinte avec peu d'offres d'emplois fermés.
En tenant compte de leur nombre au sein de la population, les minorités visibles sont cependant sous-représentées dans l'ensemble de la fonction publique.