Le chef libéral pris à son propre jeu

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Des femmes congolaises suivent un séminaire sur les violences sexuelles à Mwitobwe, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo.   © AFP/STRINGER

Les libéraux fédéraux ont échoué dans leur tentative de faire adopter, mardi, une motion clarifiant la position du gouvernement Harper sur le financement de programmes de planification familiale dans les pays en développement. À la surprise générale, la motion a été rejetée à 144 voix contre 138.

Créant un malaise au sein de ses propres troupes, Michael Ignatieff n'arrive pas à faire adopter une motion libérale clarifiant la position du gouvernement Harper sur le financement de programmes de planification familiale dans les pays en développement.

L'opposition talonne Stephen Harper sur cette question depuis qu'il a annoncé l'automne dernier que la santé des mères et des enfants des pays en développement serait à l'ordre du jour du prochain sommet du G8, qui se tiendra en Ontario en juin. Le gouvernement conservateur est-il prêt à financer la contraception et les avortements pour les femmes dans les pays en voie de développement? demande-t-elle.

Face à la confusion des réponses offertes par les conservateurs depuis une semaine, les libéraux ont proposé mardi une motion afin de forcer le gouvernement à clarifier sa position. La motion libérale se lit en partie comme suit: « de l'avis de la Chambre, l'initiative du gouvernement pour le G8 [...] doit inclure tout l'éventail des options de planification familiale, ainsi que de santé sexuelle et reproductive, y compris la contraception ».

Au troisième paragraphe, le texte ajoute : « que le gouvernement canadien devrait s'abstenir de promouvoir les mêmes idéologies de droite déficientes que George W. Bush avait précédemment imposées aux États-Unis ».

Si le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD) ont décidé d'appuyer cette motion, les conservateurs ont rapidement accusé les libéraux de vouloir rouvrir le débat sur l'avortement.

« Un, il y a un discours antiaméricain dans ça qui n'a aucun bon sens. Deuxièmement, on voit manifestement que l'opposition veut rouvrir un débat sur une question qui est réglée, qui est celle de l'avortement. » — Christian Paradis, lieutenant politique de Stephen Harper au Québec

La motion libérale a suscité un débat animé tout au long de la journée. Chiffres et exemples à l'appui, les membres de l'opposition ont plaidé tour à tour que la santé des mères et des enfants passait par le libre choix des femmes.

« Nous voulons que la politique canadienne soit consistante avec nos valeurs, que nos valeurs reconnaissent la liberté de choix des femmes. » — Le député libéral Bob Rae

Cette prise de position a incommodé au moins trois députés libéraux, qui ont refusé de se soumettre à la discipline de parti en votant avec les conservateurs. Forts du soutien des députés libéraux John McKay, Dan McTeague et Paul Szabo et aidés par l'absence de plusieurs de leurs collègues, les conservateurs ont finalement réussi à rejeter la motion.

Le premier ministre Stephen Harper n'a pas manqué l'occasion de souligner que même le Parti libéral était divisé sur la question. « Même ses propres députés disent que le chef de l'opposition agit d'une façon opportuniste. Et l'objectif ici, ce n'est pas la petite politique partisane, c'est de sauver les vies des mères et des enfants », a-t-il lancé à Michael Ignatieff lors de la période des questions.

La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a dit clairement que l'initiative ne comprendrait « aucune mesure de planification familiale », ajoutant que la politique du gouvernement Harper est de sauver des vies. Cette déclaration a suscité un tollé et le gouvernement a adouci ses propos en déclarant que toutes les options étaient envisageables, dont celle de la contraception. En revanche, les conservateurs refusent catégoriquement de rouvrir le débat sur l'avortement.