Un témoignage rejeté par les conservateurs

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Rémy Beauregard Rémy Beauregard

Les conservateurs veulent empêcher la veuve de Rémy Beauregard, l'ancien président de l'organisme Droits et démocratie, de témoigner devant le comité des affaires étrangères.

Les conservateurs s'opposent à la comparution, devant un comité, de la veuve de Rémy Beauregard, l'ancien président de l'organisme Droits et Démocratie qui était contesté par le conseil d'administration.

Suzanne Trépanier a elle-même sollicité une comparution devant le comité afin de donner sa version des événements survenus avant la mort de son mari, qui a succombé à une crise cardiaque quelques heures après une réunion particulièrement houleuse, en janvier dernier.

L'opposition, qui est majoritaire au sein du comité, a réclamé des audiences pour déterminer si le conseil d'administration sert les meilleurs intérêts de l'organisme, aux prises avec une crise interne depuis plusieurs mois. Le comité doit toutefois s'entendre sur les témoins qui comparaîtront.

Dans une lettre adressée au président du comité, Dean Allison, Mme Trépanier demande d'être entendue sur une question qui a « profondément nui à la perception des actions du Canada en matière de droits de la personne et de démocratie, autant sur la scène internationale que nationale ».

« En tenant compte des événements dont j'ai été témoin au cours des mois qui ont précédé et suivi la mort de mon mari, je pense qu'il est important que je sois entendue [...]. » — Suzanne Trépanier

Évoquant un rapport d'évaluation très critique à l'endroit de son mari, envoyé au bureau de Stephen Harper par le conseil d'administration, en mai 2009, elle explique vouloir défendre sa mémoire. Le conseil d'administration avait refusé à M. Beauregard le droit d'avoir accès au rapport le concernant, mais il avait fini par pouvoir le consulter en vertu de la Loi de l'accès à l'information.

Catégoriquement opposé au témoignage de Mme Trépanier, le conservateur Jim Abbott a pris la parole pendant une heure, jusqu'à la fin de la réunion, empêchant ainsi le comité de tenir un vote sur sa comparution.

Le député a affirmé que le témoignage de Mme Trépanier serait « une réaction émotive à une situation sur laquelle le comité n'a aucun contrôle ».

Au terme de son discours, il a par ailleurs rappelé au président du comité que c'est à lui que reviendra de prendre la parole lors de la prochaine rencontre.

L'opposition crie à l'abus de pouvoir

Les partis d'opposition ont déploré l'attitude des conservateurs. « La somme d'efforts investis pour enquêter sur le comportement de M. Beauregard et l'effet que cela a eu sur lui justifient pleinement la comparution de sa femme », a estimé le libéral Bob Rae.

« Je crois qu'ils sont très inquiets de ce que pourrait dire Suzanne Trépanier », a pour sa part commenté le chef du NPD, Jack Layton. Selon lui, elle est bien placée pour « connaître les choses qui se sont véritablement déroulées ». « Son témoignage pourrait avoir un impact important sur l'impression que les conservateurs ont tenté de donner à cette affaire ».

À ses yeux, le long discours de M. Harris n'était en fait qu'une tactique d'obstruction pour aller à l'encontre de la volonté de la majorité. « C'est un abus de pouvoir », a-t-il dénoncé.

Deepak Obhrai, le secrétaire parlementaire du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a nié toute tentative d'obstruction.

Les témoins potentiels

Jacques Gauthier, président intérimaire de Droits et Démocratie. Jacques Gauthier, président intérimaire de Droits et Démocratie.

Les conservateurs ont déjà accepté d'entendre le nouveau président de l'organisme, Jacques Gauthier, nommé récemment par le gouvernement Harper, malgré le profond désaccord de l'opposition. Ils ont aussi donné leur accord au témoignage du président du conseil, Aurel Braun, lui aussi nommé par les conservateurs. Les deux hommes, qui devaient comparaître jeudi, ont annulé leur participation, pour des raisons de conflit d'horaire.

Le NPD voudrait également faire comparaître Joe Clark, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement progressiste-conservateur, à l'époque de la création de Droits et démocratie, en 1988. L'ancien dirigeant du NPD, Ed Broadbent, qui a été le premier président nommé à la tête de l'organisme, est également sur la liste de la formation.

À l'issue de la réunion, le député Abbott a assuré qu'il ne s'opposait pas à l'ajout de témoins, dans la mesure où cela n'inclut pas la veuve de Rémy Beauregard et trois employés de longue date de l'agence, récemment congédiés par le nouveau président.

Ceux-ci avaient exprimé leur méfiance à l'endroit du président du conseil d'administration et deux autres membres du conseil, qui avaient désapprouvé l'aide financière accordée à des groupes palestiniens de défense des droits de la personne, jugés anti-israéliens.

« La raison pour laquelle nous voulons que la liste des témoins soit limitée, c'est que nous croyons qu'il n'y a aucune valeur ajoutée à ce que des personnes qui peuvent faire valoir leur position en public témoignent à ce forum, a soutenu M. Abbott. Cela ne donne rien. »

Créé en 1988 par le Parlement canadien, Droits et démocratie est un organisme non partisan qui a pour mission d'appuyer les droits de la personne et de promouvoir la démocratie dans le monde. Il est financé par Ottawa, qui nomme aussi la plupart des membres de son conseil d'administration.