Jean Charest voyage-t-il trop?

Jean Charest à Moscou Jean Charest lors de son voyage à Moscou

Le premier ministre du Québec a multiplié les voyages à l'extérieur de la province depuis sa réélection, ce qui irrite les partis d'opposition.

Depuis sa réélection, le premier ministre du Québec a multiplié les voyages à l'extérieur de la province, ce qui fait dire à l'opposition qu'il est souvent trop loin des enjeux importants du Québec.

Par exemple, depuis la mi-novembre, Jean Charest a effectué huit voyages à l'extérieur du Québec. Il est notamment allé à Vancouver pour les Jeux olympiques, à Boston, Washington, en plus de se rendre en Inde, en Russie et au Danemark.

Depuis la réélection de son gouvernement en décembre 2008, il a quitté le Québec 16 fois. C'est presque deux fois plus que le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, qui compte neuf voyages au cours la même période. C'est presque autant que le premier ministre du Canada, Stephen Harper, qui a effectué 18 voyages à l'extérieur du pays.

L'opposition à Québec estime qu'avec tous ces voyages à l'extérieur du Québec, le premier ministre se tient trop loin des enjeux préoccupants de la province, notamment la situation dans les hôpitaux.

Gérard Deltell, chef désigné de l'ADQ, en point de presse. À l'arrière, François Bonnardel. Gérard Deltell en novembre dernier   © PC/Jacques Boissinot

« Je ne sais pas comment sont les urgences à Washington, à Vancouver, à New Delhi, à Paris, à Moscou ou à Copenhague. Par contre, je sais comment sont les urgences au Québec. Monsieur le premier ministre, ça suffit votre tournée mondiale. Revenez les deux pieds sur terre. Occupez-vous des urgences au Québec. Les gens en ont cruellement besoin », dit par exemple le chef de l'ADQ, Gérard Deltell.

« Je crois qu'actuellement, c'est un peu exagéré; il est allé Copenhague en décembre, il est allé en Russie, il est allé à Davos; habituellement quand on va à Davos, c'est ou le premier ministre ou le ministre des Finances, mais pas les deux », souligne pour sa part la chef du PQ, Pauline Marois.

L'ancien premier ministre du Québec, Daniel Johnson, défend quant à lui Jean Charest et trouve les critiques injustifiées. Il souligne notamment que les grands événements internationaux sont un lieu de rencontre important des grands décideurs.

La consultante Diane Wilhelmy, qui a conseillé plusieurs premiers ministres, abonde dans le même sens. Selon elle, une forte présence à l'étranger est devenue essentielle pour le Québec. « Notre économie, elle a été transformée par le commerce international, par l'ouverture au monde », avance-t-elle.

Michel David, chroniqueur politique au Devoir, estime que Jean Charest se doit d'être au Québec autant que possible lors des sessions de l'Assemblée nationale. Mais en dehors de ces périodes, il croit que le premier ministre peut voyager à l'extérieur de la province et laisser ses ministres s'occuper des affaires courantes.

« Il y a un ministre de la Santé qui est ici [et] qui, en principe, est le premier à devoir s'occuper des urgences, du CHUM etc. », dit-il en ajoutant que de toutes façons, « on n'est plus à l'ère des pigeons voyageurs et du télégraphe. M. Charest est rejoignable en tout temps. »

Quant à Jean Charest, il semble prendre l'affaire avec humour. « Généralement, quand je suis absent, ma cote de popularité monte », souligne-t-il.

D'après un reportage de Josée Thibeault et Françoise Letarte