Le Parti québécois presse le ministre de la Santé d'agir rapidement dans la foulée de la mort récente d'un sexagénaire en attente d'une chirurgie cardiaque depuis plusieurs mois.
La mort récente d'un homme en attente d'une chirurgie cardiaque depuis plusieurs mois met à nouveau en lumière les délais d'attente en chirurgie cardiaque.
Le Parti québécois exige du ministre de la Santé Yves Bolduc qu'il s'attaque de front aux problèmes des hôpitaux du Québec. Lundi, le porte-parole de la formation en matière de santé, Bernard Drainville, a pressé le ministre à sortir de son mutisme et à dire ce qu'il entend faire.
« Ce que je lui demande, c'est : "Faites votre travail de ministre, M. Bolduc, sortez, parlez, dites ce que vous allez faire. Engagez-vous à ce que ça ne se reproduise plus, ce qui s'est passé, faites votre travail de ministre. Faites preuve de leadership." », a-t-il déclaré lors d'une entrevue accordée au réseau RDI.
Le Conseil de protection des malades s'est pour sa part dit inquiet de la situation. Le porte-parole de l'organisme, Paul Brunet, craint qu'elle ne s'améliore pas de sitôt. « Il y a une atmosphère de crise qui ne se résorbera pas mathématiquement avant un certain nombre d'années », estime-t-il.
« Il faut que les choses changent », affirme de son côté le Dr Daniel Doyle, chirurgien cardiaque à l'Institut de cardiologue de Québec. Il y a des listes d'attente en chirurgie cardiaque dans tous les hôpitaux de la province, déplore-t-il, mais le phénomène est plus marqué à Montréal. Il attribue principalement la situation au manque de personnel, en particulier le personnel infirmier.
« Seulement à l'Institut de cardiologie de Montréal, dit-il à titre d'exemple, il n'y a que trois salles sur une possibilité de six parce qu'il manque de lits aux soins intensifs et, surtout, il manque de personnel pour faire fonctionner ces salles d'opération. Le problème n'est pas forcément attribué à un hôpital, mais à tous les hôpitaux de la ville de Montréal », explique-t-il.
Le Dr Doyle s'est lui-même vu imposer un quota de 50 valves qu'il peut poser à des patients cette année. Il se demande ce qu'il fera pour la 51e.
Il y a quelques années, a-t-il rappelé, il y avait dans son domaine une liste d'attente de 1200 patients. Avec les plateaux techniques ouverts par la ministre de la Santé de l'époque, Pauline Parois, elle était retombée à environ 200 ou 300 patients, a-t-il poursuivi, ajoutant qu'elle était remontée à 650.
Deux cas qui ne font pas figure d'exception
Le problème des listes d'attente a fait les manchettes ce week-end, avec la mort, vendredi, de Jean-Guy Pitre, 65 ans, qui s'était fait diagnostiquer un blocage à l'aorte en septembre dernier. Ironiquement, le quotidien La Presse avait fait état de sa situation en début de semaine.
La famille du sexagénaire déplorait les nombreux reports qui avait repoussé son intervention, alors que d'autres cas étaient jugés plus urgents. Elle affirmait pourtant que son état de santé s'était détérioré de façon marquée depuis les fêtes.
Dans son édition de lundi, le quotidien révélait le cas d'un autre patient, toujours en attente d'une intervention cardiaque après s'être vu infliger 10 reports.
Comme le révélait La Presse cette fin de semaine, l'attente qu'ont dû subir les deux hommes est loin de faire figure d'exception. Selon ce journal, à Montréal, au moins 25 % des patients sont opérés au-delà des délais.