La chef du Parti québécois, Pauline Marois, dit être en désaccord avec l'ex-chef souverainiste Lucien Bouchard, qui a profité d'une rare sortie publique, mardi, pour étaler ses états d'âme concernant le combat pour la souveraineté du Québec et le rôle que joue le parti qu'il a autrefois dirigé.
Que ce soit sur la pertinence de la cause indépendantiste ou sur les orientations du Parti québécois dans le débat identitaire, les réactions de désapprobation à l'endroit de l'ancien chef péquiste ont afflué.
« Le PQ est un parti de tolérance, d'accueil et d'ouverture. Il l'a toujours manifesté dans le passé et on continue de le manifester », a dit la chef péquiste lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale.
Mme Marois en tient pour preuve que plusieurs de ses députés sont d'origine étrangère et que son parti a appuyé la politique d'immigration préconisée par le gouvernement du Québec, contrairement à l'Action démocratique du Québec.
« Ça ne veut pas dire qu'accueillir l'autre, c'est renoncer à soi-même », a ajouté Mme Marois. « C'est d'être capable d'être soi-même, d'accueillir ceux et celles qui se joignent à la nation québécoise et identifier exactement quelles sont les valeurs auxquelles on les invite à participer. »
Lucien Bouchard
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PC/Paul Chiasson
Mme Marois refuse par ailleurs d'être qualifiée de radicale. « Je me définis comme une souverainiste qui croit à l'identité québécoise, et qui croit nécessaire de réaffirmer les valeurs fondamentales de notre nation, entre autres le fait que nous croyons à l'affirmation du fait français, que nous croyons à l'égalité entre les hommes et les femmes, que nous croyons à la séparation de l'église et de l'État. Ça, ce sont des valeurs qui nous rassemblent et qui, à mon point de vue, nous permettent d'accueillir », a-t-elle dit.
« M. Bouchard est-il devenu une belle-mère? », a lancé un journaliste. « Je pense que le fait qu'il sorte à ce moment-ci pour critiquer certaines de nos actions... J'imagine que ça doit le ranger dans ce clan », a rétorqué Mme Marois.
La chef péquiste nie par ailleurs avoir traité Gérard Bouchard d'Elvis Gratton, à l'époque où le frère de l'ex-premier ministre présidait la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.
Selon une retranscription fournie par le PQ, Mme Marois répondait à une question d'un journaliste lorsqu'elle a déclaré, en mai 2008 : « Encore un peu et on se rappellerait Elvis Gratton. Bon, écoutez, moi, je crois qu'on devrait demander le dépôt du rapport immédiatement parce que là, ça devient un peu ridicule. On commente un projet peut-être de rapport qui n'est peut-être pas celui qui sera définitif. Moi, je crois donc qu'il faut demander que le rapport soit immédiatement déposé. »
Charest saisit l'occasion
Le premier ministre du Québec, Jean Charest.
Le premier ministre Jean Charest soutient pour sa part que les propos de M. Bouchard reflètent la réalité. Il affirme notamment que Mme Marois a choisi le plus petit dénominateur commun pour faire de la politique.
Il a enfoncé le clou à plusieurs reprises lors de la période des questions, accusant Mme Marois d'oeuvrer à diviser les Québécois plutôt qu'à les unir.
Des députés péquistes à la rescousse
Au sortir de la rencontre des députés du Parti québécois, tenue plus tôt en matinée à l'Assemblée nationale, trois députés du parti, Bernard Drainville, François Gendron et Louise Beaudoin, avaient accepté de parler aux journalistes.
M. Gendron a tenté de minimiser l'affaire. Il a mentionné que M. Bouchard a le droit à son opinion, et que ses commentaires ne sont pas aussi graves que les journalistes le pensent. M. Gendron a aussi tenu à souligner qu'il respecte M. Bouchard, même s'il est en désaccord avec lui.
De son côté, Mme Beaudoin a demandé à M. Bouchard de laisser la mémoire de René Lévesque en paix. Qui sait, dit-elle, ce qu'aurait pensé le fondateur du Parti québécois s'il avait vécu dans le Québec d'aujourd'hui?
Bouchard « se trompe lourdement », selon Landry
Un des prédécesseurs de Mme Marois à la tête du Parti québécois, Bernard Landry, a réagi beaucoup plus vivement aux propos de Lucien Bouchard. Il dit être « désolé » de ces commentaires.
« Si je l'avais appris hier soir, je n'aurais pas dormi de la nuit. Parce que je trouve ça aberrant qu'une cause aussi fondamentale que l'indépendance d'un peuple soit mise de côté et qu'on dise qu'elle n'est plus réalisable. »
Lucien Bouchard, a-t-il dit, se « trompe lourdement ». « Moi, j'ai à peu près son âge et je me dis je vais tout faire pour que ça arrive de mon vivant. Quand on croit à une chose, comme un citoyen engagé, on fait en sorte que cette chose arrive, se réalise », soutient celui qui a succédé à Lucien Bouchard.
« [La souveraineté] du Monténégro a été réalisable, celle du Kosovo a été réalisable, comme les 50 autres qui se sont faites depuis la fin de la Deuxième Guerre. Et la nôtre ne serait pas réalisable? Qu'est-ce que c'est que ça? », a-t-il lancé.
Bouchard à la rescousse de Charest, d'après Lisée
Sur son blogue, Jean-François Lisée, qui a déjà conseillé Lucien Bouchard, constate que « depuis neuf ans, les interventions publiques de M. Bouchard furent rares. On me corrigera si j'en ai manqué, mais presque chaque fois, ses interventions publiques ont plutôt servi au chef du Parti libéral, Jean Charest », déplore M. Lisée.
Il reproche à M. Bouchard de s'être tu lors de la campagne électorale de 2003, qui s'est soldée par la défaite du Parti québécois. Il lui reproche aussi d'avoir lancé une bouée de sauvetage à M. Charest en cosignant le Manifeste des lucides au moment où le premier ministre était très impopulaire. Enfin, il lui en veut d'avoir appuyé la nomination à Paris de l'ex-diplomate canadien Wilfrid Licari, ami de Jean Charest, alors que la souverainiste Beaudoin s'était prononcée contre.
Jean-François Lisée écrit que Lucien Bouchard vient encore à la rescousse de Jean Charest au moment où celui-ci « est littéralement dans les câbles, notamment sur la question de l'identité ».
Une question de perspective, dit Larose
Le président du Conseil pour la souveraineté du Québec, Gérald Larose, conteste pour sa part la perspective de Lucien Bouchard sur la souveraineté. « Il n'y aura pas de rêve libérateur si on ne peut pas jouer avec l'ensemble de nos ressources, l'ensemble de nos leviers. [...] Il y aura des rêves libérateurs quand on en aura les moyens », affirme-t-il.
« Sur le fond de la question, poursuit M. Larose, [Lucien Bouchard] maintient une ligne qu'il a toujours défendue, et qui pourtant dans la réalité s'est avérée un échec. On a essayé de régler les finances publiques sans régler la souveraineté. On s'est battu [...] pour le déficit zéro, mais le fédéral n'a trouvé rien de meilleur que d'occuper l'espace et donc cette question-là n'a pas été réglée. »
Au sujet des nombreux chantiers auxquels M. Bouchard souhaite que les Québécois s'attaquent, Gérald Larose temporise. « On peut marcher et mâcher de la gomme en même temps. À mon avis, le décrochage scolaire, comme les problèmes dans les hôpitaux ou en éducation, en environnement, en développement local, en développement économique, on peut en faire des bouts, mais on sera toujours limité à partir du moment où on ne travaille qu'avec la moitié de nos ressources et le tiers des pouvoirs. »