L'Association des firmes d'ingénieurs-conseils du Québec se défend du rapport accablant sur l'entreprise BPR produit par le commissaire au lobbyisme en mettant en cause la loi encadrant cette pratique.
L'Association des firmes d'ingénieurs-conseils du Québec se défend du rapport accablant sur l'entreprise BPR du commissaire au lobbyisme du Québec en mettant en cause la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme, qu'elle juge mal définie.
Elle joint donc sa voix à l'entreprise BPR, qui affirme avoir toujours considéré les activités des ingénieurs comme des exceptions à cette législation, pour demander que des clarifications y soient apportées.
Aucun ingénieur des dix plus importantes firmes d'ingénieurs-conseils au Québec, parmi lesquelles figurent SNC-Lavalin, Roche, BPR, Dessau et CIMA, n'est enregistré au registre des lobbyistes.
Au terme de son enquête rendue publique mardi, le commissaire au lobbyisme du Québec, François Casgrain, relevait 84 infractions à la loi sur le lobbyisme et suggérait des poursuites.
Mme Desrochers précise que « les appels d'offres publics sont régis par une autre loi ».
Johanne Desrochers
« J'imagine que ce sont les tribunaux qui vont trancher », conclut-elle.
De son côté, la direction de BPR ajoute qu'elle ne connaît pas les détails des manquements signalés par le commissaire Casgrain.
La firme estime qu'elle ne peut répondre à ces affirmations tant que le commissaire ne lui aura pas transmis l'information nécessaire.
Une loi claire mais non appliquée, selon son créateur
L'ancien ministre Paul Bégin
Aux yeux de l'ancien ministre péquiste de la Justice Paul Bégin, qui a fait adopter la loi sur le lobbyisme il y a sept ans, la législation est suffisamment claire, puisque le commissaire a pu identifier des manquements à la loi, qu'il juge passibles de poursuite.
« Il ne faut pas être naïfs » en croyant que les ingénieurs ne font pas de lobbying. Selon lui, il semble plutôt que la loi n'a pas été appliquée. Il relève qu'aucune poursuite n'a été déposée contre des firmes d'ingénieurs non inscrites depuis l'existence de la loi.
« Je comprends qu'ils ne comprennent pas ou qu'ils ne veulent pas comprendre », estime M. Bégin.
Évoquant un « certain dérapage éthique », le commissaire au lobbyisme a par ailleurs précisé, dans une entrevue exclusive accordée à l'émission Enquête, qu'il songe à poser d'autres gestes, par exemple imposer des mesures disciplinaires, pour faire respecter la loi.
À l'époque, la loi sur le lobbyisme a été adoptée par l'Assemblée nationale à l'unanimité, après que plusieurs amendements eurent été apportés par les libéraux, alors dans l'opposition.
D'importants donateurs
Les firmes d'ingénieurs-conseils sont d'importants donateurs auprès des partis politiques. Dans le cas de BPR, montré du doigt par le commissaire au lobbyisme, les 13 associés de l'entreprise ont versé au Parti libéral du Québec un montant total de 163 000 $ depuis 2003. Il s'agit d'une somme de deux à trois fois supérieure à celle versée au Parti québécois.
D'après un reportage et des entrevues de Pierre Duchesne