Michael Ignatieff
Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, a réagi pour la première fois vendredi à la décision du premier ministre Stephen Harper de proroger le Parlement jusqu'au début de mars.
Le chef libéral Michael Ignatieff accuse le gouvernement d'alimenter le cynisme avec la prorogation le Parlement, mais sans le menacer d'élections. Le premier ministre Harper répond qu'il a besoin de temps pour planifier son budget.
En point de presse, M. Ignatieff a accusé le gouvernement conservateur d'alimenter le cynisme de la population avec de telles décisions.
Pour leur part, tous les députés et sénateurs libéraux seront de retour au travail dès le 25 janvier, date à laquelle les activités parlementaires auraient normalement dû redémarrer.
Ainsi, le chef libéral entamera dès la semaine prochaine une tournée des collèges et universités au Canada pour, dit-il, « combattre le cynisme ». Dès le lundi suivant, les libéraux organiseront une série de tables rondes et de discussions publiques sur les politiques du gouvernement Harper, notamment des audiences sur les changements climatiques, sur l'économie et sur la gouvernnance démocratique.
Ils auront également une session de travail sur les allégations de torture de détenus afghans transférés par les Forces canadiennes aux autorités de Kaboul.
À ce sujet, le chef libéral a rappelé que les trois partis d'opposition avaient demandé le dépôt des documents sur ces transferts de prisonniers, et que le premier ministre Harper devait écouter la volonté de la Chambre des communes.
Michael Ignatieff a soutenu que Stephen Harper avait maintenant l'habitude d'arrêter le fonctionnement du Parlement. Il dit y voir non pas une tactique politique, mais plutôt la vraie nature de son rival conservateur.
Le chef libéral estime en outre que le gouvernement nuit au travail des agences et des vérificateurs indépendants. M. Ignatieff a rappelé les cas du congédiement de l'ex-présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire, Linda Keen, le non-renouvellement du mandat du président de la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire, Peter Tinsley, et le non-renouvellement du mandat du président de la Commission des plaintes du public contre la GRC, Paul Kennedy.
« M. Harper va toujours trop loin et les Canadiens doivent le rappeler à l'ordre », a poursuivi M. Ignatieff.
Pas d'élections en vue
Toutefois, le chef de l'opposition officielle estime que le moment n'est pas venu de faire tomber le gouvernement minoritaire de Stephen Harper. Michael Ignatieff a soutenu que les électeurs canadiens lui avaient fait clairement savoir, l'automne dernier, qu'ils préféraient que le chef de l'opposition fasse son travail plutôt que de provoquer des élections générales au pays.
M. Ignatieff a dit que l'opposition officielle voulait ramener le gouvernement Harper au travail. Il a dit être prêt à collaborer avec le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique, tout en précisant que mis à part la session de travail sur les détenus en Afghanistan, les tables rondes et discussions prévues jusqu'à la mi-février seraient lancées à l'initiative du Parti libéral.
Enfin, au sujet de la nomination prochaine de nouveaux sénateurs conservateurs, qui donnerait la majorité des sièges à la Chambre haute au parti de Stephen Harper, M. Ignatieff a affirmé que les libéraux travailleraient avec les sénateurs indépendants. Il a ajouté que tout projet de réforme du Sénat devrait recevoir l'assentiment des provinces.
Harper affirme avoir besoin de temps
Stephen Harper
En conférence de presse à St. Stephens, au Nouveau-Brunswick, où il a procédé à l'inauguration d'un nouveau pont reliant le pays aux États-Unis, le premier ministre Harper a affirmé vendredi que son gouvernement utiliserait à bon escient le délai supplémentaire avant la reprise des travaux.
Dans le but de démontrer qu'il profite activement de la pause et qu'il prépare l'avenir économique du pays, il a d'ailleurs lancé la première d'une longue série de consultations prébudgétaires, qui se dérouleront d'un bout à l'autre du pays d'ici le début du mois de mars.
M. Harper a expliqué que ces consultations permettront d'entendre les suggestions des Canadiens et de concevoir une stratégie de sortie de crise et de retour à l'équilibre budgétaire, après le déficit.
M. Harper a d'ailleurs dit qu'il allait réexaminer son plan politique en vue de la prochaine année, en fonction d'un portrait économique qui sera très différent de la dernière année. Il a soutenu qu'on avait assisté à une stabilisation de l'économie ces derniers mois, et que le Canada allait maintenant vivre une reprise de l'activité économique.
Stephen Harper a aussi confirmé son intention de nommer bientôt de nouveaux sénateurs. Il a déclaré que la composition actuelle du Sénat entraînait un blocage de mesures importantes, surtout sur la criminalité.
Dans une entrevue à l'émission Les coulisses du pouvoir, qui sera diffusée dimanche, le premier ministre Stephen Harper a affirmé qu'il pourrait faire de la prorogation des travaux parlementaires une habitude annuelle.
Le gouvernement conservateur a annoncé que les travaux reprendraient le 3 mars prochain, après les Jeux olympiques de Vancouver, avec un discours du Trône. Suivra le dépôt du budget fédéral, le 4 mars.