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Politique

Prorogation du Parlement

Harper en remet

Mise à jour le vendredi 8 janvier 2010 à 9 h 12

Exclusif

Le premier ministre Stephen Harper ne ferme pas la porte à la possibilité de proroger de nouveau le Parlement, au point de parler d'en faire une habitude annuelle.

Au cours d'une entrevue accordée à l'émission Les Coulisses du pouvoir, qui sera diffusée le week-end prochain sur les ondes de Radio-Canada et de RDI, il répond aux nombreuses critiques émises par les partis d'opposition en brandissant des sondages selon lesquels la prorogation du Parlement n'est pas une priorité pour les Canadiens.

Selon lui, les sessions parlementaires devraient durer environ une année. « Le gouvernement devrait examiner son agenda, ses priorités et faire des changements », croit-il.

Je pense que ce n'est pas une bonne idée d'avoir des sessions de deux à trois années.

— Le premier ministre Harper

Une décision critiquée

Plusieurs électeurs ne voient pas la chose du même oeil, si on se fie à un sondage Ekos/CBC publié jeudi. La maison de sondage a demandé aux personnes sondées qui étaient au courant de la prorogation du Parlement (soit un peu plus des deux tiers de l'échantillonnage) si elles étaient en accord avec cette décision. 58 % des Canadiens interrogés ont signifié leur opposition (de vive à modérée), tandis que 31 % ont indiqué qu'ils la soutenaient.

Le sondage a été réalisé les 5 et 6 janvier auprès de 1114 Canadiens. La marge d'erreur est de 2,4 % 19 fois sur 20.

La prorogation du Parlement ne plaît pas davantage au magazine britannique The Economist, qui y consacre un article ainsi qu'un éditorial cinglant dans son édition de cette semaine.

Les ministres canadiens, semble-t-il, forment une bande de Gerald Ford. Tout comme le président américain, qui ne pouvait pas à la fois marcher et mâcher de la gomme, ils ne peuvent apparemment pas gérer les débats au Parlement tout en faisant face aux problèmes économiques du pays et au défi d'accueillir les Jeux olympiques d'hiver [de Vancouver].

— Éditorial de The Economist

Expliquant que la prorogation permettra au gouvernement Harper d'éviter des tirs nourris de l'opposition au sujet du transfert de détenus afghans et possiblement aussi au sujet de « son absence de politique visant à réduire les abondantes émissions de carbone du Canada », l'éditorialiste écrit que les différents comités chargés de scruter le travail du gouvernement devront être recomposés en mars. Il ajoute qu'à ce moment, les conservateurs reprendront en outre le contrôle de la Chambre haute.

N'écoutez pas ses conseillers en communication: le geste de M. Harper semble ne répondre qu'à ses seuls intérêts.

— L'éditorial de The Economist

L'article de The Economist

Si un porte-parole du gouvernement a fait valoir que la pause de 63 jours entre la session prorogée et la reprise parlementaire est plus courte que la moyenne de 151 jours des pauses depuis 1867, le magazine argue pour sa part que la pause parlementaire moyenne au cours des 30 dernières années n'a été que de 22 jours.

On lit par ailleurs dans l'article que « M. Harper a établi un précédent que plusieurs constitutionnalistes considèrent comme dangereux. Le fait que le premier ministre mette un terme à la discussion quand il le désire fait naître le danger de rendre le Parlement redevable au premier ministre plutôt que l'inverse. »

Doté d'un tirage d'environ 1,4 million d'exemplaires, dont la moitié en Amérique du Nord, The Economist a appuyé M. Harper lors des campagnes électorales de 2006 et de 2008.

Le bureau du premier ministre a refusé de commenter les propos du magazine.

Une institution à réformer

Alors que le gouvernement consevateur s'apprêterait à nommer cinq nouveaux sénateurs, le premier ministre Harper a par ailleurs affirmé au journaliste Daniel Lessard qu'il était prêt à réformer le Sénat.

Cette institution est une institution du 19e siècle.

— Le premier ministre Stephen Harper

Il voudrait notamment en faire une chambre élue, et déplore le peu de collaboration des provinces. Il oppose cependant une fin de non-recevoir aux demandes du premier ministre Jean Charest, qui souhaiterait que le Canada ouvre la Constitution pour revoir le rôle du Sénat.

« Je suis convaincu qu'on peut réformer des choses seulement étape par étape et je veux voir la première étape, c'est essentiel », a-t-il répondu au journaliste Daniel Lessard. « On peut discuter [d']une réforme plus sérieuse après ça », ajoute-t-il.

Il a par ailleurs affirmé que les Canadiens ne devaient pas s'attendre à de nouvelles compressions budgétaires. Enfin, il maintient que le Canada retirera ses troupes d'Afghanistan comme prévu, en 2011.

L'entrevue sera diffusée à l'émission Les Coulisses du pouvoir, dimanche, à 11 h, à Radio-Canada, et en rediffusion sur les ondes de RDI, toujours dimanche, à 12 h 30 et à 18 h.