Le ministre Yves Bolduc
Pour le ministre québécois de la Santé, le fait que Québec ait interprété en fonction d'une norme de qualité qui n'est pas la plus élevée les analyses des 2856 tests de diagnostic de traitement pour le cancer du sein reprises par un laboratoire américain ne pose pas de problème.
Le ministre de la Santé du Québec affirme qu'il n'existe pas de consensus médical sur la norme de prescription de l'hormonothérapie, que la Fédération des médecins spécialistes voudrait voir resserrée au maximum, à la suite de la reprise de tests erronés.
À la suite d'un point de presse sur un autre sujet, le ministre Yves Bolduc a dû répondre à de nombreuses questions sur cette controverse. À de multiples reprises, il a dit faire confiance aux experts qui ont conseillé son ministère. Il a de plus affirmé qu'il n'existait aucun consensus médical quant au seuil au-delà duquel l'hormonothérapie est considérée comme une réponse appropriée pour combattre un cancer du sein.
Le ministre a soutenu que tous les experts s'entendent pour dire que le test pour les récepteurs hormonaux ER et PR est considéré positif lorsque le seuil de 10 % est atteint et qu'il ne l'est pas à un seuil de 0 %. Ce seuil indique le nombre de cellules susceptibles de bien répondre au traitement d'hormonothérapie.
Entre les deux, a-t-il martelé, les experts québécois qui l'ont conseillé, qu'il a qualifiés de « sommités mondiales », affirment qu'aucun consensus n'existe. « Si les experts font un consensus, on va le respecter », a-t-il assuré.
Or, les experts qui se réfèrent aux normes les plus sévères considèrent ce test comme positif lorsque le seuil de 1 % est atteint. Cette norme est notamment utilisée par le laboratoire PhenoPath de Seattle, à qui le gouvernement du Québec a demandé d'analyser à nouveau des tests potentiellement erronés effectués dans la province. Ce seuil est également utilisé par plusieurs laboratoires du Québec, mais pas par tous. Certains utilisent plutôt un seuil de 10 %.
Le choix du gouvernement du Québec ne manque pas d'étonner, étant donné que le Dr André Robidoux, président du comité d'experts qui a recommandé la reprise de ces tests, utilise lui-même la norme de 1 % dans sa pratique.
Revendication d'une norme unique
L'opinion du ministre Bolduc n'est pas partagée par le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Gaétan Barrette. Ce dernier soutient que Québec aurait dû retenir la norme la plus sévère, une norme qu'il demande au gouvernement d'imposer d'un bout à l'autre de la province.
Tableau illustrant les approches distinctes utilisées par des laboratoires et celles préconisées par le gouvernement du Québec.
« C'est un peu comme si, demain, on mettait la limite de vitesse à 160 km/h sur les autoroutes. Il n'y en aura pas de contraventions », explique le président de la FMSQ, Gaétan Barrette. « Là, on a choisi un seuil à 10 %, qui est un seuil très élevé, qui par définition fait que c'est un petit nombre [de faux négatifs] qu'on va trouver. »
Le Dr Barrette souligne également que le Dr Bernard Têtu, président du Comité consultatif en anatomopathologie, a pour sa part recommandé dans un article scientifique très récent que le Canada adopte la norme de 1 %.
La présidente de l'Ordre professionnel des technologues médicaux du Québec, Nathalie Rodrigue, soutient elle aussi que Québec doit imposer la norme de 1 % partout dans la province. Le porte-parole de la Coalition Priorité Cancer, le Dr Pierre Audet-Lapointe, appuie cette demande.
Près de 90 résultats erronés
La veille, le ministre Bolduc et les médecins qui l'accompagnaient, les Drs André Robidoux et Bernard Têtu, ont donné les résultats de la reprise des tests, obtenus en utilisant le seuil de 10 %.
Ainsi, 87 femmes avaient reçu un résultat faussement négatif. Parmi celles-ci, 39 ont vu leur traitement modifié à la lumière des nouveaux résultats. Si le gouvernement avait retenu la norme de 1 %, le nombre de « faux négatifs« aurait vraisemblablement été beaucoup plus élevé.
Au cabinet du ministre Bolduc, on explique cependant que les médecins responsables des patientes concernées par les tests repris ont reçu les résultats complets, et qu'ils peuvent eux-mêmes ajuster le traitement en conséquence.
Ainsi, une patiente dont 6 % des cellules réagiraient au test pour les récepteurs hormonaux ER et PR a pu voir son traitement modifié à la suite du test du laboratoire PhenoPath.
Cette femme n'aurait cependant pas été comptabilisée comme l'une des 39 patientes dont le traitement a dû être modifié à la suite de ces tests, comme l'a annoncé mercredi le gouvernement du Québec. Ces 39 cas ne concernaient que des femmes dont 10 % des cellules réagissaient favorablement au test pour les récepteurs ER et PR.