Mine d'amiante (archives)
Les autorités rendront public un rapport, produit depuis plusieurs mois, sur les risques de cancer liés aux fibres d'amiante à Thetford Mines.
C'est la semaine prochaine que sera dévoilé le rapport qui fait état des risques de cancer liés à la présence de fibres d'amiante dans l'air de Thetford Mines, l'unique ville canadienne où l'on extrait encore ce minerai.
L'étude, fournie par l'Institut national de santé publique du Québec, n'a pas encore été rendue publique par l'Agence de la santé et des services sociaux de Chaudière-Appalaches, même si elle le détient depuis mars dernier.
L'étude a été commandée en novembre 2007 dans la foulée de la publication de rapports contradictoires sur la menace que représentent les fibres d'amiante présentes dans l'environnement de la mine, qui emploie encore 400 personnes. Il s'agit de la première étude canadienne sur des cas de cancer liés à ce minerai dans une région spécifique.
Des délais normaux?
Une source au sein de l'Institut, qui connaît l'existence du document, mais qui n'a pas participé à sa rédaction, admet que le délai de publication est « très inhabituel » et « anormal ». Une porte-parole de l'organisme a cependant expliqué que le processus d'examen des rapports prenait habituellement 60 jours, mais qu'il pouvait prendre jusqu'à 8 mois, conformément aux lois provinciales. Les autorités provinciales ont rempli leur mission en remettant l'étude à l'Agence de la santé et des services sociaux de Chaudière-Appalaches au printemps, a-t-elle dit, et c'est à elle de la rendre publique. La date de publication initialement prévue était le 15 novembre.
Questionné à ce sujet par le député péquiste Bernard Drainville à l'Assemblée nationale, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a justifié le délai pour la publication du rapport. « La rigueur scientifique demande, en temps et lieux, de rendre disponible les rapports. Plutôt que de crier au loup, qu'il [le député Drainville] attende le rapport et ceux qui ont l'autorité de remettre le rapport », a déclaré le ministre.
Pour sa part, le maire de Thetford Mines se fait rassurant sur les conclusions de l'étude. « Il est 1000 fois plus dangereux de fumer que de respirer l'air ambiant à Thetford Mines. Il est 100 fois plus risqué d'avoir un accident de voiture et d'en mourrir, pendant 35 ans, que d'avoir un cas de cancer lié à l'amiante à Thetford Mines », illustre Luc Berthold.
Des cancers en hausse
Le Canada continue d'exporter de l'amiante, essentiellement vers des pays en développement, malgré plusieurs études faisant état du risque cancérigène de l'amiante. Le nombre de cancers liés à l'amiante est d'ailleurs en hausse. Selon Statistique Canada, le mésothéliome, une forme de cancer virulente causée essentiellement par l'exposition à l'amiante, a tué 32 % plus de Canadiens en 2005 qu'en 2000.
Selon les experts, les personnes atteintes d'une maladie reliée à l'amiante après y avoir été exposées la développent dans une période de 25 à 40 ans. Ils prédisent donc que le nombre de décès continuera de grimper pendant plusieurs années.
Des dizaines de spécialistes de la santé ont par ailleurs envoyé une lettre, mercredi, à la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, dans laquelle ils réclament un resserrement des normes encadrant l'exposition des travailleurs à l'amiante.
L'industrie québécoise de l'amiante affirme que le minerai qu'elle extrait est parfaitement sécuritaire lorsque certaines précautions sont prises. Le gouvernement du Québec, le Bloc québécois et le Parti conservateur du Canada défendent la même position.