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Politique

Industrie de la construction

Les arguments de la FTQ

Mise à jour le jeudi 17 décembre 2009 à 9 h 52

Construction à Boisbriand

Construction à Boisbriand

À l'Assemblée nationale, la commission parlementaire de l'économie et du travail a entrepris mardi ses consultations préalables au dépôt d'un projet de loi visant à lutter contre la criminalité dans l'industrie de la construction.

De l'avis du ministre du Travail, Sam Hamad, Québec veut « barrer la route pour chaque entrepreneur malhonnête dans cette industrie-là ». Le gouvernement du Québec songe ainsi à s'accorder la possibilité de retirer la licence de tout entrepreneur, administrateur ou actionnaire reconnu coupable d'une infraction criminelle.

D'entrée de jeu, c'est la FTQ-Construction, durement touchée par des allégations selon lesquelles elle entretiendrait des liens avec le crime organisé, qui a déposé un mémoire devant la commission parlementaire.

Interrogé par M. Hamad, le directeur général de la FTQ-Construction, Richard Goyette, a défendu l'intégrité de son syndicat. Selon lui, le problème du crime organisé sur les chantiers de construction est amplifié et ne mérite pas de faire l'objet d'une enquête publique.

M. Goyette demande plutôt au gouvernement de lutter contre le travail au noir, qui peut servir à blanchir de l'argent, et la précarité des emplois dans le secteur de la construction. Selon lui, les problèmes prépondérants sur les chantiers de construction opposent essentiellement travailleurs et employeurs. Ces derniers gonflent les heures de travail indûment et n'assurent pas la sécurité de leurs employés.

Le vice-président de l'Association de la construction du Québec, René Hamel, soutient lui aussi qu'on accuse à tort l'ensemble de l'industrie. « Il y a 125 000 travailleurs dans l'industrie de la construction. Ce n'est pas une industrie de cowboys, ce n'est pas une industrie de criminels. On en est assurés. »

Le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec affirment de leur côté que la commission parlementaire sur le projet de loi du gouvernement sert essentiellement à faire diversion aux nombreux appels de la société civile en faveur d'une commission d'enquête publique.

Des liens troublants à la FTQ

Le 31 mars, la SQ a mené une perquisition dans l'édifice de la FTQ, plus précisément dans les bureaux du Fonds de solidarité, dans le cadre d'une enquête sur du blanchiment d'argent dans des compagnies de construction. Les bureaux du Syndicat des métiers de la truelle, affilié à la FTQ-Construction, ont aussi été perquisitionnés le 12 mai, avant qu'une nouvelle perquisition ne soit menée deux jours plus tard dans les bureaux de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de Solidarité FTQ à Montréal.

Le 22 septembre, Radio-Canada a aussi révélé que l'ex-président de la FTQ-Construction, a fait appel à un de ses nombreux contacts avec des membres du crime organisé, le Hell's Angels Jacques Israël Émond, pour convaincre un candidat à sa succession de retirer sa candidature et de voter pour le candidat de Jocelyn Dupuis, Richard Goyette. Le candidat en question, Dominic Bérubé, a effectivement retiré sa candidature et M. Goyette a été élu par deux voix de majorité.

Radio-Canada avait précédemment révélé les notes de frais faramineuses présentées par M. Dupuis alors qu'il était en fonction. Sur quatre de ces factures figurait le nom de Raynald Desjardins, condamné par le passé à 15 ans de prison pour trafic de drogues. M. Desjardins a déjà été un des hommes forts du clan mafieux des Rizzuto et a aussi été proche de l'ex-chef des Hell's Angels, Maurice « Mom » Boucher.

Contre une enquête publique

M. Goyette s'est par ailleurs prononcé contre une enquête publique. Cette conviction n'a pas été ébranlée par le fait que l'Association des procureurs de la Couronne du Québec et l'Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ) se prononcent maintenant en faveur d'une telle procédure.

Que la FTQ-Construction soit très claire là-dessus: elle a toujours privilégié une enquête policière et certainement qu'on ne se rendra pas coupable d'avoir foi dans nos institutions policières.

— Richard Goyette

En conférence de presse après sa comparution, M. Goyette a fait valoir que la loi québécoise qui encadre les commissions d'enquête entraîne de véritables inquisitions. Cette loi, a-t-il dit, devrait être modifiée avant qu'une nouvelle commission puisse avoir lieu.

Les commissions d'enquête, parfois, ce n'est pas pour faire la vérité, c'est pour s'amuser, créer un show, et agir après ça de façon concertée.

— Richard Goyette

Interrogé sur l'appui de l'APPQ à la tenue d'une enquête publique, le directeur général de la FTQ-Construction a eu une réaction pour le moins singulière pour un chef syndical. « Est-ce que c'est le syndicat des policiers ou les policiers qui ont affirmé [qu'une enquête publique était nécessaire]? Moi, je crois plus aux policiers. Probablement que leur syndicat croit en eux », a-t-il dit.

Légiférer plutôt qu'enquêter

Pendant que M. Goyette témoignait devant la commission parlementaire, le président de la Fédération des travailleuses et des travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arsenault, rencontrait le ministre des Affaires municipales du Québec, Laurent Lessard.

Au terme de cette rencontre, M. Arsenault a lui aussi déclaré qu'il préférait que le gouvernement légifère pour régler les problèmes de collusion et de corruption impliquant des entrepreneurs et des municipalités qui ont marqué les dernières élections municipales. Il n'a toutefois pas exclu la possibilité que le gouvernement doive instaurer une commission d'enquête publique.

« À défaut de légiférer maintenant, le gouvernement devra se résoudre à convoquer une enquête publique qui nous révélera ce qu'on sait déjà des pratiques abusives et des failles dans le processus d'attribution des contrats et, de toute façon, on devra légiférer. Ce sera seulement un peu plus long », a déclaré mardi matin le président de la centrale syndicale.

M. Arsenault utilise le même argument en ce qui concerne le financement des partis politiques. Les récents scandales mis au jour par Radio-Canada et La Presse dans ce dossier ont dévoilé le fait que les partis politiques municipaux obtiennent indirectement du financement de grandes entreprises. Des dons sont en fait effectués par des employés, qui sont ensuite remboursés par leur organisation.

« Tous partis confondus à l'Assemblée nationale connaissent les failles législatives qui permettent à des individus ou des organisations de contourner l'esprit et la lettre de la Loi sur le financement des partis politiques », dit-il. « Qu'ils légifèrent donc pour colmater ces brèches ou bien qu'ils se résignent à l'enquête publique. »

Le 30 octobre dernier, Michel Arsenault avait déclaré ne pas vouloir de commission d'enquête publique sur les allégations de collusion et de corruption dans le milieu municipal, sous prétexte qu'elle ne serait qu'un spectacle pour les journalistes. Il préférait, à l'instar du gouvernement Charest, laisser les policiers poursuivre leurs enquêtes.

Lors de sa rencontre avec M. Lessard, M. Arsenault était accompagné de Monique Côté et de Michel Parent, du Syndicat canadien de la fonction publique. Le président de la FTQ a demandé que les syndicats du secteur municipal siègent au comité d'experts qui conseillera le ministre en vue de la loi sur la gouvernance dans les municipalités.

« Ce sont eux et elles les véritables experts sur le terrain qui peuvent identifier les dysfonctionnements, les pratiques abusives, coûteuses; il faut garder à l'esprit que les employés de la fonction publique municipale sont les chiens de garde, les yeux et les oreilles des citoyens », affirme-t-il.

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