Des échanges houleux

La ministre Julie Boulet à l'Assemblée nationale, le 18 novembre 2009 La ministre Julie Boulet à l'Assemblée nationale, le 18 novembre 2009   © PC/Jacques Boissinot

L'opposition continue de réclamer la tête de la ministre des Transports, Julie Boulet, dans la foulée des soupçons de collusion au ministère des Transports. Celle-ci annonce de son côté qu'un rapport vient d'être transmis à la Sûreté du Québec.

Le rapport du vérificateur général du Québec faisant état de nombreuses irrégularités au sein du ministère des Transports n'a pas fini de faire des vagues à l'Assemblée nationale.

Alors que l'opposition continue de réclamer sa tête, la ministre Julie Boulet a annoncé qu'un rapport sur un cas de collusion venait d'être transmis à la Sûreté du Québec, des années après sa rédaction. Dans son rapport, Renaud Lachance, s'est dit étonné que le ministère n'ait jamais transmis aux autorités compétentes ce document, rédigé en 2004.

En entrevue à Radio-Canada, la ministre Boulet s'est pour sa part dite « choquée » de la situation. « On a fait les démarches à l'interne, mais le sous-ministre [qui était en poste en 2004, Florent Gagné] a jugé qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes pour transmettre ces documents-là à la Sûreté du Québec à l'époque », a-t-elle dit. Elle a estimé que M. Gagné avait l'expertise pour prendre une telle décision, puisqu'il avait déjà été directeur général de la SQ.

« En aucun temps, [le sous-ministre de l'époque] n'a avisé ni le Cabinet, ni le ministre de ce dossier-là. » — La ministre Julie Boulet

« Dorénavant, à l'avenir, lorsqu'il y a aura un tel cas, les documents seront transmis à la Sûreté du Québec », a-t-elle assuré. Elle a ajouté qu'elle avait demandé à son sous-ministre de l'aviser de tous les cas problématiques.

Un débat houleux

À la période des questions à l'Assemblée nationale, la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, a réclamé une nouvelle fois la tenue d'une enquête publique pour faire la lumière sur les soupçons de collusion au ministère des Transports.

Invoquant les conclusions du vérificateur général, qui soulignait notamment que le ministère contourne ses propres règles d'attribution de contrats et qu'il a même fourni à certaines occasions des prétextes au Conseil du Trésor pour parvenir à ses fins, elle a également demandé de nouveau la démission de la ministre Boulet.

Le leader adjoint du gouvernement, Claude Béchard, a contre-attaqué en évoquant le conjoint de Mme Marois, Claude Blanchet, ancien président de la Société générale de financement (SGF). Il « détenait des titres ne faisant pas l'objet d'une fiducie sans droit de regard dans des entreprises qui faisaient affaire avec la SGF et qui bénéficiaient de contrats avec le gouvernement », a-t-il critiqué.

« Pendant sa présidence, il a détenu des titres de compagnies importantes qui brassaient des millions de dollars en collaboration avec les ministères du gouvernement et des sociétés comme la Caisse de dépôt et Hydro-Québec », a déclaré M. Béchard au sujet de Claude Blanchet, citant un article paru dans Le Soleil de Québec. Il a conclu son intervention en réclamant la démission de la chef de l'opposition officielle.

Piquée au vif, Mme Marois a répondu: « On envoie le petit dernier pour faire la sale job ». Sans répondre aux déclarations de M. Béchard, la chef de l'opposition a déclaré que « les tentatives de diversion du gouvernement » ne l'atteignaient pas. « Dans mon cas, tout était public depuis 10 ans, je n'avais rien et je n'ai rien à cacher. Qu'a à cacher le premier ministre pour empêcher la tenue d'une enquête publique dans le secteur de la construction? » s'est interrogée Mme Marois.

M. Béchard a répliqué en allant dans le détail. Il a affirmé que le conjoint de Mme Marois détenait des titres dans la compagnie Aecon qui a obtenu en 2002 un contrat de 61 millions de dollars pour la construction du barrage de Toulnustouc d'Hydro-Québec. « Si elle n'a rien à cacher, pourquoi a-t-elle tenté d'empêcher la publication de l'article de ce matin [du Soleil]? » s'est interrogé M. Béchard, en ajoutant que ces pratiques n'étaient pas seulement « des conflits d'intérêts, mais du cover-up ».

En réponse, Pauline Marois a renouvelé sa demande de démission de la ministre Julie Boulet, évoquant les exigences imposées par les « us et coutumes ». Elle a également indiqué qu'il était de la responsabilité de la ministre de démissionner.

Revenant à la charge, M. Béchard a demandé à Mme Marois des explications sur le fait que M. Blanchet avait des actions dans SNC-Lavalin en 1999 et que, la même année, la SGF avait une participation de 20 % dans un projet de magnésium à Asbestos.

Lors d'un point de presse qui a suivi les échanges en chambre, le ministre Béchard a nié que les libéraux avaient tenté de faire diversion.

La ministre Normandeau insultéeLa vice-première ministre, Nathalie Normandeau, n'a pas apprécié son échange informel avec le député péquiste Jean-Martin Aussant. À l'Assemblée nationale, mais hors micro, celui-ci lui a dit à deux reprises de « fermer sa gueule ». « Comme femme, je me suis sentie heurtée dans les propos qu'il a tenus », a-t-elle soutenu, réclamant des excuses au nom des « femmes qui sont à l'Assemblée nationale ».

Le député de Nicolet-Yamaska a fait savoir qu'il ne comptait pas s'amender, affirmant que Mme Normandeau l'avait de son côté qualifié d'« épais ». « Va-t-elle s'excuser au nom des hommes du Québec? a-t-il ironisé dans un communiqué de presse émis par la suite. Selon lui, la réaction de la ministre n'est qu'une manoeuvre de diversion du gouvernement pour échapper aux questions de l'opposition sur les allégations de corruption dans le milieu de la construction.