Le registre des armes à feu pourrait franchir une nouvelle étape vers le démantèlement complet mercredi prochain. Le projet de loi C-391 présenté à la Chambre des communes par la députée conservatrice Candice Hoeppner vise à éliminer l'enregistrement des armes d'épaules et à supprimer les données actuellement incluses dans le registre.
Les conservateurs lancent une série de publicités radio pour convaincre les députés libéraux et néo-démocrates de voter pour le projet de loi privé visant à éliminer l'enregistrement des armes d'épaules.
Le Parti conservateur a lancé une campagne publicitaire dirigée spécifiquement vers certains députés de l'opposition susceptibles de voter à ses côtés. Étant donné qu'il s'agit d'un projet de loi privé, c'est-à-dire d'une initiative d'un député et non du gouvernement, la ligne de parti ne s'appliquera pas, et les députés seront ainsi libres de voter comme ils le désirent.
La publicité radiodiffusée dans des circonscriptions rurales invite les gens à contacter directement leur député pour lui demander de voter pour le démantèlement du registre. « Le vote va être serré. Tous les votes compteront », peut-on entendre dans la publicité radio, qui insiste par ailleurs sur l'importance de « protéger notre mode de vie local ».
Mais cette campagne irrite certains députés néo-démocrates et libéraux. « Les conservateurs dépensent beaucoup d'argent dans ma circonscription pour essayer de me tordre le bras pour me forcer à voter selon leur idéologie. Je n'ai pas besoin des conservateurs pour me dire comment voter », a affirmé le député néo-démocrate Claude Gravelle, de la circonscription ontarienne de Nickel Belt. M. Gravelle a cependant refusé de dire s'il allait voter pour ou contre l'abolition du registre des armes à feu.
« Le fait qu'il continue à y avoir des annonces, même après que j'ai dit la semaine passée que j'allais appuyer le projet de loi, je trouve que c'est insultant pour les gens de la région. C'est presque comme dire des mensonges », a déclaré pour sa part le député libéral Anthony Rota, de la circonscription ontarienne de Nipissing-Timiskaming.
Le député libéral Wayne Easter affirme quant à lui que ces publicités pourraient même avoir l'effet inverse que celui escompté par les conservateurs. « J'avais l'intention de voter en faveur du projet de loi privé. À cause de la campagne publicitaire et de leur mauvaise représentation des faits, je pourrais changer d'idée », a lancé le député de la circonscription prince-édouardienne de Malpeque.
Un projet de loi véritablement « privé »?
La présidente de la Coalition pour le contrôle des armes, Wendy Cukier, pense qu'il ne s'agit pas véritablement d'un projet de loi privé. Elle croit que le gouvernement conservateur a plutôt choisi de présenter ce projet de loi par l'intermédiaire de la députée Hoeppner, car c'était la seule façon de le faire passer.
« C'est très clair qu'il s'agit d'un projet de loi gouvernemental déguisé en projet de loi privé », a-t-elle fait valoir. La campagne publicitaire est d'ailleurs payée par le parti plutôt que par la députée elle-même, a-t-elle fait remarquer.
La Coalition pour le contrôle des armes et l'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) souhaitent en conséquence que les chefs libéral Michael Ignatieff et néo-démocrate Jack Layton exigent de leurs députés de se conformer à la ligne du parti et votent contre le projet de loi de Mme Hoeppner.
Les députés du Bloc québécois, qui n'étaient pas visés par la campagne publicité des conservateurs, affirment pour leur part qu'ils voteront tous contre le projet de loi, même si le vote sera libre.