Vifs débats sur une enquête

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne

Les possibles liens entre le financement des partis au Québec et l'industrie de la construction ont alimenté des débats houleux à l'Assemblée nationale, mercredi.

À l'Assemblée nationale, péquistes et libéraux ressassent de vieilles histoires à l'occasion des échanges concernant la possibilité de tenir une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction.

Pauline Marois lors des débats à l'Assemblée nationale Pauline Marois

La chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, a rappelé qu'à l'hiver 2000, l'Association canadienne de la construction avait invité Jean Charest, alors lui-même chef de l'opposition, à son congrès à Puerto Vallarta, au Mexique, en lui payant son billet d'avion et ses frais de séjour, mais pas ceux de sa famille. Cette affaire avait été relatée dans les quotidiens La Presse et The Gazette, en juin 2000.

Se servant de cet exemple durant les débats, Mme Marois a demandé au premier ministre Charest s'il privilégiait ses intérêts au détriment de ceux de la population québécoise. M. Charest a répondu en demandant à la chef du Parti québécois de faire preuve de plus de retenue, elle qui « vit dans une maison de verre ».

Il faisait référence au Groupe Réflexion Québec, dont le financement avait soulevé des questions à l'époque où Mme Marois tentait de mousser sa candidature à la direction du PQ, en 2004, moins d'un an avant le départ de Bernard Landry et la course qui a finalement couronné André Boisclair. Pauline Marois avait alors expliqué que le financement de ce groupe provenait de « dons d'amis », et qu'il ne s'agissait ni d'un comité électoral ni d'un comité de financement de sa course à la direction.

Jean Charest lors des débats à l'Assemblée nationale Jean Charest

Le leader parlementaire adjoint du gouvernement, Claude Béchard, a rappelé que Mme Marois avait refusé de dévoiler les noms de certains des donateurs qui l'avaient soutenue à l'époque.

En point de presse, après la période des questions, Mme Marois a martelé qu'elle n'avait jamais contourné les règles en vigueur, et qu'aucun don d'entreprise ou de plus de 3000 $ n'avait été fait à Groupe Réflexion Québec. La chef du PQ a affirmé que le fonds en question n'était plus actif, même s'il apparaît toujours au registre des entreprises du Québec (# 1162087325).

De son côté, le premier ministre Charest a affirmé que le Parti libéral n'acceptait aucun don de plus de 200 $ en argent comptant. Il a ajouté qu'il demandait aux membres du parti de respecter la Loi électorale, et que lorsque cela n'était pas fait, des mesures étaient prises. Son porte-parole Hugo D'Amours a indiqué aux journalistes que M. Charest avait déjà admis en 2000 qu'il avait commis une erreur en acceptant l'invitation payée d'entrepreneurs en construction, ajoutant qu'il arrivait d'Ottawa et que ce genre de pratique était fréquent au fédéral.

Une motion à débattre

L'opposition à l'Assemblée nationale tente toujours de convaincre le gouvernement de tenir une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction au Québec. Une motion de l'opposition était d'ailleurs débattue en fin d'après-midi.

« Que l'Assemblée nationale exige une commission d'enquête publique et indépendante portant sur l'ensemble de l'industrie de la construction au Québec. » — Texte de la motion

Le gouvernement continue de fermer la porte à une enquête publique sur le financement des partis au Québec et sur de possibles liens avec des entrepreneurs en construction. Rappelons que Radio-Canada a révélé récemment l'existence d'une collusion entre les grandes entreprises de construction. Le gouvernement répète que plusieurs enquêtes policières sont en cours.

Sylvie Roy lors des débats à l'Assemblée nationale Sylvie Roy

À ce sujet, la chef intérimaire de l'Action démocratique du Québec, Sylvie Roy, a laissé entendre mercredi qu'il pourrait y avoir de l'ingérence politique dans les enquêtes en cours. « Des suspects sont prévenus qu'il y a des enquêtes qui se déroulent sur eux, je demande au ministre de la Sécurité publique de le vérifier, puis il me dit que non, il n'en est pas question, et qu'il le sait », a expliqué Mme Roy.

À l'Assemblée nationale, le ministre Jacques Dupuis a nié toute forme d'ingérence politique dans ces enquêtes. Mardi, le ministre Claude Béchard a estimé qu'une enquête publique pourrait empêcher d'agir rapidement dans ce dossier. Il a toutefois ajouté que « la patience a ses limites », et qu'il s'attendait à de l'action bientôt.

Le ministre Béchard a annoncé par ailleurs qu'il était prêt à déposer un projet de loi modifiant les règles des courses à la direction et du financement des partis municipaux. L'appui de l'opposition est nécessaire pour modifier la Loi électorale.