Les libéraux en conseil général à Drummondville.
Jean Charest obtient le feu vert des militants libéraux pour augmenter les taxes et les tarifs des services publics. De nombreux acteurs du milieu collégial dénoncent l'imposition proposée de droits de scolarité.
Les Québécois doivent s'attendre à des hausses de taxes et de tarifs des services publics. C'est le message qu'a lancé le premier ministre dans son discours de clôture du Conseil général du Parti libéral, à Drummondville.
Jean Charest a obtenu de ses militants une grande marge de manoeuvre pour revenir au déficit zéro. Ils ont recommandé ce week-end une hausse des tarifs d'électricité, l'implantation de postes de péage sur les autoroutes montréalaises, l'imposition de droits de scolarité au cégep et d'une taxe sur la malbouffe, ainsi que l'augmentation de la taxe sur l'alcool.
Les délégués ont aussi ramené sur la table l'idée de créer une caisse santé, de façon à mettre de l'argent de côté pour le système de santé avec le vieillissement de la population. Un système qui gruge déjà 45 % du budget de l'État.
Avec la crise, les nouveaux mots d'ordre du premier ministre sont: rigueur et discipline dans les finances publiques. Et les Québécois seront appelés à y contribuer.
En conférence de presse, il a laissé entendre que les employés de l'État ne seront pas épargnés, avec la série de négociations qui s'entament pour le renouvellement des conventions collectives. « On ne peut pas juste agir sur les tarifs, il faut aussi regarder la colonne des dépenses. »
Le premier ministre ne semble pas vouloir s'attaquer aux garderies à 7 $ ni au système de santé. Il a insisté à plusieurs reprises sur les « avantages économiques » que représentent ces services, malgré leur coût important.
Jean Charest refuse cependant de se positionner sur les recommandations de ses militants. « On veut engager les discussions et permettre aux Québécois de s'exprimer », a-t-il martelé. Ils auront l'occasion de le faire lors des consultations prébudgétaires, promet-il.
Les cégeps en colère
La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) a qualifié « d'erreur historique » l'adoption d'une motion pour imposer des frais de scolarité au cégep.
La Fédération nationale des enseignants et des enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN) a pour sa part rappelé que les étudiants paient déjà des frais afférents et juge que si le gouvernement emprunte cette voie, il va à l'encontre de l'objectif d'assurer une plus grande fréquentation des cégeps.
Le président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep, affiliée à la CSQ (FEC-CSQ), abonde dans le même sens.
Il craint en effet que cela ne donne lieu à une baisse des inscriptions, ce qui se traduirait par une diminution de la main-d'oeuvre, alors qu'on prévoit un manque de 700 000 travailleurs au Québec.
Pour sa part, l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) trouve inacceptable l'idée d'une hausse de frais au cégep. « Encore une fois, le gouvernement libéral poursuit une logique d'utilisateur-payeur néfaste pour les étudiants et étudiantes, leur faisant payer la note des dérives du système économique mis de l'avant par ce même gouvernement », a déclaré dans un communiqué le porte-parole de l'ASSÉ, Christian Pépin.
Un manque de courage, dit le PQ
Pauline Marois rend hommage à Pierre Falardeau.
La chef péquiste, Pauline Marois, estime que le premier ministre a manqué de courage en fin de semaine, en demandant à ses militants de proposer au gouvernement des mesures pour revenir à l'équilibre budgétaire plutôt que de le faire lui-même.
Mme Marois souligne par ailleurs que Jean Charest renierait une de ses grandes promesses électorales s'il allait de l'avant avec les augmentations de tarifs des services gouvernementaux. Durant la dernière campagne, il a promis aux électeurs qu'il n'augmenterait ni les taxes, ni les tarifs.
M. Charest se défend en soutenant que la crise économique était imprévisible et que le gouvernement doit agir. « L'économie a été bouleversée. [...] On vit des bouleversements, on doit en tenir compte. »
Pas le choix
Le gouvernement libéral, qui prévoit être en déficit pendant les quatre prochaines années, est décidé à explorer de nouvelles avenues pour renouer avec l'équilibre budgétaire d'ici 2013 en mettant les Québécois à contribution. Les ministres libéraux ont été nombreux, samedi, en marge du conseil général, à expliquer le bien-fondé d'une telle entreprise, tout en disant qu'il est nécessaire d'agir avec discernement.
Pour atteindre cet équilibre, il n'y a pas 12 façons, selon le ministre des Finances, Raymond Bachand, il faut payer les services: « La meilleure façon de payer ça, c'est de créer de la richesse, car ça amène des impôts. La deuxième façon, c'est d'être plus productif. La troisième façon, c'est que ça prend de l'argent ». Les services de santé et d'éducation sont aussi dans la balance. « Il n'y a rien d'écarté, dit-il, on a besoin de services, on a besoin d'universités de qualité et de santé universelle accessible ».
Le ministre du Développement économique, Clément Gignac, lui, a vanté le caractère progressiste d'une hausse des tarifs d'électricité. « C'est les gens les mieux nantis qui sont souvent avantagés par des tarifs faibles. Dans le secteur de l'électricité, c'est très clair. Donc, il faut que les Québécois comprennent que si l'on veut retourner à l'équilibre budgétaire, qui va contribuer le plus? Il faut que ce soit les mieux nantis. »
Nathalie Normandeau
La vice-première ministre, Nathalie Normandeau, est aussi partisane d'un débat sur la tarification de l'électricité, mais se fait prudente.
« Il faut faire preuve de réalisme et de lucidité. Quand je vous dis ça, il va falloir tenir compte de la capacité de payer des contribuables. Je pense qu'il va falloir éviter aussi de prendre des raccourcis et s'assurer qu'on retourne toutes les pierres », a-t-elle plaidé.
Le ministre de l'Agriculture, Claude Béchard, s'est lui aussi dit soucieux de respecter la capacité de payer des contribuables. Il a aussi soutenu que le gouvernement devait éviter que des hausses massives de taxes et tarifs fassent perdre aux Québécois les gains fiscaux enregistrés ces dernières années. « Il ne faut pas arriver avec un débat sur la tarification qui va venir enlever aux Québécois tout ce qu'on leur a donné depuis 2003 », croit-il.