Guerre de chiffres et de mots

Gerard Kennedy et Michael Ignatieff Gerard Kennedy et Michael Ignatieff

Le chef du Parti libéral du Canada accuse le gouvernement Harper de ne pas tenir ses promesses reliées à la réfection des infrastructures et de favoriser les circonscriptions conservatrices. Des affirmations contredites par les conservateurs.

Le Fonds de stimulation de l'infrastructure (FSI) fait l'objet d'une guerre de chiffres et de mots, que se livrent le Parti conservateur (PCC) et le Parti libéral (PLC).

Créé par le budget Flaherty de janvier dernier, le FSI prévoit 4 milliards de dollars sur deux ans pour financer des projets provinciaux, territoriaux et municipaux de remise en état des infrastructures vieillissantes.

Le PLC accuse le gouvernement Harper d'accumuler les retards en ce qui a trait à la réalisation des projets bénéficiaires de ce programme.

Le chef du PLC, Michael Ignatieff, a choisi de sonner la charge contre les conservateurs dans un champ de maïs à Burlington, en Ontario, symbole des promesses non tenues. Le champ devait se transformer en parc, mais la mise en chantier n'a pas encore été amorcée.

Se basant sur des statistiques compilées par son porte-parole responsable de l'infrastructure, des villes et des collectivités, le député Gerard Kennedy, qui l'accompagnait, le chef libéral a accusé le premier ministre de multiplier les annonces sans les concrétiser.

Le PLC affirme que seuls 12 % des fonds du programme ont été attribués entre l'annonce de sa création et la fin août, et non 80 %, comme se vantent les conservateurs.

Si les chantiers sont moins nombreux que ce qui était promis, le nombre d'emplois créés aussi, dit-il. « L'étude montre que dans le cadre du FSI le gouvernement conservateur n'a réussi à créer, au mieux, que 4800 emplois à l'échelle nationale, comparativement aux 40 000 qui étaient prévus », peut-on lire dans le rapport.

Michael Ignatieff soutient que « c'est toute une saison de la construction qui a été perdue », amenant ainsi le « sacrifice de milliers de mois de travail salarié ». « Les communiqués de presse ne créent pas d'emplois », a-t-il ironisé.

M. Ignatieff a également dénoncé le fait que les conservateurs aient accordé davantage de contrats dans les circonscriptions qu'ils représentent que dans les circonscriptions aux mains des partis d'opposition.

Des calculs erronés, rétorquent les conservateurs

John Baird, sur un chantier de construction de Burlington, en Ontario John Baird, sur un chantier de construction de Burlington, en Ontario

La réplique est venue de la bouche du ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités, John Baird, sur un chantier de construction de Burlington.

Les calculs libéraux n'ont rien à voir avec la réalité, dit le ministre responsable du dossier. Non seulement l'argent est dépensé, affirme-t-il, mais il est dépensé équitablement.

Il a également fait valoir que le Fonds de stimulation de l'infrastructure est un programme qui s'échelonne sur deux ans et qu'une bonne partie des projets de cette année a déjà été approuvée.

De son côté, le premier ministre Harper se défend de faire du favoritisme et assure que l'allégeance du député dans une circonscription n'est pas un facteur des montants alloués. « Dans plusieurs des programmes [gouvernementaux], dit-il, les annonces sont négociées avec des gouvernements provinciaux qui sont souvent d'allégeance différente de la nôtre. »

Les conservateurs ne sont toutefois pas en mesure de préciser quelle proportion des projets approuvés est actuellement en cours d'exécution.

Les circonscriptions conservatrices favorisées?

Dans un reportage diffusé mercredi, Radio-Canada a rendu publics certains des chiffres compilés par Gerard Kennedy, qui indiquent que le partage des sommes du Fonds de stimulation de l'infrastructure allouées entre les circonscriptions n'est pas toujours équitable. Son rapport portait sur 946 projets étudiés sur un total de 1697projets annoncés.

En Colombie-Britannique, par exemple, selon les données des libéraux, les 22 circonscriptions conservatrices reçoivent 92 % des sommes allouées dans la province en vertu de ce programme tandis que le PLC et le NPD se partagent le reste dans leurs 13 circonscriptions. Les conservateurs ont 61 % des sièges de cette province.

En Ontario, les circonscriptions conservatrices obtiennent 61 % des sommes accordées, même si la formation représente la moitié des circonscriptions. Elles se voient attribuer des projets totalisant en moyenne près de 11 millions de dollars, tandis que la moyenne pour les circonscriptions néodémocrates est de 9,5 millions et celle des circonscriptions libérales, de 5,3 millions.

« Quatre des dix principaux financements octroyés en Ontario dans le cadre du FSI sont allés à des circonscriptions représentées par des ministres fédéraux conservateurs, et un autre à celle du secrétaire parlementaire du premier ministre. Ces circonscriptions ont reçu l'équivalent de deuxà trois fois le financement moyen accordé aux projets, et ce, malgré le fait que trois d'entre elles ont un taux de chômage bien inférieur à la moyenne provinciale. » — Extrait du rapport

Au Québec, 55 des 193 projets répartis dans l'ensemble de la province, soit 28 % des projets, sont menés dans les circonscriptions conservatrices, qui ne comptent pourtant que pour 13,5 % des circonscriptions québécoises.

Le tableau des projets au Québec

Quelque 64 % des projets sont réalisés dans des circonscriptions bloquistes, mais les 14 circonscriptions libérales ne se sont vu attribuer que 8 projets, à peine plus que la circonscription représentée par l'indépendant André Arthur, où il y a 6 projets de remise en état d'infrastructures.

Le PLC donne plus de précisions sur son site web.

D'après un reportage de Daniel Thibeault