Le PQ apporte de l'eau au moulin

Plaines d'Abraham, Québec Les plaines d'Abraham   © iStockPhoto

La chef péquiste Pauline Marois maintient sa participation à l'événement et soutient la lecture du Manifeste du FLQ. Le député Bernard Drainville accuse pour sa part le gouvernement Charest de se livrer à une forme de censure.

Le Parti québécois se jette à son tour dans le combat de mots entourant la tenue du Moulin à paroles, qui commémorera cette fin de semaine le 250e de la bataille des plaines d'Abraham.

La chef du parti, Pauline Marois, soutient la lecture du Manifeste du Front de libération du Québec (FLQ), à l'instar du chef bloquiste, Gilles Duceppe.

« On ne peut pas empêcher que des gens puissent vouloir lire ce document qui a eu un impact considérable, évidemment, au moment où il a été prononcé », a-t-elle dit en marge d'un caucus conjoint tenu par le Bloc québécois et le PQ à Québec. « Vous savez, nous [...] avons toujours dénoncé au PQ la violence à laquelle on se référait, les propos qu'on y tenait. Est-ce qu'on a eu des excuses de la part d'Ottawa sur la question des mesures de guerre? »

Un moment fort de la crise d'OctobreLe Manifeste du FLQ est entré dans l'histoire après avoir été lu à la télévision de Radio-Canada, le 8 octobre 1970. Sa lecture avait été autorisée par le gouvernement en guise de concession aux felquistes, dans le but d'obtenir la libération du diplomate britannique James Richard Cross.
Pauline Marois Pauline Marois

En outre, elle ne ressent pas de malaise à être sur la même scène que Patrick Bourgeois, président du Réseau de résistance du Québécois, dont la présence à l'événement a suscité plusieurs critiques.

Cet hiver, Patrick Bourgeois avait protesté contre le projet de reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham en lançant un appel à la désobéissance civile, ce que le camp fédéraliste et même certains souverainistes avaient interprété comme un incitatif à la violence.

Certains participants comme le maire de Québec, Régis Labeaume, ont d'ailleurs décidé de se retirer du Moulin à paroles en guise de protestation.

De son côté, Pauline Marois n'y voit pas de raison valable pour boycotter la lecture publique. « Nous avons dénoncé les propos de M. Bourgeois, a-t-elle ajouté. Nous lui avons demandé de s'en excuser parce qu'il y avait des incitations à la violence. Il ne l'a pas fait, mais je ne suis pas responsable de ses actes, de ses gestes. Je crois à cette initiative du Moulin à paroles. J'y serai et j'y prendrai la parole. »

Un acte de « censure »

Le député péquiste Bernard Drainville s'en est pour sa part pris au refus du gouvernement Charest de financer le projet, y voyant « une façon de censurer l'événement ».

Les libéraux ont indiqué la semaine dernière qu'ils ne fourniraient pas les 20 000 $ demandés par les organisateurs de l'événement, invoquant le choix du Manifeste du FLQ au programme.

Selon M. Drainville, « si ça n'avait pas été du Manifeste, [les libéraux] auraient trouvé une autre raison pour ne pas participer au Moulin à paroles », a-t-il affirmé en conférence de presse. « En ce sens là, je pense qu'ils nous prennent un peu pour des valises. »

Rappel des faits

Le ministre Sam Hamad (archives) Le ministre Sam Hamad

Le ministre responsable de la Capitale nationale, Sam Hamad, avait mis le feu aux poudres, en disant notamment que l'événement, qu'il a qualifié de « partisan », s'approchait davantage du FLQ que de la poésie, et que les organisateurs cherchaient « à faire l'apologie de la haine et du terrorisme ».

Ni le gouvernement Charest ni le gouvernement Harper n'enverront de représentants pour assister au Moulin à paroles. Les députés libéraux fédéraux ont aussi fait savoir qu'ils seraient absents.

La Commission des champs de bataille nationaux, l'organisme fédéral qui gère le terrain des plaines d'Abraham, a indiqué, mardi, qu'elle ne s'opposerait pas à la tenue de l'événement malgré la controverse.

L'événement réunira plusieurs artistes et personnalités qui liront une centaine d'extraits d'oeuvres littéraires et documents historiques pendant 24 heures.