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PolitiquePerspective d'élections

Les libéraux passent à l'attaque

Mise à jour le mercredi 2 septembre 2009 à 4 h 39

Devant ses députés et sénateurs réunis en caucus libéral à Sudbury, le chef de l'opposition officielle, Michael Ignatieff, a déclaré ne plus pouvoir appuyer le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Le chef libéral a tout spécialement attaqué le bilan conservateur en matière d'économie, soulignant que le Canada enregistre actuellement son pire taux de chômage en 20 ans ainsi que le pire déficit de son histoire.

Monsieur Harper, vous avez échoué sur toute la ligne. Vous n'avez pas su protéger les plus vulnérables, ni créer des emplois, ni défendre notre système de santé. Vous n'avez pas non plus réussi à présenter un plan pour rétablir nos finances.

— Michael Ignatieff

Le chef libéral a accusé le premier ministre Harper de n'avoir respecté aucune des conditions qu'il lui avait posées en juin pour continuer de l'appuyer, soit de travailler sur les questions de l'emploi, des finances publiques, des dépenses en infrastructures et des isotopes médicaux.

« Le Parti libéral du Canada ne peut plus soutenir ce gouvernement incompétent. Stephen Harper doit rendre des comptes. Désormais, nous nous opposerons à lui », a-t-il déclaré en ajoutant que « le temps de Stephen Harper est terminé ».

Denis Coderre

Denis Coderre

Le lieutenant politique des libéraux au Québec, Denis Coderre, a clarifié les intentions des libéraux. Il a assuré que son parti ne reculerait plus.

« Le Parti libéral du Canada enlève toute confiance à ce gouvernement. À la première occasion, on pourra déposer cette motion [de défiance] », a expliqué le député de Bourassa. « That's it, that's all [...] Les carottes sont cuites pour le gouvernement conservateur », a-t-il ajouté.

Cela signifie que les conservateurs pourraient être renversés dès le début d'octobre, à moins qu'ils ne réussissent à décrocher l'appui du Nouveau Parti démocratique ou du Bloc québécois.

Le député néo-démocrate Joe Comartin a d'ailleurs indiqué, sur les ondes du Réseau de l'information, que son parti n'allait pas appuyer le gouvernement conservateur. Il a estimé qu'il était peu probable qu'un accord intervienne entre les conservateurs et les néo-démocrates en raison de leurs vues politiques trop opposées.

M. Comartin a toutefois mis en doute les intentions des libéraux de faire véritablement tomber le gouvernement en septembre, soulignant qu'ils avaient reculé des dizaines de fois lors des derniers votes de confiance. Selon lui, ces nombreux reculs ont miné la crédibilité des libéraux.

Des élections ou pas?

Le comité conservateur-libéral sur la réforme de l'assurance-emploi, créé en juin dernier, doit remettre son rapport au plus tard le lundi 28 septembre prochain. Au cours de cette même semaine, le gouvernement conservateur doit présenter son troisième rapport périodique sur l'état de l'économie canadienne et sur les mesures de relance.

Les libéraux obtiendront une journée d'opposition le troisième jour de séance suivant le dépôt du rapport d'étape sur l'économie, c'est-à-dire entre le 1er et le 7 octobre. Ils pourraient alors décider de soumettre le gouvernement Harper à un vote de confiance.

Si les trois partis d'opposition choisissent de défaire le gouvernement, des élections générales seraient déclenchées. Un scrutin pourrait ainsi avoir lieu le 9 ou le 16 novembre.

L'entente sur la création du comité sur l'assurance-emploi ne prévoit pas pour sa part de journée d'opposition ou de vote de confiance.

Lundi, M. Ignatieff avait déclaré que le gouvernement était maintenu en vie artificiellement.

Dans ce même discours, Michael Ignatieff avait aussi dénoncé le manque de protection du gouvernement Harper auprès de ses citoyens canadiens à l'étranger, citant entre autres de récents dossiers tels que celui du jeune Omar Khadr et de Suaad Hagi Mohamud, cette citoyenne canadienne qui a été coincée au Kenya pendant près de trois mois après avoir été accusée d'usurpation d'identité, et qui poursuit maintenant le gouvernement canadien pour 2,5 millions de dollars.

Stephen Harper: priorité à l'économie

De Calgary, Stephen Harper a brièvement réagi à la déclaration du chef libéral en indiquant que la tenue d'élections ne pouvait que s'avérer nuisible à la restauration d'une économie en bonne santé au Canada.

La population ne veut pas une autre élection. La population veut que les parlementaires mettent l'emphase sur l'économie, c'est ce que notre gouvernement est prêt à faire.

— Stephen Harper

Le ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités, John Baird, a abondé dans le même sens que son chef, soulignant que ce n'était pas le temps d'une campagne électorale, que les partis devaient plutôt s'attaquer à la question de l'économie. Il a ensuite accusé le chef libéral de vouloir satisfaire des objectifs personnels. « Michael Ignatieff, sa priorité, c'est Michael Ignatieff, pas les citoyens du Canada », a-t-il affirmé.

Le député conservateur de Lévis, Bellechasse et des Etchemins, Steven Blaney, a livré une charge à fond de train contre M. Ignatieff et les libéraux. « C'est la folie furieuse que d'écoeurer les gens avec des élections à répétition. Les gens en ont ras-le-bol des élections et en ont ras-le-bol de la classe politique qui se fiche des gens en pensant juste à faire de la guéguerre politique », a-t-il affirmé en entrevue à RDI.

Même s'ils affirment ne pas vouloir d'une nouvelle campagne électorale, les conservateurs pourraient décider d'orchestrer eux-mêmes la chute de leur gouvernement.

Ils évoquent en effet la possibilité de présenter, dès la rentrée parlementaire dans la semaine du 14 septembre, une motion de voies et moyens pour mettre en oeuvre une mesure contenue dans le budget, celle portant sur le crédit pour la rénovation domiciliaire. Cela entraînera obligatoirement un vote de confiance envers le gouvernement. Les libéraux ont déjà indiqué que si une telle motion est présentée, ils voteront contre.

Dossiers en profondeur