À Ottawa, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et le chef de l'opposition officielle, Michael Ignatieff, ont conclu mercredi une entente qui permettra d'éviter la chute du gouvernement conservateur minoritaire et des élections générales cet été.
Même sans réponse concrète aux principales demandes de l'opposition, le premier ministre et le chef de l'opposition officielle concluent un accord donnant un sursis d'au moins quelques mois au gouvernement conservateur minoritaire.
Lors d'un point de presse, M. Ignatieff a confirmé qu'il appuiera le gouvernement lors du vote sur les crédits budgétaires, vendredi. S'exprimant quelques minutes plus tard, M. Harper a dit être heureux de ce dénouement.
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique avaient déjà annoncé qu'ils s'opposeront aux crédits. Si les libéraux avaient fait de même, le gouvernement aurait été contraint de présenter sa démission et les Canadiens seraient allés aux urnes pour une deuxième fois en moins d'un an, et une quatrième fois en cinq ans.
M. Ignatieff, qui avait présenté une liste d'exigences au premier ministre cette semaine, n'a pas obtenu véritable satisfaction sur aucun de ces points. Le premier ministre Harper et lui se sont essentiellement entendus pour créer un groupe de travail chargé d'étudier des modifications législatives au programme d'assurance-emploi. Le groupe remettra son rapport le 28 septembre prochain, une semaine après le début des travaux parlementaires.
Ce comité mixte étudiera notamment les moyens de faire en sorte que les travailleurs autonomes deviennent admissibles au programme d'assurance-emploi, ce qui n'est pas le cas actuellement. Il doit aussi se pencher sur les critères d'admissibilité régionaux auxquels sont soumis les Canadiens lorsqu'ils font des demandes au programme d'assurance-emploi. Ces critères sont actuellement au nombre de 58, ce qui n'est ni juste ni équitable, a dit M. Ignatieff.
Harper content du dialogue
Au sujet de l'assurance-emploi, le premier ministre Harper a salué ce « dialogue sur une question importante » et a dit « espérer » que le processus permettra de trouver un terrain d'entente. Ce n'est que lorsque le groupe de travail aura terminé ses travaux que l'on saura si des compromis sont possibles, a-t-il ajouté. M. Harper a admis que les critères d'admissibilité actuels constituaient un problème, mais n'a pas manqué d'ajouter que ces critères avaient été implantés par un gouvernement libéral.
M. Harper a toutefois précisé que les conservateurs n'entendent pas accepter un critère uniforme de 360 heures travaillées au cours de la dernière année pour obtenir des prestations d'assurance-emploi. M. Ignatieff, qui insiste sur ce point depuis plusieurs semaines, en avait pourtant fait une condition pour appuyer le gouvernement.
M. Ignatieff n'a pas obtenu satisfaction non plus au sujet des dépenses en matière d'infrastructures prévues dans le plan de relance et dont l'objectif vise à relancer l'économie canadienne. Il avait exigé de savoir combien d'argent a été dépensé, et non seulement promis ou annoncé, dans les 120 premiers jours, et combien sera dépensé dans les 120 prochains jours.
Le chef libéral n'a pas obtenu de réponse non plus au sujet des projections sur cinq ans visant à déterminer combien de temps le gouvernement prendra pour revenir aux surplus budgétaires.
Michael Ignatieff s'est borné à dire que le premier ministre Harper a accepté de livrer un troisième rapport d'étape dans la semaine du 28 septembre prochain. Les libéraux se sont assurés d'avoir une journée d'opposition immédiatement après le dépôt de ce rapport. Ils pourraient ainsi, si son contenu n'est pas satisfaisant à leurs yeux, provoquer un vote de confiance qui mettrait de nouveau la survie du gouvernement minoritaire en jeu.
En ce qui concerne le dossier des isotopes médicaux, M. Ignatieff a mentionné avoir dit de façon très claire au premier ministre qu'il doit absolument présenter un plan public aussitôt que possible. Lundi, M. Ignatieff avait plutôt exigé des engagements clairs et écrits pour pallier la pénurie d'isotopes médicaux causée par la fermeture du réacteur de Chalk River.
Depuis lundi, le gouvernement a annoncé la nomination d'un conseiller spécial dans ce dossier pour la ministre de la Santé, un investissement dans la recherche de solutions de rechange et l'approbation, par Santé Canada, d'isotopes importés des États-Unis, fabriqués à partir d'un produit australien.
Une nouvelle coalition, dit Duceppe
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, critique sévèrement cette entente entre MM. Harper et Ignatieff. Il s'agit, selon M. Duceppe, d'une nouvelle coalition conservatrice-libérale qui travaille contre les intérêts du Québec. M. Duceppe faisait ainsi référence à la mise sur pied, l'automne dernier, dans la foulée d'élections fédérales et d'une mise à jour économique dénoncée par l'opposition, de la coalition menée par l'ancien chef libéral Stéphane Dion.
M. Duceppe a rappelé que les libéraux parlaient mardi de l'urgence d'agir et qu'il fallait venir en aide aux travailleurs avant l'été alors qu'aujourd'hui, on annonce la création d'un comité d'experts qui fera rapport à l'automne.
Des menaces vides de sens, selon Mulcair
Le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, est allé dans le même sens que M. Duceppe, en disant que les conservateurs et les libéraux tiennent le même discours. Il en veut pour preuve l'abandon de l'exigence d'un critère uniforme d'admissibilité à l'assurance-emploi, au profit de la création d'un groupe de travail.
Le député d'Outremont a affirmé que le chef libéral Michael Ignatieff avait fait des menaces vides de sens. « On ne commence pas à bluffer lorsque tout ce qu'on a en main, ce sont des deux de pique », a lancé M. Mulcair.
Le chef adjoint du NPD a déclaré qu'il s'étonnait de la faiblesse « de ce qui est censé être l'opposition officielle ». Il a rappelé que son parti avait arraché des investissements dans les programmes sociaux en échange de son appui au gouvernement libéral minoritaire de Paul Martin, en mai 2005.
« La priorité de Michael Ignatieff, c'est Michael Ignatieff, a dit Thomas Mulcair. Lorsqu'il est arrivé, il était lionisé, depuis lors, on peut s'entendre qu'il s'est dionisé. »
Un suspense d'une semaine
L'entente entre MM. Harper et Ignatieff a été finalisée mercredi, lors d'une conversation téléphonique. Les deux hommes s'étaient aussi rencontrés à deux reprises, mardi.
Ces nouveaux soubresauts politiques à Ottawa ont débuté jeudi dernier, au moment de la remise du rapport d'étape du gouvernement sur l'économie. Devant l'opposition annoncée des bloquistes et des néo-démocrates, le chef libéral Michael Ignatieff a pris une fin de semaine pour réfléchir à sa réponse, et a formulé lundi des demandes au gouvernement Harper pour l'assurer de son appui.