Michael Ignatieff
Alors qu'il a encore une fois la survie du gouvernement conservateur entre les mains, le chef de l'opposition officielle à Ottawa, Michael Ignatieff, prendra une décision d'ici la semaine prochaine sur la réponse à donner au rapport d'étape sur l'économie présenté jeudi par le premier ministre Stephen Harper.
Réagissant au rapport trimestriel sur la mise en oeuvre du budget du gouvernement conservateur, le chef libéral Michael Ignatieff se dit déçu, mais affirme qu'il doit réfléchir sur l'occasion de provoquer des élections générales.
En point de presse, après une allocution devant la Fédération des chambres de commerce du Québec, M. Ignatieff a déclaré qu'il prendrait d'abord le temps de bien lire ce rapport de quelque 260 pages. Il veut surtout savoir si, comme le soutient M. Harper, 80 % de l'argent promis dans le dernier budget a été distribué ou dépensé.
De façon générale, le chef libéral a soutenu que Stephen Harper regardait la situation avec des lunettes roses.
Même s'il est déçu de la gestion économique du gouvernement, le chef du Parti libéral du Canada se demande aussi s'il s'agit du bon moment pour faire tomber le gouvernement.
Michael Ignatieff a déclaré que les Canadiens s'attendaient à ce qu'il ait un comportement responsable. Il a ajouté que le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique n'avaient même pas pris le temps de lire le document avant de le rejeter. « En comparaison avec le NPD et le Bloc, je suis un homme de jugement mûr, je prends mon temps, et je crois que les contribuables attendent ça d'un chef de l'opposition », a dit M. Ignatieff.
Il a aussi rappelé que le gouvernement libéral de Paul Martin avait laissé un surplus de 13 milliards de dollars à la fin de son mandat. Il a accusé les conservateurs d'avoir dilapidé cet héritage, eux qui prévoient un déficit de 50,2 milliards en 2009-2010.
La journée d'opposition des libéraux, lors de laquelle un vote de confiance pourrait avoir lieu, est prévue pour le vendredi 19 juin prochain.
Le Bloc et le NPD se braquent
Thomas Mulcair
Les réactions à ce rapport n'ont pas tardé, et elles ne permettent pas d'éliminer la possibilité d'élections générales dans un proche avenir.
Le porte-parole du NPD, Thomas Mulcair, a déclaré que le gouvernement Harper avait du « culot » en prétendant que 80 % de l'argent prévu dans le budget était déjà dépensé ou « engagé ».
De son côté, le porte-parole du Bloc québécois, Pierre Paquette, a réitéré la position de son parti par rapport au budget. « C'est un budget qui est inefficace, inéquitable pour le Québec », a résumé M. Paquette.
Les deux partis ont donc l'intention de voter contre les crédits budgétaires.
Les libéraux creusent l'écart
Le deuxième d'une série de sondages réalisés par la firme EKOS pour le compte de CBC révèle que le Parti libéral du Canada récolte de plus en plus d'appuis au détriment des conservateurs dans la population canadienne.
Le PLC de Michael Ignatieff est crédité de 35 % des intentions de vote, contre 30,6 % pour le Parti conservateur (PCC). Depuis le dernier sondage, publié il y a 10 jours, l'écart entre les deux partis est donc passé de 1,2 à 4,4 points de pourcentage.
L'appui au Nouveau Parti démocratique (15,1 %) et au Parti vert (10,4 %) reste stable, tandis que celui du Bloc québécois (BQ) a quelque peu augmenté, passant de 8,7 % à 9,2 %.
Lors du dernier scrutin fédéral, le 14 octobre, le PCC avait récolté plus de 37 % des votes, contre un peu plus de 26 % pour le PLC, alors mené par Stéphane Dion. L'écart entre les deux partis s'est donc inversé de 16 % entre ce scrutin et le sondage EKOS.
Selon le président d'EKOS, Frank Graves, ces résultats confirment que les libéraux ont le vent dans les voiles. Si le parti de Michael Ignatieff peut ainsi aspirer à former un prochain gouvernement, celui-ci n'en serait pas moins minoritaire, selon toute vraisemblance.
Selon M. Graves, les libéraux ont gagné en popularité au cours de la période pendant laquelle le sondage a été mené, soit du 29 mai au 9 juin, en raison des déboires de la ministre des Ressources naturelles Lisa Raitt dans le dossier des isotopes médicaux.
Lors des trois derniers jours du sondage, l'appui au PLC supplantait celui du Parti conservateur par 8 points de pourcentage. M. Graves prévient toutefois que cet essor soudain est de nature à s'estomper. Il est peu probable, dit-il, qu'il s'agisse d'un dossier-clé pour un futur scrutin.
Le sondage révèle par ailleurs que le PLC est très près du Bloc québécois dans les intentions de vote au Québec. Le PLC y récolte 33,6 % des intentions de vote contre 36,5 % pour le BQ, tandis que les conservateurs se retrouvent loin derrière, avec 13,2 %.
Au dernier scrutin fédéral, le Bloc a remporté 49 des 75 sièges du Québec en accumulant plus de 38 % des votes. Le vote fédéraliste s'était toutefois divisé, le PLC obtenant près de 24 % des voix, devant le PCC, qui en récoltait un peu moins de 22 %.
Le PLC détient aussi une forte avance en Ontario, où se trouve le tiers des circonscriptions fédérales. Le parti est crédité de 42,6 % des intentions de vote contre 31,8 % pour les conservateurs. En octobre 2008, le PCC avait récolté plus de 39 % des voix contre un peu moins de 34 % pour les libéraux.
Le sondage EKOS a été réalisé auprès de 6259 Canadiens de plus de 18 ans. Il a une marge d'erreur de 1 %, 19 fois sur 20.