Vague d'indignation

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Lisa Raitt La ministre Lisa Raitt et son ex-attachée de presse Jasmine MacDonnell à la sortie d'une conférence de presse en mai à Ottawa.   © PC/Fred Chartrand

Malgré des propos controversés de la ministre des Ressources naturelles, le bureau du premier ministre Stephen Harper continue de défendre Lisa Raitt.

Les partis d'opposition à Ottawa et la communauté médicale affirment que le comportement de la ministre des Ressources naturelles, qui qualifie notamment de « sexy » l'enjeu de la crise des isotopes, est inacceptable.

Dans un enregistrement, dont le contenu a été rendu public lundi, on y entend la ministre qualifier de « sexy » l'enjeu de la crise des isotopes, qu'elle résume à une question d'argent.

Elle ajoute qu'elle compte jouer le tout pour le tout afin d'obtenir le crédit du dénouement de cette affaire. Elle formule au passage des commentaires critiques à l'endroit de sa collègue Leona Aglukkaq, ministre de la Santé, notamment sur sa capacité de régler la crise des isotopes.

Des propos qui ne laissent personne indifférent sur la colline du Parlement. Les partis de l'opposition dénoncent les propos de Lisa Raitt, qui voit dans la gestion du dossier des isotopes l'occasion de marquer des points.

Le chef de l'opposition officielle, Michael Ignatieff, se demande comment réagirait une femme, dans l'attente d'un traitement parce qu'il y a pénurie d'isotopes, aux propos de la ministre. « Qu'est-ce qu'elle pense, elle, de ces remarques cyniques? » a précisé M. Ignatieff.

Le député libéral David McGuinty est outré d'entendre la ministre dire qu'elle qualifie le dossier des isotopes d'enjeu « sexy » et vendeur, alors que des centaines de patients dépendent de la médecine nucléaire. M. McGuinty affirme, lui, avoir reçu des centaines de courriels de Canadiens bouleversés.

Selon le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, la ministre est plus préoccupée par sa carrière que par le sort de ceux et celles qui ont le cancer. « Je pense que c'est indigne d'une ministre », d'ajouter Gilles Duceppe.

Le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, demande, pour sa part, la démission de la ministre Raitt.

Un autre ministre écorché?La ministre Raitt n'aurait pas tenu des propos peu flatteurs qu'à l'encontre de la ministre Aglukkaq. Selon des sources ayant pris connaissance des cinq heures d'enregistrement obtenus par le Halifax Chronicle-Herald, la ministre y écorcherait aussi le ministre de l'Environnement, Jim Prentice. Les sources en question affirment que la ministre laisse entendre que le ministre Prentice se plie aux exigences des entreprises de sables bitumineux de l'Alberta.

Ces propos pourraient paraître surprenants, car Mme Raitt est responsable du dossier des sables bitumineux, tandis que M. Prentice est responsable de la réduction des émissions de carbone. Selon un représentant du gouvernement, les conservateurs se préparent à affronter d'autres révélations qui pourraient émerger de l'enregistrement.

Bombardé de questions à la Chambre des communes, le premier ministre Harper a seulement répondu au chef de l'opposition officielle, Michael Ignatieff, avant de laisser ses ministres Raitt et Aglukkaq répondre en alternance. La stratégie semblait être de montrer qu'il n'y avait pas de dissension au sein du Cabinet.

Tant M. Harper que ses ministres ont martelé que le gouvernement conservateur travaillait fort pour résoudre la crise des isotopes et éviter que des patients souffrant du cancer en fassent les frais. Les appels de Gilles Duceppe et du chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, à des excuses de la ministre sont restés sans réponse. Tout au plus, Lisa Raitt, dont le frère est mort du cancer il y a une dizaine d'années, a affirmé qu'elle comprenait la douleur de ces personnes malades et avait de l'empathie à leur égard.

Des médecins et des patients indignés

Des intervenants du milieu médical se sont également indignés des propos de la ministre. « On a laissé tomber les malades, on a nié l'importance de cette crise. Maintenant, on trouve ça sexy. Quelle désolation. Quelle tristesse », a déploré François Lamoureux, président de l'Association des médecins spécialistes en médecine nucléaire du Québec, devant un comité parlementaire qui se penche sur la pénurie d'isotopes.

Selon le Dr Lamoureux, le gouvernement a sous-estimé le problème depuis le début et maintenant, dit-il, la question n'est plus de savoir si cela entraînera un « désastre médical », mais plutôt quand.

Des patients sont également furieux contre la ministre. « Non, non, le cancer, ce n'est pas sexy, ce n'est pas sexy du tout! » fait valoir Jennifer Holden, qui vient de terminer un traitement contre le cancer de la thyroïde.

Mme Holden se dit stupéfaite des paroles de Mme Raitt et souhaite maintenant sa démission. « Je ne peux pas croire comment une personne peut être si insensible! » dit-elle.

Les excuses de Lisa Raitt

En soirée lundi, le bureau de Mme Raitt a indiqué qu'elle n'entendait pas démissionner. Le bureau dit que Lisa Raitt a téléphoné à Leona Agukklaq pour lui présenter ses excuses et redire qu'elle était fière de travailler avec elle. Elle a dit qu'elle admirait son travail dans des dossiers comme celui de la grippe A (H1N1).

Soulignons que le dossier des isotopes est géré au fédéral à la fois par le ministère des Ressources naturelles et par celui de la Santé.

La semaine dernière, Mme Raitt a présenté sa démission au premier ministre Harper après l'oubli de documents confidentiels pendant près d'une semaine dans les bureaux de CTV à Ottawa. Le premier ministre l'a refusée. Par contre, la ministre des Ressources naturelles a accepté la démission de Jasmine MacDonnell, son attachée politique de 26 ans.