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PolitiqueChasse aux phoques

Le coeur de la controverse

Mise à jour le mercredi 27 mai 2009 à 11 h 55

Michaëlle Jean a mangé un morceau de coeur de phoque cru lors de son passage dans une communauté inuite du Nunavut.

Photo: La Presse Canadienne /Sean Kilpatrick

La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, s'est attiré les foudres de la Humane Society International en mangeant, lundi, du coeur de phoque cru dans une communauté du Nunavut.

Le geste est perçu par l'organisme international de protection des animaux comme une « tentative répugnante » de légitimer la vente de produits du phoque.

Rebecca Aldworth, porte-parole canadienne de la Humane Society International, considère les gestes de Mme Jean comme « inappropriés et offensants ». Selon elle, la gouverneure générale n'aurait pas dû prendre position dans ce dossier fort émotif.

Une représentante du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) à Bruxelles, Barbara Slee, a indiqué pour sa part que le geste de la gouverneure générale n'est pas de nature à aider la cause de la chasse au phoque commerciale et ne fera pas changer d'avis les citoyens et les politiciens européens.

Sheryl Fink, chercheuse à l'IFAW, a cependant déclaré à l'AFP ne pas avoir de problème avec ce qu'a fait Mme Jean, dès lors que son organisation n'est pas opposée à la chasse traditionnelle « de subsistance » des Inuits.

Un flou à dissiper

« J'espère que la gouverneure générale clarifiera son geste et dira que son intention était de montrer sa solidarité avec les chasseurs de phoque inuits et non avec le côté commercial de l'industrie », a affirmé Rebecca Aldworth.

Mme Jean a expliqué avoir fait son geste par solidarité avec les chasseurs inuits de la région. Elle s'est dite consternée par le fait que des gens puissent qualifier leur chasse traditionnelle d'inhumaine. Elle a qualifié cette chasse d'ancien rituel culturel qui, selon elle, est pratiqué avec humanité.

Le Parlement européen a adopté, au début mai, un embargo sur les produits du phoque, qui entrera en vigueur dès que les gouvernements européens auront donné leur aval.

Une dérogation est cependant prévue pour les produits du phoque issus de la chasse traditionnelle menée par les Inuits et d'autres communautés autochtones qui s'adonnent à cette activité pour leur subsistance.

Interrogée, mardi, pour savoir si son geste était un message destiné à la communauté européenne, Mme Jean a répondu que « les gens pouvaient l'interpréter chacun à sa façon ».

La décision du Parlement européen a été accueillie avec consternation au Canada, notamment dans les communautés où des chasseurs vivent essentiellement de la vente de produits de phoque. C'est le cas des pêcheurs autochtones et de ceux des provinces de l'Atlantique.

Les chasseurs de phoque de Terre-Neuve-et-Labrador ont du reste remercié Michaëlle Jean pour son geste, qui a une « signification symbolique particulière ».

Au Nunavut, les résidents sont d'autant plus inquiets qu'un tel embargo ne fera, selon eux, qu'exacerber les difficultés économiques chroniques de la région et ses nombreux troubles sociaux.

Radio-Canada.ca avec Presse canadienne